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Régis AMARO
Régis AMARORégis AMAROPh.D en droit des affaires, Conseil juridique et fiscal agréé CEMAC n° 344, Founder & Managing Partner de Ferreir Consulting., ainsi que contributeur à Forbes Afrique et auteur littéraire.
Tribune

Financer les entreprises au Congo : le défi juridique, bancaire et fiscal par Régis AMARO.

Le développement économique du Congo-Brazzaville repose sur sa capacité à mobiliser des financements adaptés et structurés. Dans cet article d'analyse, Régis AMARO (Ph.D en droit des affaires et Founder & Managing Partner de Ferreir Consulting) examine l'interdépendance clé entre exigences bancaires, sécurité juridique OHADA et prévisibilité fiscale. Découvrez une vision pragmatique et « Congo-Optimiste » pour renforcer l'accès des PME aux capitaux, diversifier les sources de financement et bâtir un écosystème des affaires solide et durable.

Publiée mercredi 21 octobre 2026 à 21:04:52Modifiée mercredi 21 octobre 2026 à 21:04:55Temps de lecture 13 minPar EcoMatin

Régis AMARO

Le Congo-Brazzaville dispose de ressources, de compétences et d’un potentiel entrepreneurial qui méritent d’être pleinement valorisés. Pourtant, entre l’existence d’une opportunité économique et sa transformation en activité durable, un obstacle demeure déterminant : la capacité à mobiliser des financements adaptés et à créer les conditions de leur utilisation productive.

Comment permettre à une entreprise viable de financer sa croissance ? Comment inciter un investisseur à engager ses capitaux ? Comment donner aux banques les moyens d’évaluer les projets sans faire peser sur les entrepreneurs des exigences auxquelles ils ne sont pas suffisamment préparés ?

En tant que juriste en droit des affaires et entrepreneur, je considère que ces questions ne peuvent être traitées séparément. Le financement ne se résume pas à la disponibilité des capitaux. Il dépend également de la qualité de l’organisation des entreprises, de la sécurité de leurs engagements, de la fiabilité de leur information financière et de leur capacité à anticiper leurs obligations fiscales.

C’est sur cette articulation que doit porter notre attention. Le véritable enjeu pour le Congo n’est pas seulement de mobiliser des capitaux, mais de créer les conditions permettant de les transformer en entreprises pérennes, en investissements productifs et en emplois durables.

  1. Le financement : rapprocher les besoins des entreprises des exigences des banques
    Pour une petite ou moyenne entreprise, le financement peut conditionner l’acquisition d’équipements, la constitution de stocks, l’exécution d’une commande ou l’accès à un nouveau marché. Pourtant, un projet commercialement prometteur ne présente pas nécessairement les garanties attendues par un établissement bancaire.

Le banquier doit apprécier la capacité de remboursement, les perspectives de trésorerie, le niveau d’endettement, la rentabilité prévisionnelle et les garanties disponibles. Cette analyse du risque est inhérente à son activité. Il serait donc peu réaliste de considérer que le développement économique exige des banques qu’elles financent indistinctement tous les projets.

La difficulté se situe ailleurs : certaines entreprises peuvent présenter un potentiel économique réel sans disposer d’une organisation ou d’une information financière suffisamment solides pour convaincre un financeur.

Il faut agir sur cette difficulté sans opposer les intérêts des banques à ceux des entrepreneurs. Cela suppose de mieux préparer les demandes de financement et de diversifier les instruments disponibles. Au crédit d’investissement et au financement du besoin en fonds de roulement peuvent s’ajouter, selon les situations, le crédit-bail, l’affacturage, les mécanismes de garantie et les dispositifs de cofinancement.

La mésofinance mérite également d’être examinée pour certaines entreprises dont les besoins dépassent ceux habituellement couverts par la microfinance, sans qu’elles remplissent nécessairement toutes les conditions d’accès au crédit bancaire classique. Son développement doit toutefois reposer sur un modèle viable, une évaluation rigoureuse des risques et un cadre réglementaire approprié.

À mes yeux, l’enjeu est moins de multiplier les dispositifs que de mieux faire correspondre les financements aux besoins réels des entreprises.

Une entreprise ne devient pas finançable parce que son projet est séduisant. Elle doit pouvoir démontrer sa viabilité économique, maîtriser sa gestion et présenter des éléments suffisamment fiables pour justifier le financement sollicité.

  1. Le droit des affaires : une condition de structuration et de pérennité
    Le droit des affaires est encore parfois perçu comme une contrainte administrative ou une dépense que l’entrepreneur peut différer. Cette perception peut coûter cher.

Une société mal structurée, des relations entre associés insuffisamment encadrées, des contrats imprécis ou des garanties juridiquement fragiles peuvent compromettre une opération pourtant économiquement prometteuse. À l’inverse, une entreprise organisée, dont les responsabilités sont clairement définies et les engagements correctement documentés, présente de meilleures conditions pour négocier avec ses partenaires et rechercher des financements.

Dans l’espace OHADA, le droit des sociétés commerciales, le droit des sûretés, les règles comptables et les procédures de traitement des difficultés des entreprises fournissent une partie du cadre nécessaire à la sécurisation des opérations économiques.

Mais l’existence de règles ne suffit pas. Leur appropriation par les entrepreneurs, leur application effective et la possibilité de faire valoir les droits reconnus sont tout aussi importantes. Un cadre juridique ne produit pleinement ses effets que lorsqu’il permet aux acteurs économiques de prendre des décisions éclairées et d’organiser leurs relations dans des conditions suffisamment prévisibles.

C’est pourquoi je défends une approche préventive du conseil juridique. Son rôle ne devrait pas se limiter à intervenir lorsque le conflit est né ou que l’entreprise se trouve en difficulté. Il doit aussi permettre au dirigeant de choisir une structure adaptée, de sécuriser ses contrats, d’anticiper ses responsabilités et de mieux apprécier les conséquences de ses décisions.

Cette exigence est particulièrement importante lorsque l’entreprise rencontre des tensions financières. Une difficulté de trésorerie ne signifie pas nécessairement que son activité n’est plus viable. Lorsqu’elle est identifiée suffisamment tôt, elle peut justifier un diagnostic et, selon la situation, le recours aux mécanismes juridiques appropriés pour préserver l’activité et les emplois.

Mon expérience du droit des affaires me conduit à une conviction : le droit doit intervenir avant que le risque ne se transforme en crise. Il doit être un outil de décision pour l’entrepreneur, pas seulement un recours lorsque tout se complique.

  1. La fiscalité : rendre les obligations prévisibles et compatibles avec la gestion de l’entreprise
    La fiscalité répond à une nécessité fondamentale : procurer à l’État les ressources nécessaires au financement de ses missions et des politiques publiques. Mais elle intervient également dans les décisions quotidiennes des entreprises et dans l’évaluation de leurs perspectives de développement.

Un entrepreneur doit pouvoir intégrer ses obligations fiscales dans ses prévisions de trésorerie. Un investisseur doit pouvoir apprécier les principales conséquences fiscales de son opération. Lorsque les règles sont mal comprises ou que les obligations sont insuffisamment anticipées, la rentabilité prévisionnelle peut être faussée et la capacité de remboursement fragilisée.

La question n’est donc pas de réclamer systématiquement une baisse de l’impôt. Elle est de promouvoir un environnement fiscal lisible, des procédures compréhensibles et une application cohérente des règles.

La formalisation des entreprises constitue, à cet égard, un enjeu majeur. Une comptabilité régulièrement tenue, une séparation entre les finances personnelles et professionnelles et le respect des obligations déclaratives permettent au dirigeant de mieux piloter son activité. Ils contribuent également à la fiabilité des informations présentées aux établissements financiers.

Il existe ainsi un lien direct entre gestion, conformité fiscale et accès au financement. Une entreprise qui ne connaît pas précisément sa situation comptable et fiscale peut difficilement apprécier sa trésorerie disponible, anticiper ses charges ou démontrer sa capacité de remboursement.

Je considère donc que l’accompagnement juridique et fiscal ne doit pas être réduit à une fonction de conformité. Il participe à la stratégie de l’entreprise, à la maîtrise de ses risques et à la préparation de son développement.

Pour le Congo-Brazzaville, l’enjeu est de concilier deux exigences légitimes : assurer les ressources publiques nécessaires au développement du pays et offrir aux entreprises la visibilité indispensable à leurs décisions économiques.

  1. Organiser une chaîne de financement cohérente
    Les difficultés de financement sont souvent abordées sous l’angle des ressources dont disposent les banques. Pourtant, la décision de financer dépend aussi de la qualité du projet, de l’organisation de l’entreprise et de la fiabilité des informations mises à disposition du prêteur.

Il me paraît donc utile de renforcer les passerelles entre établissements financiers, professionnels du droit et du chiffre, structures d’accompagnement et organisations professionnelles. Une entreprise qui sollicite un financement devrait pouvoir, lorsque cela est nécessaire, bénéficier d’un diagnostic portant sur sa situation juridique, sa comptabilité, ses obligations fiscales, ses besoins de trésorerie et sa capacité de remboursement.

Cette démarche permettrait d’identifier les fragilités en amont et d’améliorer la qualité des dossiers présentés aux financeurs. Elle ne doit pas créer une nouvelle couche de formalités, mais aider les entrepreneurs à répondre plus efficacement aux exigences existantes.

La diversification des sources de capitaux doit compléter cet effort. Les mécanismes de garantie, les financements spécialisés et les investissements privés peuvent élargir les possibilités offertes aux entreprises, sous réserve d’une gouvernance claire et d’une répartition maîtrisée des risques.

Cette réflexion concerne aussi la diaspora congolaise. Ses membres peuvent contribuer au développement du pays par leurs investissements, leurs compétences et leurs réseaux professionnels. Encore faut-il leur permettre d’identifier les interlocuteurs compétents, de comprendre les formalités applicables et d’accéder à une information fiable sur les conditions d’investissement.

La diaspora ne saurait, à elle seule, répondre aux besoins de financement de l’économie congolaise. Elle constitue une ressource complémentaire, au même titre que l’épargne locale, l’investissement privé et le financement bancaire.

L’objectif doit être de faire converger les capitaux disponibles et les projets viables, plutôt que de multiplier les annonces sans garantir leur traduction en investissements effectifs.

  1. Trois priorités pour transformer le potentiel en résultats
    Trois orientations me paraissent devoir être privilégiées.

Première priorité : renforcer la capacité des PME à accéder aux financements. Cela implique d’améliorer leur structuration juridique, la qualité de leur information comptable et financière et leur aptitude à présenter des projets économiquement viables.

Deuxième priorité : améliorer la lisibilité de l’environnement des affaires. La sécurité contractuelle, la prévisibilité fiscale et l’effectivité des mécanismes de règlement des différends doivent permettre aux entrepreneurs et aux investisseurs de mieux anticiper les conséquences de leurs décisions.

Troisième priorité : diversifier les sources de financement. Le crédit bancaire doit pouvoir être complété par des mécanismes de garantie, des financements spécialisés et des investissements privés, y compris ceux de la diaspora, dans le respect du cadre réglementaire applicable.

Ces orientations doivent être appréciées à partir de résultats concrets : des entreprises effectivement financées, des investissements réalisés, des activités consolidées et des emplois pérennisés. La performance d’une politique de financement ne se mesure pas uniquement aux montants annoncés, mais à la capacité des ressources mobilisées à soutenir l’économie réelle.

Le Congo-Optimiste : faire du potentiel une responsabilité collective
À travers « Régis AMARO, le Congo-Optimiste », je défends une conviction qui dépasse la seule question du financement : le Congo doit pouvoir porter sur lui-même un regard plus lucide et plus constructif.

Il ne s’agit ni de nier les difficultés ni de se satisfaire d’un discours positif. Il s’agit de refuser que les obstacles constituent l’unique récit de notre pays, alors même que des compétences, des initiatives et des possibilités de développement existent.

Pour moi, l’optimisme n’a de sens que s’il conduit à l’action. Célébrer l’entrepreneuriat ne suffit pas si les entreprises ne peuvent accéder à des financements adaptés. Promouvoir l’investissement ne suffit pas si les règles sont difficiles à anticiper. Encourager la création d’entreprises ne suffit pas si leurs dirigeants ne disposent pas des moyens de les structurer et de les pérenniser.

Le développement économique exige davantage qu’une affirmation de principe : il appelle des décisions cohérentes, des mécanismes adaptés et une volonté de faire fonctionner ensemble les instruments juridiques, financiers et fiscaux.

C’est précisément la démarche que je souhaite défendre à travers ma réflexion sur le Congo. Le potentiel du pays ne doit pas être seulement célébré ; il doit être organisé, financé et transformé en activités créatrices de valeur.

Être Congo-Optimiste, c’est croire en la capacité du Congo à progresser tout en prenant au sérieux les conditions de cette progression. Notre ambition ne doit pas se limiter à mobiliser des capitaux, mais à créer un environnement dans lequel ils financent des entreprises solides, soutiennent l’emploi et contribuent durablement au développement national.

Brazzaville, le 16.10.1016

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