Au Gabon, le Conseil des ministres du 08 septembre dernier a adopté un projet de décret portant déclaration d’utilité publique un site d’une superficie de 18 912 hectares pour la création d’une zone économique dans la ville de Meyo-Kyé, située dans la province du Woleu-Ntem, à la frontière entre le Gabon, le Cameroun et la Guinée Équatoriale. « Sur présentation du Ministre (du Logement, de l’Habitat et du Cadastre, Ndlr), le Conseil a adopté un projet de décret portant déclaration d’utilité publique, relative à l’occupation par l’État d’un site de 18 912 hectares en vue de la mise en œuvre d’un programme d’intégration économique de la zone des Trois Frontières, par la création d’une zone économique à régime privilégié (ZERP) à Meyo-Kyé », peut-on lire dans le communiqué final.
La surface identifiée comme « zone à forte productivité » et classée d’utilité publique depuis le 2 août 2024 par le décret n° 0301/PR/MHUC, est remise sur la table. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet gouvernemental, un délai de 24 mois est accordé aux détenteurs de titres fonciers pour se relocaliser tandis qu’un avis de déguerpissement immédiat est adressé aux occupants irréguliers. Selon les données du recensement général de la population et des logements de 2013 au Gabon, cette zone dénombrait 20 306 habitants pour près de 6 000 ménages.
Pour l’heure, aucune autre donnée n’a filtré, tant sur l’enveloppe à débloquer pour dédommager les populations affectées que sur le budget nécessaire à la réalisation du projet. Cependant le Conseil a souligné que cette initiative est une phase du Programme de développement intégré de la zone des trois frontières côté Gabon, suivant les orientations de la CEMAC. Le programme est déjà implémenté depuis 5 ans au Cameroun, dans la ville d’Ambam (région du Sud) avec près de 200 millions FCFA consentis par le gouvernement entre 2021 et 2023 selon le Minepat.
La création d’une nouvelle zone économique spéciale s’aligne à la volonté du gouvernement de booster les capacités industrielles du pays dans un contexte où les exportations de matières premières brutes tendent à être toutes prohibées. La ZERP de Meyo-Kyé sera donc le lieu de renforcer la production nationale de produits de base (alimentaires et énergétiques) quand on sait que le Gabon vise l’autosuffisance pour les produits clés comme les volailles, le riz entre autres. Elle permettra également d’améliorer les conditions de vie dans cette partie du pays où l’état des infrastructures routières et l’accès à l’énergie électriques sont les principaux défis.
Pour rappel, la ZERP de Meyo-Kyé rejoint une brève liste d’espace industrielle et productif du même genre. Il s’agit de la ZES de Nkok, développée conjointement par l’Etat et le groupe panafricain Arise IIP, et des Zones agricoles à forte productivité (Zap) dans les provinces du l’Estuaire, du dMoyen-Ogooué et du Ngounié. Lancé en 2010, ZES de Nkok ou Gabon Special Economic Zone (GSEZ) représente 48% des exportations du pays en 2023, avec des exportations de bois, activité phare, représentant 610,7 milliards de F CFA (930 millions d’euros) selon le rapport d’activité de la GSEZ. La zone abrite 144 entreprises de 17 nationalités différentes pour 15 364 emplois directs créés. De leur côté, les ZAP ont permis de labourer, depuis leur lancement en 2023, près 1 000 hectares de plantations agricoles avec pour objectif d’atteindre 75 000 ha en 2030 et fournir 50 % du besoin nationale de vivre frais.
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