Fondée en 2021 avec l’ambition de révolutionner le secteur aérien en Afrique centrale, Fly ZeJet, de Christophe Semengue, n’a jamais véritablement décollé comme prévu. Les divergences entre les principaux actionnaires sur des questions stratégiques et de gestion ont rapidement sapé la croissance de la compagnie. Pourtant après seulement quelques mois d’activités, la jeune compagnie pouvait se targuer d’un chiffre d’affaires de 1,2 milliard de Fcfa et de plus de 15 000 passagers transportés, couvrant plus de 20 pays et desservant 39 aéroports.
La société privée, qui espérait s’imposer comme un acteur clé du transport aérien régional a cessé toute activité depuis plusieurs mois. « C’est une véritable catastrophe économique sans pareil qui se produit avec la collaboration passive de tout l’écosystème », déplore le fondateur de Fly ZeJet. Sa flotte composée de trois Embraer ERJ 145, des appareils brésiliens d’une capacité de 40 places, est clouée au sol. La situation est d'autant plus critique que l’entreprise accuse des retards de paiement auprès de ses fournisseurs tandis que son personnel se trouve dans une incertitude totale. Selon des indiscrétions parvenues à EcoMatin, une partie des employés aurait d’ores et déjà démissionné. Joint par le journal, l’ancien élève de HEC Paris dit n’avoir aucune information à ce sujet. « Depuis juillet 2024, j’essaie d’obtenir des informations auprès du Conseil d’administration, mais je fais face à un mutisme sans précédent. Toutes mes sollicitations par voie d’huissier, suivant les dispositions réglementaires du Pacte des actionnaires, adressées au Président du Conseil d’administration et à l’ensemble des administrateurs sont restées vaines. J’en déduis que la tendance n’est pas à l’apaisement ».
Une piste fragile
Malgré ce climat tendu, des signes de reprise se profilent à l’horizon, bien que les chances de voir redécoller la compagnie s’amincissent de jour en jour. Selon nos sources, des pourparlers ont été entamés « au plus haut niveau » pour tenter de ramener les principaux actionnaires à la table des négociations. L’objectif : sauver cette compagnie qui représentait une lueur d’espoir pour le secteur aérien camerounais. « À ce stade, les nouvelles constantes montrent une volonté de relancer Fly ZeJet. Les efforts déployés en haut lieu visent à réconcilier les deux camps. La faillite ou le dépôt de bilan ne sont pas, pour l’instant, à l’ordre du jour ».
L’ancien cadre d’Air France confirme en effet que : « Des négociations ont effectivement été engagées par diverses sources indépendantes et uniquement soucieuses de l’intérêt économique du Cameroun. Cependant, force est de constater que certaines des parties ne semblent pas disposées à une quelconque entente amiable ». A ce dernier de préciser que : « Toutes les pistes de sortie de crise ont été déposées sur la table des parties depuis le mois de mai 2024. Faut-il croire que, près de six mois après, elles sont encore en cours d’analyse ? Dans l’industrie, les délais de réaction ou de décision se mesurent en minutes et certainement pas en mois. À titre d’illustration, on n’a jamais vu un avion décoller pour un vol de six mois. Si après quelques dizaines de minutes on perd le contact avec l’appareil, il faut s’en inquiéter. Un actionnariat qui met des mois à arrêter une position stratégique n’est pas du tout adapté à cette industrie. »
À mesure que les négociations avancent à pas de tortue, l’avenir de la compagnie privée semble se dessiner en pointillés et un retour à la normale n’est pas pour bientôt. « Chaque jour qui passe est un jour de plus, un jour de trop, une difficulté accrue dans un éventuel retour à la normale », explique Semengue. Selon lui, « la vocation de ZeJet n’a jamais été de se positionner en alternative à la compagnie nationale, mais plutôt de venir en complémentarité, dans l’objectif de booster le secteur de l’aviation commerciale au Cameroun et dans la sous-région. Malgré les restrictions “injustes” qui nous ont été imposées, et qui malheureusement sont contraires aux dispositions de la loi 2013/010 du 24 juillet 2013 portant régime de l’aviation civile au Cameroun (en son article 106), ainsi qu’à la loi n° 98/013 du 14 juillet 1998 relative à la concurrence, ZeJet a su se positionner – en seulement 9 à 12 mois d’activité – comme un acteur incontournable du transport aérien en Afrique centrale avec des chiffres prometteurs ».
Aux origines
Le conflit interne qui a éclaté au sein de la compagnie est né de désaccords stratégiques. Christophe Semengue, actionnaire à hauteur de 37,5 %, voyait en Fly ZeJet un suppléant au pavillon national, visant à offrir des services aériens accessibles et à saisir les opportunités tant sur les marchés nationaux que sous-régionaux. À l’opposé, Christian Matanga, fils de l’ancien ministre des Relations extérieures Claude Matanga mais aussi ami d’enfance et proche collaborateur de Franck Biya et représentant de Global Trade Corporation Sarl (GTC Sarl) détenteur de 50 % des parts, prônait une collaboration avec Camair-Co allant jusqu’à proposer la location ou la vente des appareils de Fly ZeJet à cette dernière. « La compagnie aérienne nationale n’a jamais été favorable à la création de ZeJet », affirme l’ingénieur.
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Ce différend a conduit à l’éviction, le 5 avril 2024, de Christophe Semengue, alors Administrateur Directeur Général de la compagnie, remplacé par Max Mve Minsi, accentuant la « crise latente au sein du conseil d’administration ». Malgré les tentatives du fils du général de faire annuler cette décision devant les tribunaux, la situation n’a cessé de se dégrader. Le conseil d’administration s’est retrouvé scindé en deux camps, cristallisant les tensions.
Le sort du fondateur de Fly ZeJet n’aurait pas été scellé sans l’implication de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), détentrice de 12,5 % du capital de la compagnie. La participation de ce fonds public dirigé par Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo Akame, a été cruciale dans le basculement de la majorité du conseil d’administration en faveur des adversaires de l’ingénieur. Selon Jeune Afrique, « elle (la Cnps) bénéficie de deux votes sur cinq lors des délibérations du conseil d’administration en échange de la mise en place d’une convention de compte courant associé ». Après plusieurs hésitations, Mekulu a fini par se désolidariser de Christophe Semengue, faisant basculer la majorité en faveur des adversaires de l’entrepreneur. Justifiant son choix, apprend-on de la même source, « par le fait que la gestion de Semengue n’était pas exempte de tout reproche ».
A ce sujet, Semengue précise que « malheureusement, comme c’est souvent le cas dans nos environnements, les considérations politiques priment sur les intérêts purement économiques. L’histoire retiendra que tous les acteurs de l’écosystème aéronautique de la Cemac ont salué l’arrivée du tout premier opérateur aérien privé régulier ZeJet du Cameroun à l’exception de ses propres actionnaires camerounais ». Nos tentatives pour rentrer en contact avec Christian Matanga sont restées vaines.

