INTRODUCTION - LA REGULATION COMME PILIER DE LA STABILITE
Dans toute union monétaire, la stabilité repose sur un triptyque : une monnaie crédible, des banques solides, et une régulation digne de confiance. En zone CEMAC, ce triptyque repose sur un écosystème structuré :
• Les États membres ont adopté des règlements communautaires clairs et doté les organes régionaux de pouvoirs renforcés ;
• La BEAC joue son rôle de stabilisation monétaire en maîtrisant l’inflation et en assurant la convertibilité du franc CFA ;
• La COSUMAF, régulateur du marché financier, s’illustre par une communication proactive, des publications régulières et un effort de modernisation du marché boursier.
• La COBAC, censée garantir la solidité du secteur bancaire.
Dans un monde où les attentes de transparence sont de plus en plus fortes, où les citoyens deviennent plus exigeants, et où les risques systémiques évoluent, une question se pose : Comment faire évoluer la régulation pour préserver la confiance et renforcer la solidité du système bancaire ?
Dans cette tribune il est question d’ouvrir une réflexion constructive sur ce que pourrait être une régulation plus Visible, plus Audible et plus Responsable (VAR).
Plus qu'un régulateur, la gardienne de la confiance
Dans une union monétaire, les banques ne tiennent debout que si la confiance les soutient. Et cette confiance, dans un espace aussi intégré que la CEMAC, repose sur un pilier discret mais fondamental : la régulation.
Depuis 1990, ce rôle est confié à la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), bras opérationnel de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Son mandat est défini par la Convention monétaire, renforcé par les règlements communautaires.
Ses fonctions clés sont claires :
• Garantir la stabilité du système bancaire ;
• Accorder les agréments aux établissements de crédit et de microfinance ;
• Superviser et contrôler leur fonctionnement ;
• Sanctionner les manquements aux règles prudentielles ;
• Protéger les usagers, et favoriser une finance plus inclusive.
Mais au-delà de ces attributions techniques, la COBAC porte également une mission symbolique : elle est la Gardienne de Confiance.
En effet, le système bancaire repose sur un fil invisible mais essentiel : la CONFIANCE. Elle n’est ni automatique ni éternelle. Elle se construit et elle se mérite.
La COBAC est donc censée être la garante de cet équilibre délicat car, elle détient les clés de la discipline collective. Elle devrait donc être ce repère visible, audible et impartial, qui rassure les déposants, alerte les autorités, et garantit un terrain équitable pour tous les acteurs.
Elle n’est pas seulement un gendarme. Elle est aussi la sentinelle morale du système, celle qui fait le lien entre stabilité technique et légitimité publique. Or, une sentinelle qui n’alerte pas, qui ne corrige pas, qui ne protège pas… perd peu à peu sa raison d’être. C’est dans cette tension entre mission théorique et perception réelle que se joue aujourd’hui l’avenir de la régulation en zone CEMAC.
Une question fondamentale se pose dès lors : peut-elle continuer à incarner la confiance si elle est muette ?
Un cadre solide, mais une exécution à renforcer
La régulation bancaire en zone CEMAC repose sur un corpus réglementaire clair et bien structuré. Les établissements sont soumis à des règles strictes en matière de fonds propres, de liquidité, de gouvernance… et doivent même justifier d’unBusiness Continuity Plan (BCP) — c’est-à-dire un dispositif permettant d’assurer la continuité de leurs opérations en cas de crise grave.
Autrement dit, la COBAC exige des banques d’anticiper l’imprévisible, de ne jamais se retrouver en situation de dépendance excessive vis-à-vis d’un seul individu ou d’un organe clé.
Pourtant, l’affaire Oyima a permis d’illustrer un décalage inquiétant entre la rigueur des textes et
la tiédeur de leur mise en œuvre. Dans un contexte où les pouvoirs politiques, exécutifs, opérationnels et décisionnels semblaient être concentrés entre les mains d’un seul homme, la COBAC, garantir l’équilibre des structures de gouvernance, est restée silencieuse. Un gendarme aurait sifflé, le vigile a tourné la tête.
Ce silence a un coût. Et plusieurs conséquences
• Il affaiblit l’autorité du régulateur : Un cadre qui ne s’applique pas à tous indistinctement devient suspect.
• Il nourrit le soupçon de complaisance : L’opinion publique se demandent : « Y a-t-il des intouchables ? »
• Il érode la confiance : Or, dans un secteur où le crédit repose sur la réputation, la perte de confiance est contagieuse.
Cela révèle donc ainsi plusieurs fragilités majeures du système : Une gouvernance bancale, une asymétrie réglementaire, une absence de réaction publique.
Ce type de décalage entre le cadre normatif et la réalité opérationnelle affaiblit toute la chaîne de confiance. Et dans une union où les équilibres sont délicats, cette fragilité peut devenir un facteur de désordre.
Vers une régulation enracinée
Dans la cosmogonie d’Afrique centrale, EYÔ n’est pas un simple esprit. Il est veilleur. Il est vigie. Il est intercesseur. Il observe sans complaisance, comprend sans précipitation, puis parle avec justesse pour rétablir l’équilibre lorsque le monde bascule. Il ne punit pas pour punir. Il rappelle à l’ordre pour préserver la communauté.
Ce modèle de vigilance éthique nous offre une inspiration puissante pour repenser la régulation bancaire dans notre région. Car réguler, ce n’est pas seulement surveiller des ratios. Ce n’est pas cocher des cases dans un rapport trimestriel. C’est d’abord :
• Protéger les vulnérables, face à des logiques parfois cyniques ;
• Préserver l’harmonie collective, entre intérêts privés et bien commun ;
• Honorer la confiance, que les citoyens placent dans les institutions.
Une régulation enracinée, à l’image d’EYÔ, serait :
• Visible, comme une présence rassurante dans le paysage économique ;
• Audible, comme une voix qui éclaire et guide, pas qui se dérobe ;
• Responsable, comme une force qui rend compte, assume, et corrige.
En relisant EYÔ, nous cherchons à retrouver une boussole éthique pour orienter la régulation du futur.
C’est en réconciliant exigence technique et sagesse ancestrale que nous pourrons bâtir une régulation qui soit adaptée, respectée, et pleinement efficace.
EYÔ, un indice pour prévenir avant de guérir
Dans une décision récente, la COBAC a annoncé le recrutement d’experts dédiés à la liquidation des établissements en faillite. Une décision technique en apparence mais, qui dans les faits est un signal fort envoyé à tout le secteur bancaire et de la microfinance :
• La COBAC renforce ses unités de soins intensifs et palliatifs.
• Elle se prépare à accompagner la mort ordonnée des institutions non viables.
Cette initiative qui s’inscrit dans une démarche proactive de consolidation du système financier régional, montre également une réalité que beaucoup pressentaient : le régulateur se prépare à éteindre, à fermer, à liquider. Si cette décision peut être saluée pour son réalisme opérationnel, elle révèle aussi un vide stratégique en amont : celui de la prévention visible, de la transparence proactive, de la vigilance citoyenne.
C’est précisément dans cette faille que s’inscrit notre proposition : Créer l’indice EYÔ.
Un outil simple, et public, qui permettrait de mesurer à temps, d’accompagner l’amélioration plutôt que d’attendre l’effondrement. Il ne remplace pas les procédures de liquidation, il les complète, en apportant de la lisibilité aux fragilités, et du sens à l’action réglementaire.
Les objectifs de l’indice EYÔ sont triples :
• Informer et protéger les usagers : En leur offrant un repère public et pédagogique sur la qualité des banques et IMF.
• Stimuler la discipline dans le secteur : En valorisant les bons comportements et en exposant les manquements, sans attendre le scandale.
• Renforcer la stratégie de supervision de la COBAC : En hiérarchisant les alertes, en orientant les contrôles, et en posant une exigence de redevabilité constante.
Dans un monde bancaire opaque et hyperconcurrentiel, rendre la conformité visible, c’est protéger les dépôts, mais aussi rétablir la confiance. L’indice EYÔ deviendrait ainsi le thermomètre moral et opérationnel d’un système qui a besoin de respirer.
Comment fonctionnerait l'indice EYÔ ?
L’Indice EYÔ reposerait sur 4 principes concrets :
Une évaluation trimestrielle, basée sur 4 piliers pondérés :
• Conformité réglementaire (40%) : ratios de solvabilité, liquidité, fonds propres ;
• Gouvernance et transparence (25%) : fonctionnement des organes, audit, publication des données ;
• Relation client (25%) : respect des règles sur les frais, clarté des contrats, traitement des réclamations ;
• Réactivité à la régulation (10%) : délai de réponse aux injonctions de la COBAC.
Une notation lisible : Les établissements seraient classés et cette notation serait rendue publique chaque trimestre, sur un portail dédié.
Une publication pédagogique : Chaque banque aurait une fiche publique, avec son score global et une brève explication. Un tableau comparatif permettrait aux citoyens de faire des choix éclairés.
Un comité indépendant de notation : Pour garantir l’intégrité du processus, un comité mixte (COBAC + société civile + experts) superviserait le calcul et la publication de l’indice.
Un outil gagnant-gagnant-gagnant
L’Indice EYÔ, bien conçu et bien diffusé, devient un outil gagnant-gagnant-gagnant. Il offre des bénéfices concrets pour : le régulateur, les banques, et les déposants.
Pour la COBAC : un levier de régulation en amont
• Gain de visibilité : en publiant régulièrement l’indice, la COBAC affirme sa présence dans le débat public, sans avoir à commenter chaque crise.
• Hiérarchisation des risques : les banques mal notées sont facilement identifiables et peuvent faire l’objet de contrôles ciblés.
• Renforcement de sa légitimité : l’EYÔ rend visible son action, améliore la pédagogie de la régulation, et renforce la confiance des États et des citoyens.
• Moins de gestion de crise, plus d’anticipation : l’indice fonctionne comme un baromètre préventif, réduisant les réactions tardives.
Pour les banques : un moteur d’amélioration continue
• Effet de réputation positive : les banques bien notées renforcent leur image auprès des clients, investisseurs et partenaires.
• Outil de pilotage interne : les critères de notation deviennent des repères de gestion. L’EYÔ devient un miroir utile pour la direction générale.
• Stimulation vertueuse entre établissements : les comparaisons créent une dynamique d’émulation, sans avoir besoin d’imposer des sanctions.
• Meilleure anticipation des contrôles : les banques savent sur quoi elles seront évaluées. Moins d’incertitudes, plus de clarté.
Pour les déposants : un outil de décision et de confiance
• Choix éclairé de leur banque : ils font des choix basés sur des ’informations fiables et comparables.
• Réduction de l’asymétrie d’information : ils peuvent questionner leur banque, comprendre les écarts, réclamer des progrès.
• Confiance renforcée dans le système : la transparence améliore la stabilité surtout en période de tension.
• Pouvoir citoyen accru : Ils deviennent des acteurs informés pas juste des clients captifs.
En résumé : L’EYÔ renforce la supervision, stimule la qualité, et rétablit la confiance. C’est un outil adapté à un régulateur moderne, à des banques ambitieuses… et à des citoyens exigeants.
Conclusion : la COBAC comme gardienne active de la confiance
Non, la COBAC n’est pas aujourd’hui le maillon faible de la CEMAC. Mais elle est à un tournant.
Son silence face à certaines crises, son invisibilité dans l’espace public, et l’absence de canaux de dialogue avec les usagers, l’exposent à un risque majeur : celui de perdre sa légitimité aux yeux de ceux qu’elle est censée protéger. Car dans un système financier, la confiance est aussi importante que les ratios. Et le crédit repose autant sur laparole tenue… que sur la régulation perçue.
La COBAC peut devenir un levier décisif de transformation, un repère dans la tempête, un EYÔ moderne, enraciné et lucide. Mais cela suppose un changement de posture : Voir plus tôt, Parler plus fort, Expliquer plus clairement et protéger plus visiblement.
Les citoyens, les entrepreneurs, les ménages, confient leur épargne, leurs projets, leurs rêves aux institutions financières. La COBAC porte donc la responsabilité symbolique et stratégique de veiller sur cette confiance.
La régulation ne peut plus se contenter d’agir en coulisses. Elle doit être Visible, Audible et Responsable (VAR). L’indice EYÔ est une réponse concrète à cette mutation nécessaire. Un outil simple, enraciné et public. Un baromètre, autant qu’un instrument de supervision.
La COBAC a besoin d’être davantage alignée avec sa mission, son époque et les peuples qu’elle est censée servir. C’est à elle, désormais, de choisir : s’effacer doucement, ou devenir pleinement EYÔ.
Car la confiance ne se décrète pas. Elle se construit — par la rigueur, par la parole tenue … et surtout par le courage.



