Source privilégiée de financement pour les États de la Cemac depuis plusieurs années, le marché des titres publics de la Beac est aujourd’hui à la croisée des chemins. Malgré leur solvabilité, les trésors publics, dont celui du Cameroun, peinent à mobiliser l’intégralité des ressources dont ils ont besoin pour financer leurs charges intérieures. La situation s’est davantage corsée cette année. La dernière opération de Yaoundé, une OTA de 20 milliards de Fcfa sur 10 ans, rémunéré à près de 8% s’est refermée avec seulement 52% de souscriptions.
C’est face à cela que le président camerounais a, dans son ordonnance portant modification de la loi de finances 2024, prescrit une baisse du volume d’emprunt prévu sur ce marché cette année. « Le plafond des ressources à mobiliser sur le marché financier intérieur notamment par émission des titres publics, est fixé à 280 milliards de Fcfa, destiné au financement des projets de développement », indique le texte. Ce montant avait été fixé à 375 milliards de Fcfa dans la loi de finance initiale soit une baisse concédée de 95 milliards de Fcfa.
Cette décision traduit une prise de conscience de l’exécutif camerounais de la réticence des investisseurs à prêter aux États dont les besoins en monnaie locale pour financer les déficits budgétaires sont croissants au fil des années. L'encours des dettes a été multiplié par six entre juin 2018 (1 019 milliards de Fcfa) et mars 2024 (6 624 milliards de Fcfa), soit une progression annuelle moyenne de 1 000 milliards FCFA. Uniques investisseurs habilités à intervenir sur le marché primaire, les banques commerciales concentrent aujourd'hui 80% de l'encours, ce qui réduit leurs capacités d'intervention sur les nouveaux emprunts au vue des contraintes prudentielles visant à limiter leur exposition au risque souverain.
L'autre raison qui justifie cette baisse des souscriptions est le coût élevé de la dette servi par les investisseurs, dans le sillage d'une politique monétaire restrictive menée en amont par la banque centrale. Le coût moyen des emprunts sur le marché a atteint 8,06% en mars dernier avec des pays qui ont été contraints d'offrir des taux à deux chiffres pour lever des fonds. Cette situation crée un effet d'éviction au vu des contraintes nationales visant à modérer le ratio de solvabilité (service de la dette/recettes intérieures).
Pour couvrir ses charges financières, le Cameroun va lancer l’offensive auprès des prêteurs étrangers. Le budget rectificatif habilite le gouvernement à « mobiliser sur les marchés bancaires extérieurs » le montant de 467 milliards de Fcfa « destinés à l’apurement des restes à payer ».

