L'agence de notation américaine Fitch Ratings a reconduit la note de crédit "B” du Cameroun assortie d’une perspective négative au terme d'une évaluation publiée le 17 mai dernier. Yaoundé reste donc logé quatre crans en dessous de la catégorie "investissement" qui regroupe les émetteurs dont la solvabilité et la qualité́ de crédit sont relativement élevées.
Selon Fitch, la note du Cameroun est soutenue par une économie relativement diversifiée, une croissance résiliente du PIB, un déficit budgétaire et des niveaux d'endettement modérés et un calendrier d'échéances gérable. « Nous prévoyons que la dette publique (y compris les garanties, les arriérés et la dette de la Sonara) diminuera à 39,2% en 2025, contre 43,2% du PIB à la fin de 2023, bien en dessous de la médiane projetée de 52,3%. Cela reflète une croissance robuste du PIB nominal et de faibles déficits budgétaires », écrit l’agence américaine.
Gestion budgétaire
La note du Cameroun reste cependant limitée par une « mauvaise gestion » des finances publiques de la trésorerie. Fitch déplore une sous-estimation des dépenses (notamment les subventions aux carburants) et des dépenses de sécurité non planifiées, conduisant à des dépenses hors budget et à l’accumulation d’arriérés intérieurs. Ce sont ces facteurs décriés qui selon l’agence ont suscité des tensions de Trésorerie qui ont été à l’origine de récents retards de paiements ayant conduits Moody’s et S&P à dégrader la note du pays. Yaoundé n’est donc pas à l’abri d’un nouveau déclassement avec la baisse projetée des recettes pétrolières.
« Les pressions sur les dépenses resteront importantes en raison des vastes projets d’investissement dans les infrastructures, des salaires publics et des subventions aux carburants. Nous prévoyons que le déficit de trésorerie se creusera jusqu'à 1,6% du PIB en 2024, en raison de l'apurement des arriérés ».
Croissance résiliente tout de même
Malgré les faiblesses en matière de gestion de la dette, la croissance devrait rester résiliente à 3,9% en 2024 et 4,1% en 2025, contre 3,3% estimés en 2023. Celle-ci devrait être tirée par les secteurs non pétroliers, notamment l'agriculture, la foresterie et les infrastructures de transport et d’énergie stimulées par d’importants investissements publics. A 0,6% 2023, le déficit budgétaire de la première économie de la Cemac devrait rester faible de même que le déficit du compte courant qui est projeté à 3,9% en 2024 contre 4% en 2023.
L’autre facteur de risque pour le Cameroun est, selon l’agence, politique au vu des élections présidentielle prévus en 2025 et d’une possible candidature du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. « L’absence de plan de succession et les élections à venir augmentent le risque politique dans un climat politique tendu, dû aux divisions politiques et aux rivalités internes, ainsi qu’aux défis sécuritaires dans les régions anglophones et de l’Extrême-Nord du pays ».

