Au Cameroun, le projet de Loi de Finances pour l’année 2026, introduit une réforme clé de la fiscalité minière. L’article Onzième du texte actuellement en examen au Parlement, prévoit un droit de sortie de 5% de la valeur FOB — c’est-à-dire la valeur du produit au moment où il quitte le port camerounais, hors transport et assurance — sur l’exportation du minerai de fer, de l’alumine et de l’étain brut, s’ajoutant à la liste jusqu’ici composée du diamant et l’or. En revanche, les métaux ayant subi une première valorisation, tels que l’aluminium, le cuivre, l’argent, le saphir ou les lingots d’acier, restent soumis à un taux réduit de 2%.
Cette fiscalité différenciée marque un durcissement ciblé envers les exportateurs de minerai brut. Le gouvernement entend réduire l’attrait de la vente directe de produits non transformés et pousser les opérateurs à investir dans des unités locales de fusion, d’affinage ou de traitement. Cette orientation pro-industrialisation prolonge les évolutions enregistrées dans les lois de finances 2020 et 2023, qui avaient déjà ajusté les taux sur les produits semi-finis et révisé le régime de l’or et du diamant de 10 à 5% des minerais bruts et de 1 à 2% pour des produits semi-finis. L’État espère ainsi accroître ses recettes minières, notamment dans un contexte où plusieurs projets stratégiques approchent la phase de production.
Lire aussi : Cameroun : une raffinerie d'alumine de plus de 2 milliards $ en projet pour relancer la filière aluminium
Les effets seront immédiats pour les opérateurs engagés dans les projets stratégiques : le fer de Grand-Zambi (G-Stones/Bocom), dont 600 000 tonnes de minerai sont déjà stockées selon le gouvernement ; la bauxite de Minim-Martap (Canyon Resources) dans l’Adamaoua ; ou encore les exploitants d’étain et de pierres précieuses de la région de l’Est.
Cette stratégie comporte toutefois des défis structurels. La capacité du Cameroun à transformer localement les minerais reste limitée. Le pays affiche encore des besoins élevés en énergie fiable, déficit de main-d’œuvre spécialisée, coûts logistiques importants. Sans amélioration de ces facteurs, les investisseurs pourraient ralentir leurs engagements, la rentabilité globale des projets étant fortement sensible à ces contraintes. Le gouvernement mise néanmoins sur une montée en puissance progressive de la chaîne de valeur minière, appuyée par une fiscalité qui rend désormais plus coûteuse l’exportation brute qu’une première transformation sur le territoire national.
Lire aussi : Cameroun : les exportations d’aluminium chutent de près de 40 % en 2024

