Wanda Matandela ne perd pas de temps. Officiellement attendu à la tête de MTN Cameroon le 1er mars 2025, le nouveau Directeur général a déjà commencé à prendre ses marques. Le 27 janvier, le dirigeant sud-africain a entamé une série de rencontres stratégiques avec les autorités camerounaises au rang desquels le Premier ministre Joseph Dion Ngute, la ministre des Postes et Télécommunications Minette Libom Li Likeng et le directeur général de l’Agence de Régulation des Télécommunications Philémon Zoo Zame. Ces échanges préliminaires posent les bases des nombreux défis qui l’attendent au Cameroun. Si la filiale du groupe sud-africain des télécommunications MTN conserve son leadership avec 11,5 millions d’abonnés et une croissance soutenue de ses services internet et mobile money, l’opérateur est confronté à plusieurs fronts : amélioration de la qualité du réseau, litiges judiciaires, restrictions sur le rapatriement des dividendes imposées par la Beac et restauration du climat social en interne.
Consolider le leadership
MTN Cameroon revendique le leadership du marché des télécommunications au Cameroun. Mais cette position est de plus en plus contestée. Son principal rival, Orange Cameroon, continue d’investir massivement, notamment dans l’amélioration de ses infrastructures, tandis que Camtel, l’opérateur public, cherche à se repositionner sur le réseau national de fibre optique.
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Dans ce contexte, Wanda Matandela devra affiner la stratégie commerciale de MTN Cameroon en s’assurant que ses offres restent attractives. Le renforcement de l’écosystème numérique (fintech) et le développement de nouvelles offres comme la 5G, encore absente du marché camerounais, seront déterminants. Mais ces ambitions nécessitent des investissements conséquents dans un environnement où la rentabilité est un enjeu clé, notamment avec la hausse des coûts opérationnels.
Améliorer la qualité du réseau
Un des défis majeurs pour MTN Cameroon reste la qualité de son réseau. Malgré des investissements constants, les plaintes des abonnés sur la couverture mobile et la connectivité internet sont récurrentes, notamment en zone rurale. L’ART a d’ailleurs infligé une amende d’1,4 milliard de FCFA à l’opérateur en 2023 pour « manquements récurrents » dans la couverture et la qualité de service. Matandela devra donc optimiser les investissements en infrastructures tout en naviguant dans un contexte économique où la hausse des prix de l’énergie et des équipements pèse sur les coûts. La modernisation des réseaux, notamment la transition vers la 5G, sera essentielle pour maintenir l’avance de la compagnie.
L’affaire Danpullo
L’une des épines dans le pied de MTN Cameroon reste l’affaire judiciaire l’opposant à l’homme d’affaires camerounais Baba Danpullo. Ce dernier, en conflit avec la banque sud-africaine First National Bank (FNB) à propos d’un prêt non remboursé de 22 milliards de Fcfa, a engagé des actions contre les intérêts sud-africains au Cameroun, dont MTN.
En septembre 2023, ses avocats ont obtenu la saisie des comptes bancaires de plusieurs filiales sud-africaines, dont MTN Cameroon et Chococam, pour tenter de récupérer l’équivalent de 242 milliards de Fcfa. Rien qu’à MTN, les saisies concernent près de 144 milliards de Fcfa, dont près de 120 milliards de Fcfa du compte de dépôt Mobile Money. Ce contentieux, toujours pendant devant les tribunaux, menace la stabilité financière de l’opérateur. Wanda Matandela devra donc œuvrer pour une résolution rapide de cette crise, en négociant avec les différentes parties prenantes. L’issue de cette affaire aura des implications stratégiques, non seulement pour MTN, mais aussi pour l’ensemble des entreprises sud-africaines opérant au Cameroun.
Rapatriement des dividendes : un casse-tête permanent
Depuis 2019, MTN Cameroon fait face à des difficultés croissantes pour transférer ses dividendes vers sa maison-mère en Afrique du Sud, en raison de la nouvelle réglementation des changes imposée par la Banque des États de l’Afrique Centrale (Beac). Cette réforme, destinée à limiter la fuite des capitaux et renforcer les réserves en devises de la région, a complexifié les procédures de sortie des fonds.
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Les entreprises doivent désormais fournir des justificatifs plus détaillés et obtenir des autorisations spécifiques, ce qui retarde considérablement les transferts. Pour MTN Group, coté à la Bourse de Johannesburg, ces restrictions créent des tensions avec les actionnaires et compliquent la gestion des flux financiers.
Matandela devra poursuivre les négociations entamées par son prédécesseur, Mitwa Ng’ambi, avec les autorités monétaires pour tenter d’assouplir ces contraintes. A défaut, il devra trouver des solutions internes pour optimiser la gestion des liquidités et éviter que cette situation ne freine les investissements du groupe au Cameroun.
Réinstaurer la confiance en interne
Sur le plan interne, Matandela arrive dans un contexte où les relations au sein du top management de MTN Cameroon se sont détériorées. Sous la direction de son prédécesseur, des tensions sont apparues entre la direction et certains hauts cadres, affectant plus ou moins la cohésion et la dynamique de l’entreprise, a appris EcoMatin.
Pour réussir sa mission, il devra restaurer un climat de confiance en favorisant une communication transparente et un leadership plus inclusif. Il s’agira d’impliquer davantage les équipes dans la prise de décision et de rétablir une culture d’entreprise fédératrice, afin d’aligner tous les acteurs sur les ambitions stratégiques de MTN. Dans un marché aussi compétitif, une équipe dirigeante unie et motivée sera essentielle pour relever les défis à venir.
Des investissements conséquents pour l’avenir
Malgré ces nombreux défis, MTN Cameroon affiche une dynamique de croissance positive. Entre janvier et juin 2024, cette filiale a enregistré un chiffre d’affaires de 181 milliards de Fcfa. Cette performance en hausse de 16% par rapport à la même période en 2023 a été principalement tirée par les services de connexion Internet, qui ont généré 72,8 milliards de Fcfa, soit 40% du chiffre d’affaires total. Les fintechs (mobile money) y ont également joué un rôle significatif en contribuant à hauteur de 35 milliards de Fcfa.
L’opérateur a prévu un investissement de 100 millions de dollars (environ 62,6 milliards Fcfa) en 2025 et de 300 millions de dollars (187,2 milliards Fcfa) sur la période 2026-2028 pour renforcer son infrastructure et améliorer ses services au Cameroun. Ces investissements seront essentiels pour maintenir l’avance technologique de MTN Cameroon et répondre aux nouvelles attentes du marché, notamment avec le développement du numérique, la digitalisation des services et la transition tant annoncée vers la 5G.

