Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema s'est envolé lundi 7 juillet pour Washington, D.C., où il participera, du 9 au 11 juillet, à un sommet restreint de dirigeants africains. Organisée par le président américain Donald Trump, cette rencontre vise à renforcer les relations bilatérales et à repositionner les États-Unis dans la course mondiale à l'approvisionnement en métaux critiques pour l’industrie technologique et la défense, selon les points inscrits à l’ordre du jour. Un enjeu crucial dans un contexte de rivalité avec la Chine. Le Gabon est ainsi le seul État de la CEMAC à prendre part à ce rendez-vous stratégique parmi les cinq chefs d'État conviés – incluant également les dirigeants de la Guinée-Bissau, du Liberia, de la Mauritanie et du Sénégal. À la tête du deuxième producteur mondial de manganèse et d'importantes réserves de cobalt, ce pays est au cœur d'une analyse géostratégique cruciale qui place les enjeux des minerais au centre de la transition énergétique mondiale.
La nouvelle stratégie géopolitique américaine
Cette rencontre marque un tournant géostratégique dans l'approche américaine envers l'Afrique. Selon un responsable de la Maison Blanche cité par Reuters, le président Trump estime que « les pays africains offrent des opportunités commerciales incroyables qui profitent à la fois au peuple américain et à nos partenaires africains. » Loin d'un modèle basé sur la charité, Washington privilégie désormais le commerce et l'investissement, allant jusqu'à évaluer ses envoyés en Afrique sur les accords commerciaux conclus.
Lire aussi : Cameroun : une compagnie américaine en négociation pour explorer l’or, le cobalt et autres minerais stratégiques
Cette réorientation vise principalement à sécuriser l'approvisionnement en métaux critiques – tels que le lithium, le cobalt, le manganèse et les terres rares – indispensables aux technologies d'énergie propre, aux véhicules électriques et aux systèmes de défense nationale. La dépendance actuelle des États-Unis, qui importent jusqu'à 80% de ces matériaux raffinés, constitue un point faible face à des concurrents comme la Chine.
Le Gabon au cœur d'une bataille d'influence
Pour le Gabon, la présence de son président à Washington est cruciale. Le pays se trouve au centre de cette compétition mondiale pour l'accès aux ressources vitales, fort de ses importantes réserves de cobalt (dont le volume précis reste à confirmer par des études), de manganèse (dont il est le deuxième producteur et exportateur africain), très prisé pour la transition énergétique (tout comme le lithium, le cobalt et le nickel), ainsi que de chrome, d'uranium et d'or. Cette nouvelle diplomatie américaine pourrait remodeler les chaînes d'approvisionnement mondiales, offrant au Gabon une opportunité de diversifier ses partenariats et de maximiser la valeur de ses ressources, tout en naviguant entre les intérêts des grandes puissances.
Lire aussi : Le groupe marocain Managem convoite le potentiel minier et pétrolier du Tchad
De manière spécifique, les États-Unis cherchent à s'imposer face à l'influence chinoise déjà bien ancrée au Gabon et qui promet d’accélérer la transformation locale des minerais encouragée par ce pays : rappelons que, le 2 juillet dernier, une délégation chinoise de haut niveau, incluant des groupes comme SOHO et Xuzhou Coal Mining, a été reçue à Libreville, manifestant un large intérêt pour les métaux critiques du sous-sol gabonais et s'inscrivant dans la continuité de forts investissements observés.
Une offensive dans un contexte de rivalité sino-américaine
Notons en effet, que cette offensive américaine au Gabon s'inscrit dans un contexte de tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Bien qu'un accord ait été trouvé le 12 juin dernier à Londres pour enrayer le conflit entre les deux géants et permettre la reprise des exportations chinoises de terres rares vers les États-Unis, Washington maintient la pression. L'accord autorise notamment les États-Unis à imposer un droit de douane de 55% sur certaines importations chinoises. Le président Trump avait salué cette entente comme « excellente », affirmant que « les terres rares nécessaires seront fournies » . Pour les États-Unis, l'objectif est clair : réduire sa dépendance envers Pékin pour ces matières premières vitales, utilisées des batteries électriques aux systèmes de défense, et consolider des partenariats fiables en Afrique.

