À l’hôtel Ivoire d’Abidjan, c’est l’effervescence : à quelques heures du scrutin qui désignera le successeur du Nigérian Akinwumi Adesina, cinq candidats s’affrontent. Mais c’est le Mauritanien Sidi Ould Tah qui cristallise toutes les attentions : arrivé « in extremis » en janvier dernier, il a su tisser, en dix ans à la tête de la BADEA, un réseau politique et financier sans égal.
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Peuplé de confidences, le cercle proche de Sidi Ould Tah assure qu’il a patienté jusqu’à la clôture des candidatures pour mesurer ses chances. Cette stratégie lui a permis de sécuriser le soutien de neuf États africains (Mauritanie, Tunisie, Libye, Togo, Sierra Leone, Djibouti, Congo, Cameroun, Bénin, Mali) totalisant 5,22 % des droits de vote de la BAD, auxquels se sont ajoutés la Tanzanie (0,81 %), la France (3,71 %), la Belgique (0,65 %) et l’Espagne (1,06 %).
Le puissant relais saoudien
Plus décisif encore, l’Arabie Saoudite – actionnaire majeur de la BADEA avec 0,20 % de droits de vote – influence désormais l’Égypte (6,33 %), l’Algérie (5,33 %) et les États-Unis (6,09 %) en sa faveur. Grâce à ce lobbying, Sidi Ould Tah peut espérer dès le 1er tour environ 30 % des voix – un score inattendu face aux poids lourds du continent.
Renouveau et agilité institutionnelle
La candidature de Sidi Ould Tah séduit par sa promesse de « renouveau » : à la tête de la BADEA, il a démontré sa capacité à mobiliser des ressources nouvelles et à adapter l’institution aux défis contemporains. Ses partisans le décrivent comme « le seul capable d’injecter des fonds frais » et de rendre la BAD plus agile pour répondre aux priorités des pays africains.
Les « faiseurs de rois » restent indécis
À la veille du vote, les grands actionnaires africains (Nigeria 9,33 %, Égypte 6,33 %, Algérie 5,33 %, Afrique du Sud 5,06 %, Maroc 4,76 %, Côte d’Ivoire 3,82 %) et non-africains se préparent à jouer leur partition. Sidi Ould Tah, grâce à son solide alignement, apparaît toutefois comme l’outsider le mieux placé pour renverser les pronostics.
Amadou Hott
Fort d’un solide soutien initial du Sénégal (0,94 %) et du Gabon (0,46 %), il a glané des appuis de poids au Maroc (4,76 %) et au Nigeria (9,33 %), poussé par son expérience de ministre de l’Économie. Sa campagne met en avant la modernisation des outils de financement et la transition énergétique.
Swazi Bajulile Tshabalala
Seule femme en lice, elle bénéficie des 5,06 % du vote sud-africain et du soutien discret du Soudan du Sud (0,29 %). Sa légitimité repose sur son parcours financier et l’appui initial de Cyril Ramaphosa, aujourd’hui plus mesuré en raison des tensions régionales.
Samuel Munzele Maimbo
Ancien vice-président de la Banque mondiale, il a le bloc SADC et COMESA derrière lui, mais plusieurs États de la région ont rétropédalé. Il peut toutefois compter sur la Zambie (1,18 %), le Zimbabwe (1,72 %) et quelques pays nordiques (4,39 %), ainsi que sur l’ombre du Royaume-Uni.
Mahamat Abbas Tolli
Si sa campagne a duré plus d’un an, le Tchadien peine à convertir l’unité de la CEMAC (1,92 %) et de la CEEAC (4,82 %) en victoires concrètes. Aucun grand électeur supplémentaire ne lui a emboîté le pas, et il apparaît désormais distancé face aux manœuvres de ses rivaux.
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Ce jour, à partir de 14 h, le verdict tombera : qui de l’outsider soudain ou des favoris de toujours saura rallier les « faiseurs de rois », ces actionnaires africains et extra-africains disposant chacun de plus de 3,5 % du capital ? La partie promet d’être serrée jusqu’au dernier vote.

