Le Cameroun s’achemine vers un nouvel écart entre objectifs et résultats dans la filière maïs. Cinq ans après le lancement de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), la production nationale reste largement en deçà de la cible de 4 millions de tonnes fixée pour 2025. Selon le « Rapport d’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la SND30 2020-2030 », récemment publié par le ministère de l’Économie (Minepat), la production de maïs n’a progressé que de 4,42 % par an entre 2020 et 2024, passant de 1,98 million de tonnes à 2,36 millions de tonnes.
Lire aussi : Le Cameroun importe 30 000 tonnes de maïs pour contenir la flambée des prix des œufs
Cette dynamique apparaît insuffisante au regard des ambitions gouvernementales. En 2021, la production avait atteint environ 2,2 millions de tonnes, avant de reculer à près de 2 millions de tonnes en 2022, puis de remonter autour de 2,2 millions de tonnes en 2023. Le rapport souligne que la hausse observée en 2021 était portée par « des conditions climatiques favorables, une augmentation de 10,5 % des superficies cultivées à 1,3 million d’hectares et une amélioration du rendement moyen, passé à 2,8 tonnes par hectare pour certaines variétés composites ». Ces gains sont toutefois restés ponctuels et fragiles.
Des contraintes persistantes à la production
Le ralentissement de la filière s’explique par plusieurs facteurs structurels. Le rapport de la SND30 pointe notamment « le coût élevé des engrais et des pesticides, la faible accessibilité aux semences améliorées, les difficultés de sécurisation foncière, la persistance des effets du changement climatique et la faible organisation de la filière ». À cela s’ajoutent des pertes post-récolte évaluées à environ 11 % de la production nationale.
Lire aussi : Cameroun : 11 milliards FCFA dépensés en 2024 pour importer du maïs, un record!
Avec un rendement moyen de 1,8 tonne par hectare en 2023, le Cameroun reste loin des standards mondiaux estimés à 5,9 tonnes par hectare, et des performances de pays africains comme l’Afrique du Sud, où les rendements dépassent 6 tonnes par hectare. Le coût direct de production d’un hectare de maïs est par ailleurs estimé à environ 428 000 FCFA, un niveau jugé dissuasif pour de nombreux petits exploitants, qui dominent encore la filière.
Un déficit structurel face à une demande en forte croissance
Le maïs constitue un intrant stratégique pour l’élevage, les industries agroalimentaires et les brasseries. Pourtant, la production nationale peine à satisfaire une demande estimée à 2,8 millions de tonnes. Cette situation alimente un déficit commercial persistant. En 2024, les importations de maïs ont atteint 81 833 tonnes, en hausse de 103,1 % sur un an. Sur cinq ans, les volumes importés ont presque triplé, pour une facture évaluée à 19,4 milliards de FCFA, contre environ 8,5 milliards de FCFA en 2010. À cette dépendance extérieure s’ajoutent des fuites transfrontalières estimées à près de 50 000 tonnes par an vers les pays voisins, selon les données du Minepat.
Lire aussi : Campagne agricole 2024 : 80 000 tonnes d’engrais subventionnées pour relever la production au Cameroun
Face à ces contre-performances, les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives pour relancer la production. Le Comité de compétitivité de l’économie camerounaise recommande notamment de développer des exploitations de plus grande taille, de promouvoir les variétés hybrides adaptées aux conditions locales et d’investir dans des infrastructures de stockage et de séchage afin de réduire les pertes. Ces efforts restent toutefois insuffisants pour combler le retard accumulé. À l’horizon 2030, le Cameroun ambitionne une production de 8 millions de tonnes de maïs.

