Bien qu’étant un pays important dans la rétention du carbone, le Cameroun reçoit peu pour ses efforts, selon un récent rapport de la Banque mondiale sur l’économie du pays. « En 2020, la valeur de ce service de rétention de carbone était estimée à 35 600 milliards XAF (59 milliards USD), sur la base d’un coût social du carbone de 100 USD par tonne de CO2, représentant 96 % de la valeur totale des services écosystémiques. Cependant, seuls 52,5 milliards XAF (87 millions USD), soit 0,3 %, reviennent effectivement au pays, ce montant correspondant aux dommages climatiques évités dans le pays », révèle le rapport. Qui ajoute que, cette asymétrie appelle à un renforcement du financement international du carbone, tels qu’à travers l’Accord de Paris ou les mécanismes du REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation forestière : Ndlr), afin d’assurer une adéquation entre les incitations au niveau national et les contributions au niveau mondial.
Une situation dénoncée par l’institution financière, qui appelle à une réforme urgente des mécanismes de financement du carbone, notamment via l’Accord de Paris ou les mécanismes REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts). Cette asymétrie traduit selon elle une inadéquation criante entre la contribution réelle du Cameroun à l’effort climatique mondial et les incitations économiques qui lui sont proposées.
Les forêts camerounaises stockent à elles seules 7,1 milliards de tonnes de carbone, soit l’équivalent de 26 milliards de tonnes de CO₂ évitées dans l’atmosphère, faisant de ce patrimoine un bien public mondial majeur. Or, sans compensation adéquate, le maintien de ces forêts « sur pied et intactes » n’est pas garanti, souligne le rapport, qui plaide pour une reconnaissance des forêts comme actif macro-budgétaire stratégique et non plus comme simple ressource environnementale.
Lire aussi : Finance climat : la taxation du carbone en débat en Afrique Centrale
La Banque mondiale préconise également une évaluation plus complète des services écosystémiques, afin de mieux justifier les demandes camerounaises de financement climatique. D’autant plus que la valeur de ces services a bondi de 92 % entre 2000 et 2020, sous l’effet de la hausse des cours mondiaux du carbone.
Dans l’architecture actuelle des marchés carbone, un crédit équivaut à l’émission d’une tonne de CO₂. Les États ou entreprises qui réduisent leurs émissions peuvent revendre leurs crédits à d’autres entités plus polluantes. Or, bien que le Cameroun joue ce rôle de "compensateur climatique", il reste largement exclu du partage équitable des revenus générés.
La faiblesse du financement climatique reçu contraste donc violemment avec la contribution du pays à la lutte contre le changement climatique. Un déséquilibre qui, selon la Banque mondiale, ne pourra être corrigé que par une mobilisation politique forte et une revalorisation structurelle des actifs naturels dans les politiques économiques du pays.

