La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a décidé, lors de sa dernière session ordinaire, de porter de 10 à 25 milliards FCFA le capital social minimum requis pour exercer en tant que banque commerciale dans la zone CEMAC, soit une hausse de 150 %. Cette mesure, qui entrera en vigueur à compter du 1er janvier 2026, concernera également les 19 établissements bancaires actuellement en activité au Cameroun. Ceux-ci devront mobiliser un total de 180,33 milliards FCFA (environ 338 millions de dollars US) de fonds supplémentaires afin de se conformer à la nouvelle exigence prudentielle, selon nos calculs.
Pour atteindre ce seuil, plusieurs options de recapitalisation sont prévues par la réglementation, notamment des augmentations ou ouvertures de capital, des opérations de fusion ou d’acquisition, le recours aux réserves ou bénéfices mis en report, ainsi que, le cas échéant, des emprunts, ce mode de financement n’étant pas exclu par le texte de la COBAC.
Sur les 19 banques en activité au Cameroun, quatre respectent déjà le nouveau seuil de capital minimum fixé par la COBAC. Il s’agit d’Afriland First Bank (50 milliards FCFA), de la BICEC (49,08 milliards FCFA), de CCA-Bank (29,4 milliards FCFA) et d’AFG Bank (28,8 milliards FCFA). Avec un capital de 24 milliards FCFA, CBC se situe très proche du seuil requis et n’aura que des ajustements limités à effectuer. La levée de fonds en Bourse, envisagée dans le cadre du désengagement de l’État annoncé depuis 2024, devrait d’ailleurs lui permettre d’atteindre rapidement les 25 milliards FCFA exigés. BGFIBank Cameroun et BC-PME n’auront, quant à elles, besoin que d’environ 5 milliards FCFA supplémentaires pour se conformer à la nouvelle norme.
À l’inverse, UBC, actuellement en pleine restructuration, devra fournir des efforts beaucoup plus importants. Avec un capital de 7,05 milliards FCFA, la banque ne respecte déjà pas le seuil actuellement en vigueur et se trouve donc particulièrement exposée au durcissement des exigences prudentielles.
De son côté, Access Bank Cameroun, dont le capital s’élève à 14,5 milliards FCFA, devrait franchir le nouveau palier sans heurts. L’établissement a en effet officialisé la reprise des actifs de Standard Chartered Bank Cameroun, dotée d’un capital de 10 milliards FCFA, une opération qui renforcera significativement ses fonds propres.
En revanche, Bange Bank (16 milliards FCFA), Société Générale Cameroun (12,5 milliards FCFA), UBA Cameroun (10 milliards FCFA), SCB Cameroun (10,5 milliards FCFA), Ecobank Cameroun (10 milliards FCFA), NFC Bank (10 milliards FCFA), Africa Golden Bank (10 milliards FCFA), Citibank Cameroun (10 milliards FCFA) et La Régionale Bank (10,12 milliards FCFA) devront mettre en œuvre des stratégies de recapitalisation afin de se conformer à l’exigence à l’horizon 2026.
Afin d’éviter une application trop brutale de ce dispositif, susceptible de fragiliser le système bancaire, la BEAC a retenu une approche de recapitalisation progressive. À ce titre, les banques devront soumettre un plan de relèvement de leur capital au Secrétaire général de la COBAC au plus tard le 30 juin 2026. Dans ce plan, ils devront ainsi atteindre 14 milliards FCFA au plus tard fin 2026, 18 milliards fin 2027, puis 22 milliards fin 2028 et 25 milliards FCFA au 31 décembre 2029.
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Avec cette réforme, on peut donc s’attendre à une diminution du nombre d’acteurs et à l’émergence d’institutions plus solides, mieux gérées et plus compétitives. À titre illustratif en 2004 au Nigéria, la hausse du capital minimum de 2 à 25 milliards de nairas avait réduit le nombre de banques de 89 à 25 en un an, sans freiner le crédit.
Pour rappel, la dernière révision du capital minimum des banques en zone CEMAC remonte à 2009. À l’époque, la COBAC venait tout juste d’obtenir la compétence de fixer les seuils de capitalisation, jusque-là du ressort des conseils nationaux du crédit. Cette réforme a permis à ce jour l’entrée d’une quinzaine de nouveaux acteurs dans le paysage bancaire sous-régional. Mais, souligne la COBAC dans une étude, elle n’a pas pour autant permis à la CEMAC de disposer de banques suffisamment capitalisées pour soutenir durablement la croissance. Sur les 56 banques recensées en 2024, près de 40 % sont de petite taille, souvent à capitaux locaux et à marges financières limitées. À titre de repère, le total de bilan de la cinquantaine banques de la CEMAC était, en 2020, six fois inférieur à celui des 17 banques marocaines, et même en deçà de celui des 19 banques éthiopiennes.
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