En 2019,les Etats-Unis d’Amérique alors dirigés par Donald Trump, ont suspendu le Cameroun de la liste des bénéficiaires de la loi sur la Croissance et les opportunités de développement en Afrique (Agoa) ; un régime préférentiel de commerce accordé aux pays d’Afrique subsaharienne éligibles, leur permettant d’exporter en franchise de douanes vers Washington. La raison ? « son implication dans les violations flagrantes des droits de l’Homme reconnus internationalement ». Cinq ans après, la réintégration de la première puissance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) à l’Agoa reste incertaine.
C’est en tous cas, l’essentiel des propos de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique du Cameroun Christopher John Lamora dans une interview au quotidien Mutations. « Depuis la suspension, nous avons eu, et moi personnellement depuis mon arrivée, plusieurs conversations avec les autorités camerounaises sur ce que le Cameroun doit faire pour être intégré dans ce programme. Et chaque année, nous donnons de la part de l’ambassade une recommandation au bureau de notre représentant international pour le commerce (Ustr) pour voir si le Cameroun peut être réintégré. Et jusqu’ici, la décision de l’Ustr, c’est que le Cameroun devrait rester hors du programme pour l’instant », fait-il savoir.
Progrès notoires
Le diplomate ne s'appesantit pas sur les mobiles avancés par l’Ustr pour maintenir le Cameroun hors de l’Agoa. Pourtant, il reconnaît que le pays de Paul Biya « a fait des progrès ». La preuve, dit-il, son pays a reçu du gouvernement de Yaoundé, plusieurs rapports mettant en avant le procès des hommes en tenue coupables de violations. Ce qui revient à dire que les négociations entre Yaoundé et Washington n’ont pas abouti à un consensus jusqu’ici. L’on se souvient néanmoins qu’au cours d’un échange avec le groupe de réflexion Atlantic Council, en marge des assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale en avril 2023, Alamine Ousmane Mey, le ministre camerounais de l’Economie, de la Planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) espérait arriver « à un accord aussi rapide que possible ». Aussi, ajoutait le membre du gouvernement, « nous travaillons de manière très transparente et ouverte afin d’examiner tous les problèmes qui ont été soulevés et les résoudre, s’ils sont fondés ».
Près de 30% des exportation vers les Etats-Unis en jeu
L’Agoa bénéficie à ces deux pays et le retour du Cameroun lui permettrait d’engranger des économies. Un communiqué de l’ambassade des Etats-unis au Cameroun commis le 31 octobre 2019 révèle que les exportations au titre de ce mécanisme commercial préférentiel avaient été considérables en 2018 ; soit un an avant qu’il ne soit sanctionné.
Pour preuve, cette année-là, les ventes du Cameroun à destination des Etats-Unis d’Amérique se sont établies à environ 220 millions de dollars dont 63 millions de dollars (environ 37,1 milliards de Fcfa) sans droit de douanes (90% sous forme de pétrole brut). Calculette en main, les exportations camerounaises à destination du pays de l’Oncle Sam ont été à 28,7% appliquées à l’Agoa.
A la lecture des données du statisticien camerounais Institut national de la statistique (INS), les Etats-Unis ont perdu des parts du marché au Cameroun depuis 5 ans. 5e client du Cameroun cette année-là avec une valeur de 140,1 milliards de Fcfa (5,9% des exportations totales du Cameroun), les USA ne figurent pas dans le Top 10 que ferme la Belgique avec 3,4% des exportations en 2020. Avec une valeur de 63 milliards de Fcfa, les Etats-Unis ont pu épargner 2,6%, relégués au 10e rang. Ils occupent la même position en 2022 avec 2,3% des parts du marché. Dans le Top 6 des meilleurs acheteurs mondiaux des produits camerounais, ce pays n’y figure point en 2023.

