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Géoéconomie du Sahel : pourquoi Air France et Orano sont les principaux perdants de la rupture opérée par le Mali, le Niger et le Burkina Faso

Dans "L’Etat de l’Afrique 2025" paru au premier trimestre 2025, Maurice Simo Djom constate que, par contre, l’économie bleue du Togo pourrait être dopée par cette conjoncture.

Publiée mercredi 22 octobre 2025 à 15:06:18Modifiée mercredi 22 octobre 2025 à 15:06:20Temps de lecture 4 minPar EcoMatin

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Maurice Simo Djom, auteur de la revue L’Etat de l’Afrique

La revue L’Etat de l’Afrique se structure autour de 7 dimensions ou domaines sectoriels qui sont autant de lieux d’observation des rapports de force sur les échiquiers internationaux, avec l’Afrique comme le centre d’intérêt principal de l’analyse. Au nombre de ces domaines figure la rubrique « Economie & finance ». Le numéro 02 de cette revue, paru en début 2025, consacre cette section à l’observation de « la rupture géopolitique dans le Sahel » qui, selon l’auteur, « occasionne une géoéconomie de l’instabilité et de la recomposition ».

L’analyse se fonde sur quelques indicateurs publiés par certaines entreprises multinationales dont les intérêts sont percutés par ces changements politiques. Il s’agit spécifiquement des groupes français Orano et Air France : « Neuf mois après le coup d’Etat du 26 juillet 2023, Orano, détenu à 90 % par l’Etat français, spécialiste du combustible nucléaire, a publié des performances négatives : une perte de 133 millions d’euros pour le compte du premier trimestre de l’année 2024. Or, à la même période, en 2023, le groupe avait enregistré un bénéfice net de 117 millions d'euros. », lit-on à la page 309.

La rupture occasionne des changements radicaux qui à leur tour orchestrent des litiges, arbitrages et autres procès. À ce jour, Orano et le gouvernement nigérien sont engagés dans quatre procédures différentes portant sur les concessions d’exploitation d’uranium alors que le gouvernement nigérien a déjà négocié d’autres concessions avec des partenaires canadiens.

L’auteur indique que, concernant Air France, la perte annoncée s’élève à 65 millions d’euros et est en partie due à la suspension unilatérale de ses vols vers Bamako (7 vols par semaine) et Ouagadougou (5 vols par semaine). L’analyse dépeint un contexte de rupture et de basculement paradigmatique, mais pointe également des décisions hasardeuses prises par des firmes déboussolées face à des mutations mal digérées. Illustration : « On peut comprendre la suspension de la ligne Paris-Niamey (4 vols par semaine), effective depuis le 27 juillet 2023, du fait de la fermeture de l’espace aérien nigérien. En revanche, la décision, prise le 7 août 2023, de suspendre les lignes Paris-Bamako et Paris-Ouagadougou avait laissé perplexe, ceci d’autant plus que ces deux lignes étaient restées en activité en dépit des coups d’Etat de 2020, 2021 et 2022. »

Certes, la perte annoncée par Air France est aussi imputée aux événements d’octobre 2023 au Proche-Orient, mais cela n’annule pas l’impact causé par la fermeture des lignes du Sahel. Selon les révélations d’Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères, reprises par l’auteur, Air France gagnait 500 millions de F.CFA par jour sur la destination Mali. Pour l’auteur, il est question d’instauration d’un nouveau rapport de force qui surprend les multinationales et le gouvernement français.

Et de rappeler un épisode révélateur d’un renversement de positions de force : « (…) lorsqu’Air France a annoncé, en début octobre 2023, vouloir reprendre la desserte de Bamako, le gouvernement du Mali a annulé l’autorisation de la compagnie d’exploiter la ligne en question. »

Des gagnants en embuscade

Si ces acteurs et bien d’autres tels que l’Etat béninois, le Nigeria, l’Algérie sont perdants dans cette nouvelle donne, d’autres s’en tirent plutôt bien. Et l’auteur voit le Togo dont le projet d’économie bleue est dopé dans le contexte actuel. Pays dénué de capacité extractives, Lomé a su tirer parti du positionnement belliqueux du Bénin vis-à-vis du Niger pour accroître le trafic conteneurisé en direction de l’AES. Car l’auteur le souligne bien, Lomé dispose d’un Organisme national chargé de l’action de l’État en mer (créé en 2014), d’un ministère de l’Économie maritime, de la Pêche et de la Protection côtière (créé en 2020) et enfin d’un Cadre stratégique pour l’économie bleue (adopté en 2016), toutes choses qui font état d’un choix délibéré de faire des ressources issues de la mer des piliers du développement.

En 2022, bien avant les bouleversements qui ont reconfiguré la géopolitique de l’Afrique de l’Ouest, plus de 90% du trafic en transit du port de Lomé étaient dominés par les pays de l'AES. Quand éclate la crise, Lome n’oublie pas où se trouvent ses intérêts. Il suspendra « certaines taxes sur les marchandises à destination des pays de l’AES, alors que les marchandises débarquées d’autres ports tels que Cotonou restent soumises aux taxes habituelles ».

C’est donc une histoire de « redistribution de cartes et de déclassement », de perte de rentes économiques et de redéfinition des règles du jeu que nous offre l’analyse dans un contexte où une multinationale ne sera plus en mesure d’acheter le kilogramme d’uranium à 27.300 FCFA au Niger et à 131.000 FCFA au Kazakhstan !

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