A qui s’adresse au juste la vulgarisation de la Stratégie nationale de développement 2020-2035 ?
La mise en œuvre de la SND-30 est une affaire de tout le monde. Nous avons commencé sa vulgarisation le 03 novembre par les universités de Yaoundé II et Yaoundé I. Nous avons poursuivi avec les autres acteurs de la société : les parlementaires, les conseillers régionaux, les maires, le secteur privé, les organisations de la société civile, les acteurs du monde religieux, etc. La SND-30 s’adresse à tout le monde. Elle s’adresse au citoyen lambda parce que, mieux nous sommes informés sur les questions, mieux nous pouvons être efficaces dans les propositions, nous pouvons être une meilleure force de proposition. Nous voulons tirer les leçons du passé pour que tout le monde se sente concerné par la SND-30 de façon à ce que, lorsqu’on va s’arrêter de temps en temps pour évaluer notre suivi qu’on ait les inputs nécessaires, les inputs efficaces pour corriger et continuer. Il s’agit de vulgariser, s’approprier pour mieux comprendre et mieux contribuer.
Après neuf mois de mise en œuvre, quel bilan pouvez-vous faire de la SND-30 ?
Il y a un ensemble de choses qui ont déjà été faites. Des plans stratégiques sectoriels sont mis en œuvre au niveau de la santé, de la sécurité sociale, des infrastructures, de la gouvernance. Nous attendons bientôt le plan sectoriel de l’éducation. Une campagne est déjà faite au niveau du plan de communication, ce qui nous manquait avec le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE). Par ailleurs, certaines actions ont été faites au niveau des couches ciblées pour partager avec elles les déclinaisons de la SND-30. En neuf mois, on peut dire qu’un travail non négligeable a été fait. Ce n’est que le début ; c’est tout le temps que nous allons nous arrêter pour voir ce qu’il y à faire pour améliorer la qualité des éléments qui nous mènent vers l’opérationnalisation de nos piliers et de nos objectifs.
C’est le gouvernement qui met en œuvre la stratégie. Plus concrètement, qu’est-ce que vous attendez des autres composantes de la société ?
Il faut demander : « qu’est-ce que le Cameroun attend ?» Il attend une participation active à la réalisation des objectifs déclinés par les quatre piliers de la stratégie pour que le pays puisse effectivement émerger. 2035 c’est bientôt. Il faut que la croissance passe d’un chiffre à deux chiffres pour que le Cameroun change structurellement. On attend une révolution. C’est pour cela qu’on a commencé par le pilier transversal qu’est le secteur de l’Enseignement supérieur. Nous devons tout changer structurellement pour réussir ce saut qualitatif. Nous devons être un pays réellement industriel. La première transformation est celle de notre mentalité. Par la suite, en plus de créer au niveau des autres éléments du secteur productif, nous devons créer au niveau de l’agroalimentaire, de la métallurgie, etc., afin d’avoir des gains d’efficience, des gains d’échelle. Il faut que le Cameroun importe moins en produisant plus pour lui-même, dans le but de rééquilibrer la balance commerciale et la balance des paiements.
Entre-temps, il y a les questions du développement du capital humain et de la gouvernance. Il y aussi l’urgence d’un changement de mentalité…
Effectivement, le Camerounais doit être bien éduqué et bien soigné. Dans sa tête, dans son mental, il doit se sentir bien. Car, s’il a le bien être avec ma lui, il peut contribuer plus efficacement au développement. Nous avons parlé du pilier de la gouvernance, de la décentralisation et de la gestion stratégique de l’Etat. Quand on parle de gouvernance, on fait appel aussi à certaines valeurs morales qui doivent guider le Camerounais d’aujourd’hui et de demain : la rectitude morale, la méritocratie, l’honnêteté, un peu plus d’humilité, la force de dépassement et la rigueur vis-à-vis de la gestion des outils financiers et humains de l’Etat.
Que fait-il pour que la mayonnaise de la décentralisation prenne ?
La décentralisation, je pense que nous y sommes en plein. Un ensemble de textes d’application ont été pris, nous sommes aujourd’hui dans une réalité que nous devons gérer. Le pouvoir se déplace petit à petit du centre vers le local, c’est-dire, la région et la commune. Il faut que ces structures s’adaptent au nouveau paradigme de gestion. L’Etat a entrepris un certain nombre d’actions et continuer dans leur mise en œuvre pour que le Cameroun change structurellement. Les réformes étant comme un terreau qui facilite, par exemple, la fertilisation d’une plante, tout le monde doit s’impliquer. Ce n’est pas une affaire du gouvernement ou des dirigeants.
Jean Omer Eyango

