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Financement du développement : l’Afrique explore la titrisation et les PPP au SFA Forum de Dakar

Réunis à Dakar le 25 septembre, décideurs publics, banquiers et investisseurs ont débattu de solutions alternatives pour combler le déficit de financement colossal du continent, estimé à 4 000 milliards $ par an selon la BAD. La titrisation, les obligations ESG et les PPP ont été présentés comme leviers majeurs.

Publiée lundi 29 septembre 2025 à 18:51:43Modifiée lundi 29 septembre 2025 à 18:52:05Temps de lecture 5 minPar Vicky BAGAL

SFA Dakar
Une vue de la salle où s'est tenue le SFA Forum lors du discours inaugural du représentant du ministre sénégalais des Finances et du Budget, le 25 septembre 2025 à Dakar, Sénégal

 Le 25 septembre dernier, Dakar, capitale sénégalaise, est devenue, le temps d’une journée, le carrefour des finances du continent africain. A l’occasion de la première édition du Structured finance Africa  (SFA) forum et considérant les besoins nécessaires au développement en Afrique, banquiers, investisseurs, puissances publiques et opérateurs économiques se sont réunis pour mutualiser les réflexions et proposer des solutions et alternatives durables aux ressources traditionnelles jugées insuffisantes. « L’Afrique fait face à une équation complexe, manquant d’environ 4 000 milliards de dollars par a pour atteindre ses objectifs de développement durable selon la BAD. Des chiffres qui traduisent une réalité : nos besoins de financement sont colossaux, mais les flux disponibles demeurent insuffisants », a déclaré Isaac Mbaye, Directeur général d’Invictus Finance & Capital et promoteur du  SFA Forum.

Au cœur des débats, le financement structuré, à travers la titrisation, les obligations ESG ou encore les financements mixtes (PPP), apparaît comme une solution innovante permettant de mobiliser des capitaux locaux et internationaux. D’autant plus que, comme l’a souligné M. Mbaye, « il permet de mutualiser les risques, d’allonger les maturités, de mobiliser le capital privé et de créer des instruments sur mesure pour bâtir une architecture financière africaine plus robuste ».

Épargne locale, partenariats public privé, titrisation

En clair, les financements structurés sont des instruments et véhicules de financement qui permettent de mobiliser des ressources financières avec une forte maîtrise des risques et sans impact sur les budgets nationaux. « Avec les financements structurés, c’est le projet qui est financé à travers une structuration qui minimise le risque », explique-t-il. Par exemple dans le cadre d’un partenariat public privé, une concession sur une autoroute permet de rembourser les fonds consentis pour sa construction non pas via le budget mais par l’exploitation et les recettes générées par l’activité.

Lire aussi : Financement des États africains : la titrisation au cœur des débats à Dakar

Pour sa part, la titrisation est un instrument qui déconsolide un actif contre de la liquidité. Selon le promoteur, elle vient en complément et se substitue parfois au financement traditionnel comme la dette bancaire ou l’IPO, en transférant le risque à l’investisseur. Dans le même ordre d’idées, Mahamou Gahou, représentant du président de la commission de l’UEMOA, soutient que la mobilisation de l’épargne locale est un instrument de financement structuré à part entière, qui permet d’avoir un capital d’au moins 1,4 milliard de dollars à investir, grâce aux fonds de pension existants dans les différentes zones économiques du continent. « Il est nécessaire pour les États, de diversifier les sources de financement par les financements innovants, comme la titrisation, les financements vivables comme l’épargne locale, ou les partenariats publics-privés », a t’il exprimé.

Passer à l’échelle continentale

Soutenant cette position, Oulimata Ndiaye Diasse, directrice générale UMOA-Titres, a rappelé que les économies africaines importent les véhicules de financement de l’occident et misent déjà, de façon individuelle, sur les innovations financières. Au Kenya par exemple, 156 millions de US$, soit près de 90 Milliards FCFA, ont été mobilisés en juillet dernier sous forme de titrisation de créances futures exclusivement et avec une connotation ESG. « Cette transaction parmi tant d’autres prouve que l’Afrique peut innover et attirer des investisseurs d’envergure tant locaux qu’internationaux […] Ces succès isolés doivent désormais devenir des standards », indique la panéliste.

Une nécessaire harmonisation

Ainsi, Standardiser les process de financement structuré renvoie à créer un cadre harmonisé, sécurisé et transparent à travers lequel l'information sera accessible et les investisseurs auront la latitude d’apporter leur contribution aux différents types de financements futurs et existant. « Donner de la transparence, de l'efficience au marché en harmonisant ces mécanismes est un impératif lorsqu’on entend développer les financements durables. Ceci passe par la mise en place de véhicules spécifiques tel que la notation financière », souligne Mme Ndiaye Diasse.

En tant que spécialiste du conseil juridique, Barthelemy Faye, avocat associé du cabinet Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, soutient que les leviers doivent être actionnés à tous les niveaux afin de vulgariser le principe de notation financière, (bien que déjà mis en œuvre dans les zones UEMO et CEMAC,NDLR), réduire la pression fiscale sur les flux financiers et uniformiser les taux d’intérêt constituent un atout indispensable pour rassurer les investisseurs. « Les investisseurs privés devraient être prêts à accepter des taux relativement en dessous de 8%, tandis que les ministères des finances doivent lâcher du lest sur la fiscalité et les banques commerciales pratiquent leur responsabilité sociétale en contribuant au développement du pays », exprime-t-il.

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