[pubilrédactionnelle] Estimée à environ 30 milliards de FCFA de valeur économique pour une production annuelle, la filière crevette représente un potentiel encore à mieux valoriser au Cameroun. Pour améliorer les revenus des professionnels et renforcer l’accès aux marchés, le programme FISH4ACP a consacré cinq années à la connaissance de la ressource, à la qualité des produits et à la structuration de la filière. Les acquis ont été présentés le 14 octobre 2026 à Yaoundé, à l’occasion d’une rencontre de capitalisation marquant la fin de son cycle d’intervention dans le pays.
Financé à hauteur de 2 millions d’euros, soit environ 1,3 milliard de FCFA au Cameroun, par ses partenaires, FISH4ACP est une initiative de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, soutenue par l’Union européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, avec l’appui technique de la FAO. Son intervention s’inscrit dans une stratégie élaborée avec les acteurs de la chaîne de valeur, dont les objectifs se prolongent jusqu’en 2032.
Mieux connaître la ressource pour mieux l’exploiter
Le premier chantier a porté sur la connaissance et la gestion durable des stocks. FISH4ACP a soutenu en 2022 une enquête-cadre, l’élaboration d’un plan de gestion des pêcheries crevettières et un programme pilote d’observateurs. Pour la FAO, ces dispositifs doivent permettre de mieux documenter les captures et les pratiques de pêche pour éclairer les décisions publiques.
Les premières observations indiquent un potentiel supérieur aux estimations antérieures, avec une production évaluée à environ 8 000 tonnes dont 6000 tonnes issus de la pêche artisanale. Cette meilleure connaissance constitue un outil pour ajuster la gestion de la ressource et concilier exploitation économique et durabilité.
Renforcer la valeur du produit
Le deuxième axe a visé l’amélioration de la qualité et l’accès aux marchés. Le programme a renforcé les capacités du laboratoire d’analyses alimentaires du LANAVET à Douala.
Sur le terrain, deux machines à glace ont été fournies pour améliorer la conservation des captures et un four de fumage optimisé pour réduire la consommation d’énergie a été mis en place. FISH4ACP a également accompagné le développement de SIREN, une application qui permet de collecter des données sur les captures et les prix et de rapprocher pêcheurs et acheteurs. Lors de son pilote en 2025, 115 pêcheurs ont été formés et 280 observations ont été recueillies sur 14 sites.
« Ce qui serait vraiment intéressant de voir, ce sont des entreprises cherchant à acquérir des crevettes et d’autres produits de la mer en utilisant l’application pour acheter auprès de grossistes qui, à leur tour, achètent auprès des pêcheurs », explique-t-il. Les hôtels, restaurants et entreprises du tourisme figurent parmi les débouchés potentiels, au Cameroun comme dans d’autres marchés d’Afrique centrale.
Structurer les acteurs
Le troisième axe concerne la gouvernance de la filière. FISH4ACP a accompagné la structuration des professionnels et le renforcement de leurs capacités collectives, avec notamment le développement de la plateforme Crevette du Cameroun (PLACRECAM), l’organisation interprofessionnelle de la chaîne de valeur crevette. Créée en 2021 avec 30 membres, l’organisme est appelé à prendre le relais pour poursuivre la stratégie de développement de la filière après la fin du projet FISH4ACP.

« Durant les quatre dernières années, nous avons travaillé pour rendre PLACRECAM plus autonome, apte à gérer administrativement, à communiquer sur ses activités et à gérer ses propres affaires », indique Alex Ford.
Pour le président de PLACRECAM, Louis Martin Imoulanok, il s’agit notamment de mieux organiser les acteurs en collèges et de faire remonter les informations depuis les pêcheurs jusqu’aux instances professionnelles et aux autorités.
La valorisation de la crevette camerounaise passe aussi par la préparation d’une indication géographique protégée (IGP), envisagée sous le nom « Rio dos Camarões » pour la crevette sauvage Penaeus monodon. Cette démarche vise à distinguer le produit en s’appuyant sur son origine, son environnement de production et les savoir-faire associés. L’IGP reste toutefois à formaliser : une étude estime à environ 150 millions de FCFA les besoins liés à la structuration, au cahier des charges, au dispositif de contrôle et au dossier de reconnaissance auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. La gestion de l’IGP devra être assurée par PLACRECAM.













