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Décryptage et AnalyseEecomembre

Finances : passe d’armes entre la Beac et les banques

Suite à la publication d’un article d’«Eco Matin» sur la rareté des devises dans les banques, le 4 février dernier, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a tenu à apporter sa part d’éclairages en accusant les banques-elles mêmes.

Publiée vendredi 15 février 2019 à 10:05:17Modifiée vendredi 3 mai 2024 à 09:34:48Temps de lecture 9 minPar EcoMatin

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Fait partie du dossier: Décryptages et Analyses
La Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac)  affirme que, contrairement à ce que rapportent les banques commerciales, la rareté des devises est davantage liée aux pratiques peu orthodoxes des établissements bancaires. « Avec la nouvelle règlementation, l’exécution des ordres de transfert de devises c’est 48h. Les banques ont tendance à maintenir leurs devises à l’étranger pour pouvoir spéculer. Nous à la banque centrale nous connaissons le niveau des devises qu’il y a dans ces banques. Lorsque ces dernières sollicitent auprès de nous pour des montants qu’elles ont pourtant, nous les rejetons car c’est suspect de venir demander ce qu’on a déjà », confie une source à la Banque centrale. La même source indique que les clients ou les importateurs doivent être attentifs lorsque les banques leur disent que leurs demandes en devises ont été rejetées. Car, le plus souvent, lorsqu’il n’y a pas de motifs de rejets écrits, cela signifie que la faute incombe à la banque. A la Beac, l’on apprend que les banques, selon la règlementation, sont obligées de rapatrier toutes les devises dont elles disposent. Mais la plupart ne le font pas. Raison pour laquelle, plusieurs d’entre elles se sont vu infliger des sanctions.

>> Lire aussi - Pourquoi la Cobac a-t-elle sanctionné Afriland, Ecobank, UBA et BGFI ?


Au mois de décembre dernier, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac)  a infligé des sanctions aux managers de cinq établissements bancaires au Cameroun. C’était au terme de sa session du 22 septembre 2018. Abbas Mahamat Tolli, président de la Cobac, par ailleurs gouverneur de la Banque centrale commune aux six Etats de la sous-région, a notamment épinglé Alphonse Nafack, directeur général d’Afriland First Bank. Il  a reçu un avertissement de la Cobac pour non-respect des normes prudentielles et violation de la réglementation sur le change.
Pour résoudre le problème de traitement des demandes de devises, la Beac affirme avoir créé une cellule en charge spécialement des changes. Dont les délais, au niveau de la direction nationale sont passés de deux mois à 48h
Isong Udom de United Bank for Africa, Gwendoline Nzo-Nguty Abunaw d’Ecobank Cameroun, et Waidi Loukoumanou de BGFIBank Cameroun ont également écopé de sanctions similaires.  La violation des normes prudentielles et le non-respect de la réglementation sur le change ont aussi été imputés à André Alexis Megudju, directeur général du Crédit communautaire d’Afrique, une ancienne microfinance qui a reçu l’agrément de la Cobac à l’exercice de la profession bancaire en mars 2017. Pour résoudre le problème de traitement des demandes de devises, la Beac affirme avoir créé une cellule en charge spécialement des changes. Dont les délais, au niveau de la direction nationale sont passés de deux mois à 48h. Ce qui oblige les banques à ne plus garder les devises à l’étranger sauf si elles veulent spéculer. Selon la Banque centrale, «pour la plupart, ces établissements s’inscrivent en marge de la réglementation applicable», en s’illustrant par des «manquements qui entachent les opérations de transferts», et brillent par le «non-rapatriement des recettes d’importation par le canal de la Banque centrale». Au sortir du Sommet de crise des chefs d’Etats de la Cemac de décembre 2016, à Yaoundé, les chefs d’Etat des pays membres avaient prescrit la prise de mesures urgentes visant à arrêter la baisse drastique des réserves de change, qui exposait à une dévaluation du franc Cfa usité dans cette communauté. Aussi, la BEAC avait-elle entrepris d’être plus rigoureuse sur les conditions des transferts internationaux des fonds par les banques, au grand dam des opérateurs économiques, qui étaient alors montés au créneau ; notamment au Cameroun, où le principal importateur de poissons se plaignait de ne plus pouvoir payer ses fournisseurs à l’étranger, afin d’approvisionner le marché local. Interpellé sur la question le 21 mars 2018, au sortir de la première session du Comité de politique monétaire de la BEAC, pour l’année 2018, le gouverneur de cette banque centrale, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, s’était voulu plutôt rassurant. «Notre zone monétaire dispose de normes sur le transfert de fonds. Le respect de ces normes n’est pas un obstacle à l’activité économique. Par le passé, il y avait un certain laxisme. Les normes n’étaient pas appliquées avec rigidité. Aujourd’hui, nous avons des équipes qui étudient les dossiers de transferts, et aucun dossier n’est rejeté sans notification des motifs de ce rejet par la Banque centrale.» Impact financier :4 484 milliards de FCFA pour acquérir des euros et des dollars En effet, Geoffroy Désiré Mbock, ex-secrétaire permanent du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac), a publié début mai 2018, une tribune libre dans la presse camerounaise faisant état des volumes d’argent vendus, dans la zone Cemac (Cameroun, Congo, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad), au cours de la période 2013-2016.
Le Cameroun, le Congo, et le Tchad apparaissent comme les plus gros acquéreurs de devises. A cet effet, indique cette étude de la Cobac, sur les 3050 milliards vendus pour des euros, le Cameroun à lui seul totalise 1531 milliards, soit plus de la moitié des CFA vendus dans la sous-région
Citant une étude de la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac), l’ancien responsable du Gabac révèle que, pendant la période sous revue, l’ensemble des pays de la Cemac a vendu 3050 milliards FCFA en contrepartie d’euros et 1434 milliards FCFA pour acheter des dollars US. Ce qui fait un total global de 4 484 milliards FCFA vendus via le change manuel en contrepartie de devises. Le Cameroun, le Congo, et le Tchad apparaissent comme les plus gros acquéreurs de devises. A cet effet, indique cette étude de la Cobac, sur les 3050 milliards vendus pour des euros, le Cameroun à lui seul totalise 1531 milliards, soit plus de la moitié des CFA vendus dans la sous-région. Cela représente plus du quart du budget actuel dans le pays. Et sur les 1434 milliards cédés par la Cemac en contrepartie des dollars, le Cameroun a vendu 433 milliards FCFA. Soit un total de 1964 milliards sortis du territoire camerounais pour avoir des euros et des dollars.

>> Lire aussi - Commerce extérieur: alerte rouge sur les devises dans les banques camerounaises


Deux autres données statistiques apparaissent : le Tchad a cédé 685 millions FCFA pour acheter des euros. Le Congo, quant à lui, a vendu 896,5 millions FCFA en contrepartie de dollars américains. Les autres pays de la Cemac, dont les données n'apparaissent pas dans l'étude citée, se partagent le reste du volume d'argent sorti de la sous-région. Selon Geoffroy Désiré Mbock, il y a lieu de conclure que la saignée ci-dessus apparaîtrait certainement plus importante si les données intégraient les autres opérateurs et modes de transfert de fonds conventionnels. Il s’agit principalement des produits proposés par les banques pour les transferts de fonds intra-groupe : Africash, pour UBA ; Rapid Transfer et Cash Express, pour Ecobank ; Flash Transfer pour Afriland First Bank ; BGFI Express par Bgfi Bank et Wafacash pour le groupe Attijariwafa et les produits proposés par Express Union International. Auxquels, il convient d’ajouter les flux de transfert de fonds générés par les opérateurs de téléphonie mobile. Traitement de faveur pour les banques du Tchad ? Dans ce pays sérieusement en crise, d’aucuns estiment que les banques là voient leurs demandes de transfert de devises être traitées avec célérité. Le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) propose une politique de rationnement de devises qui s’impose à l’ensemble des pays de la zone Cemac. Elle devrait reposer sur le principe d’un arbitrage visant à orienter les réserves disponibles en devises vers les secteurs / opérations prioritaires pour l’économie camerounaise, ainsi que vers les secteurs stratégiques afin de ne pas bloquer l’activité économique qualifiée « d’essentielle » dans les pays de la sous-région. Une circulaire de la Beac et/ou des trésors nationaux pourrait ainsi définir les secteurs prioritaires et/ou stratégiques et remplacer le mode First In-First Out (FIFO) dans la gestion des transferts à l’étranger. Toujours selon le secteur privé, la définition de ces secteurs/opérations prioritaires devra tenir compte des orientations de politique économique, des nécessités sociales et des possibilités de substitution possibles au sein des pays. Ils pourraient ainsi concerner : les secteurs productifs (industrie, première et deuxième transformations,…) ; les secteurs à fort rendement fiscal (Filières agro industriel, NTIC, pétroliers,…); les secteurs stratégiques (hydrocarbures, exportations de produits de rente, médicaments, produits de première nécessité non manufacturés sur place…) ; les opérations d’investissements.

>> Lire aussi - Les neufs banques crédibles du Cameroun selon la Beac


A l’opposé de ces secteurs/opérations prioritaires, la circulaire devra introduire des limitations conséquentes pour certaines opérations consommatrices de devises pour lesquelles des alternatives sont possibles ou qui peuvent être raisonnablement différées : importations de produits qui sont déjà manufacturés / disponibles sur place ; importations de produits non prioritaires (friperie,…) ; paiement des dividendes des actionnaires étrangers ; paiement des frais d’assistance technique (sauf urgence).

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