C’est une petite secousse dans les cercles économiques d’Afrique centrale. Ce 5 mai 2025, Henri-Claude Oyima, figure emblématique de la finance gabonaise et patron de BGFIBank – première banque du Gabon et de la zone CEMAC –, a été nommé ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la lutte contre la vie chère. Une arrivée remarquée dans l’équipe gouvernementale, tant ce capitaine d’industrie cumule les casquettes : président du patronat gabonais, président du conseil d’administration de la BVMAC, et désormais stratège budgétaire de l’État. Plus étonnant encore : BGFIBank a confirmé, dès le lendemain, qu’il continuera de superviser le groupe bancaire, malgré ses nouvelles fonctions ministérielles. Une double casquette qui, au sein de l’opinion, interroge sur les équilibres à venir entre intérêts publics et privés.
Contexte macroéconomique et financier fragile
Quoi qu’il en soit, sa nomination au sein du gouvernement est saluée par de nombreux observateurs comme un signal fort en faveur d'une gouvernance économique renforcée et d'une volonté de relancer l'investissement dans le pays. En effet, la nomination de ce financier chevronné intervient alors que l’économie et les finances du pays traversent une période délicate. La croissance économique reste atone, avec un taux de 2,4 % en 2023 et des prévisions de 2,8 % pour 2025 (en dessous de la moyenne de 3,8% en Afrique subsaharienne), tandis que l’inflation, après avoir culminé à 4,1 % en 2023, devrait ralentir autour de 2,3 % cette année. Parallèlement, le déficit budgétaire reste structurellement élevé (– 5,3 % du PIB) et le ratio dette publique/PIB devrait se maintenir au-dessus des 79%.
Accélérer la diversification
Pour redresser la pente, Henri-Claude Oyima devra poser les jalons d’une diversification économique qui manque tant à ce pays d’à peine 2,5 millions d’habitants. Pour l’instant, le secteur pétrolier demeure le pilier de l’économie. Il représente environ 40 % du PIB, 68 % des exportations et 50 % des recettes de l’État. Ce manque de diversification expose l’économie gabonaise aux fluctuations des cours internationaux. « Les perspectives d’une diminution progressive de la richesse pétrolière pèsent sur les prévisions de croissance à long terme et sur la position extérieure, compte tenu d’une diversification encore modérée hors du secteur pétrolier », pointe le FMI dans un rapport sur le Gabon publié en juillet 2024.
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L’essor de l’agriculture, du tourisme et des infrastructures routières et portuaires est indispensable pour réduire la vulnérabilité aux chocs pétroliers. Malgré un nouveau code des hydrocarbures (2019), la diversification peine à décoller : attirer des investissements dans les mines, l’agro industrie ou les énergies renouvelables exigera un climat des affaires rénové et davantage d’incitations fiscales.
Par ailleurs, le renforcement des recettes et la lutte contre l’évasion devraient figurer au rang des priorités du dirigeant. Avec un taux de pression fiscale relativement bas et une économie informelle estimée à près de 40 % du PIB, l’amélioration de la collecte, via une administration fiscale modernisée et la généralisation de la facturation électronique, est impérative pour accroître les recettes domestiques sans alourdir la dette.
Pressions sur les liquidités
Au moment où Oyima prend les commandes de l’économie et des finances du pays, le Gabon est sur une ligne de crête. Le pays a récemment réussi à mobiliser plus de 1400 milliards FCFA dans le cadre d’une opération de reprofilage et de titrisation de sa dette intérieure. Une transaction qui a certes permis au Gabon d’éviter une crise budgétaire sur le court terme, mais qui n’élague pas pour autant les contraintes financières auxquelles le pays est appelé à faire face. La suspension de décaissements de la Banque mondiale pour des arriérés de 17 millions $ et l’absence d’un nouveau programme du FMI, engendreraient de fortes tensions de trésorerie compte tenu des options de financements extérieurs limitées.
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Henri-Claude Oyima est également attendu sur le chantier du redressement du profil de remboursement du Gabon. Moody’s et Fitch ont abaissé la note souveraine du pays, et le FMI anticipe une détérioration supplémentaire de la dette publique si des mesures de redressement ne sont pas prises.
Gouvernance et transparence des hydrocarbures
Le nouveau ministre hérite d’une administration longtemps opaque. En 2023, le FMI estimait que le manque de transparence sur les contrats pétroliers et le partage des revenus empêchait de chiffrer précisément les recettes réelles du secteur. Pour inverser la tendance, le gouvernement de Transition a rendu public certains contrats pétroliers, minier et forestiers. Un chantier que le dirigeant doit poursuivre afin de maintenir la crédibilité du pays auprès des institutions internationales.

