Ces derniers jours, le ministre des Finances et du Budget (Minfib) de la République centrafricaine, Hervé Ndoba, a pris une série de sanctions à l’encontre de plusieurs fonctionnaires de son département. Ils sont tantôt inspecteurs des impôts, tantôt contrôleurs des douanes. Ils écopent d’une suspension de fonction et de solde avec traduction devant le conseil de discipline de la fonction publique. Motif : « mauvaise manière de servir ayant entraîné la dissimulation des fonds publics ». Des avertissements ont également été servis aux directeurs régionaux des douanes numéros 2 et 3, et au directeur régional des impôts numéro 1, pour « négligence dans l’exercice de leurs fonctions ». Le Minfib dit se réserver le droit d’engager une action devant la justice contre ces fonctionnaires indélicats. « D’autres mesures pourront suivre, telles que des poursuites judiciaires, la saisie des biens appartenant à des collaborateurs ayant brillé par une mauvaise gestion des fond publics », avertit Hervé Ndoba.
Ces sanctions font en effet suite au constat d’un trou de près de 8 milliards de Fcfa dans les caisses des postes comptables déconcentrés, au cours du seul exercice budgétaire 2024. L’information émane du rapport général de la commission économie, finances et plan de l’Assemblée nationale sur la loi de finances 2025 de l’Etat. Ces détournements ont été découverts par une mission de contrôle des trésoreries régionales, des trésoreries principales et des trésoreries, mission dépêchée sur le terrain à Bangui, la capitale, par le ministre des Finances et du Budget courant septembre 2024. « Des équipes ont été constituées en vue d’approfondir le travail sur le terrain, en prenant en compte les avis des autorités locales impliquées dans la gestion des recettes au niveau déconcentré et aussi de vérifier les pièces justificatives des dépenses payées en faveur des communes », indique le rapport. D’autres collaborateurs dont la preuve de la mauvaise gestion de l’utilisation des deniers publics a été établie devraient également être rattrapés.
Par rapport aux recettes domestiques collectées à fin novembre 2024, à savoir 134,37 milliards de Fcfa sur une prévision annuelle de 160,97 milliards de Fcfa, le niveau de fraude reste élevé en République centrafricaine, malgré les réformes engagées par le gouvernement au cours des dernières années sous la dictée du Fonds monétaire international (Fmi). Notamment, la digitalisation des procédures fiscales et douanières visant la suppression ou la réduction des interactions humaines et de la circulation du cash. Les autorités ont mis en place le logiciel Sydonia, grâce auquel les recettes fiscales et douanières ont augmenté de 10% à 15% l’année dernière.
A noter qu’en plus de la suspension et du remplacement des gestionnaires indélicats, le Minfib a instruit les responsables des régies de mettre en place un mécanisme de contrôle permanent au niveau des inspections des services, à savoir : l’inspection des services douaniers, l’inspection des services fiscaux et l’inspection des services du trésor, sous la coordination de l’inspection générale des finances. Ces structures fonctionneront donc désormais en coupe réglée. « Ce contrôle permanent aura sans doute pour effet de dissuader les potentiels collaborateurs enclins au détournement des deniers publics », a souligné Hervé Ndoba devant les députés.

