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Covid-19 : les opportunités socioéconomiques qui s’offrent au Cameroun

Bernard NJONGA, Ingénieur agronome décrit en cinq points le champ d’opportunités socioéconomiques qu’ouvre la pandémie de Coronavirus aux pays Africains, particulièrement au Cameroun.

Publiée lundi 29 juin 2020 à 15:56:54Modifiée lundi 6 décembre 2021 à 15:50:37Temps de lecture 6 minPar Joel Talla

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« La Covid 19 n’est pas encore derrière nous. Certains sont déjà dans la deuxième vague, à l’instar de la Chine dans l’une de ses régions. D’autres redoutent cette deuxième vague à l’instar de la France qui sculpte les statistiques et les relâchements des mesures de sécurité çà et là dans les populations, de peur qu’on en arrive à elle. Mais tout le monde est unanime pour dire que cette pandémie est la plus destructrice que l’humanité ait connue et les changements dans les modes de vie sont inéluctables, qu’on le veuille ou non. Certains pays développés tels la France ont déjà commencé à prendre des mesures socioéconomiques et écologiques qui sont déjà en application ou en prospectives suivant l’évolution de la pandémie. Les mesures qui se prennent ou celles à venir sont les fruits des observations et des analyses du vécue pendant la crise. Je veux dire les enseignements tirés de la vie socioéconomique des populations pendant la pandémie. Des mesures heureuses ou malheureuses c’est selon, que l’Etat accepte de supporter pour maintenir un semblant d’équilibre social ou pour relancer les économies affectées. Les enseignements à tirer de la pandémie et les opportunités pour l’économie

Lire aussi : Coronavirus : quel fonds de soutien pour les PME

1.Je commencerais par vous faire remarquer que nous n’avons de stocks de réserve alimentaire nulle part au Cameroun et nous sommes permanemment dans la ligne de mire de la crise alimentaire. C’està-dire l’incapacité de toutes les populations à se nourrir simplement, sans parler de quantité ni de qualité et de prix qui sont du ressort de la sécurité alimentaire. Au Cameroun les productions alimentaires sont extrêmement faibles en rapport à la croissance des populations, et pour y faire face on importe de plus en plus de denrées. De la production à la consommation il n’existe aucune organisation, aucune structuration qui puisse aider à compiler les données et gérer la fluidité des productions et des demandes. Situation qui ouvre un champ d’opportunité dans les cultures qu’on pourrait considérer de stratégique. J’ai cité : Le riz, le maïs, les tubercules, le sorgho…etc. Des opportunités tant dans les productions que dans les technologies de transformation et de commercialisation. Bref, dans les industries agroalimentaires en générale. Parlant des bassins de production, on pourrait en compter des dizaines au Cameroun. Tenez par exemple : région de l’Extrême nord : riz, soja, oignon, haricot ; région du Nord : arachide, oignon, haricot ; région de l’Adamaoua : igname ; région de l’Ouest : maïs, haricot, pomme de terre ; région du Centre : igname, plantain ; région du Nord-ouest : maïs, pomme de terre, riz. Le Maïs, le riz, le sorgho et les tubercules transformés en farine ou non, sont les cultures locales qui entrent fortement en concurrence avec ces importations.

Lire aussi : Le coronavirus impose le report des investissements dans le secteur privé

2. Les mesures de confinement total très efficaces contre la propagation du coronavirus ne sont malheureusement pas envisageables dans le contexte économique de la plupart des pays d’Afrique noire. Car ils n’auront pas les moyens financiers nécessaires pour accompagner les populations à survive du confinement et aider le pays à se relever de la crise économique qui suivrait ce confinement

3. La nécessité de rendre de milieu rural agréable à vivre, nous ramène au cœur des problématiques d’aménagement des terroirs dans ses aspects des productions agricoles et de valorisation de ses diversités et atouts touristiques ; sans oublier ce champs extrêmement prolifique que constituent les forêts et la diversité naturelle de nos écosystèmes. Imaginez ce que nous procurerait l’exploitation intelligente de notre biomasse avec la vente de la taxe Carbonne.

4. Voyez-vous, La renégociation des accords de partenariats internationaux tels que les APE s’impose. La pandémie a remis en cause certaines certitudes. Fini, pourrait-on dire les illusions de la mondialisation, les certitudes de la « sagesse des marchés » ou du progrès technologique. On semble tous ramenés à l’essentiel et à une vision plus modeste, espérant que demain sera un autre jour. Le Président français réalise je le cite : « C’est une folie que 80% des médicaments soient produits en Chine ou Inde alors qu’on a laissé fermer les laboratoires, que 30% de l’alimentation vient de l’extérieur. » Les mots «souveraineté alimentaire » et « résilience des agricultures familiales » se trouvent réhabilités et si on tire les leçons surtout dans le domaine agricole et celui des négociations commerciales. Ce sont d’immenses opportunités économiques qui se présentent dans diverses chaines de production !

5. La médecine traditionnelle et la phytothérapie reprennent leurs galons. Dans les familles aujourd’hui, chacun y va de sa potion contre le paludisme dont les symptômes ont des similitudes avec ceux de la Covid-19. Il y en a de toutes les couleurs, à boire ou à croquer. D’autre n’attendent même pas les symptômes pour en consommer. Autant d’opportunités sociales mais aussi économiques à saisir dans la recherche, les technologies de transformation, de conservation et de mise en marché…. Il me souvient de la controverse animée par l’OMS et le Gouvernement Malgache au sujet du « Covid-organics », nom d’appellation donné au médicament à base d’Artémisia, découvert par les chercheurs malgaches et qui donne de très bons résultats contre le coronavirus. Au Cameroun on parle de l’Artemisia depuis plusieurs années et le SAILD (Service d’appui aux initiatives locales de développement via la Voix du Paysan) fait la promotion de cette plante.

Lire aussi : Coronavirus : Camer-cap présente les opportunités pour l’économie

Autant d’opportunités. Des opportunités économiques dont la condition sinéquanum de mise en œuvre reste la volonté politique pour orienter et catalyser les initiatives dans ce secteur Agro-sylvo-pastorale. Ça ne vous a pas échappé que je me suis appesanti sur les opportunités du secteur agricole pour essentiellement réitérer ici le cri d’alarme que nous avons lancé pour l’éventualité d’une crise alimentaire au Cameroun. Ce risque reste d’actualité et avec une probabilité plus grande. Nous nourrissons l’espoir que les pouvoirs publics prennent ce cri au sérieux. Quand vous imaginez que 70% de camerounais vivent de l’Agriculture, il ne vous échappe pas ce que toute action dans ce domaine agricole aurait des résultats retentissant sur les emplois, sur la souveraineté alimentaire, sur la répartition des richesses entre le maximum de camerounais, sur le développement du tissu industriel….etc.

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