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Lazare Boade
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Cameroun : enjeux et perspectives d’un patriotisme économique au service de l’émergence

Comment le patriotisme économique peut-il propulser l'émergence du Cameroun ? Découvrez l'analyse de Lazare Boade sur la mobilisation de l'épargne et de la diaspora.

Publiée mercredi 7 octobre 2026 à 11:02:51Modifiée mercredi 7 octobre 2026 à 11:02:53Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Lazare Boade analyste sociopolitique
Lazare Boade analyste sociopolitique

À l’heure où les États africains cherchent à réduire leurs dépendances extérieures et à accélérer leur marche vers l’émergence, le choix du modèle de développement revêt une importance cruciale. Pour le Cameroun, riche de potentialités humaines et naturelles, le patriotisme économique pourrait constituer l’un des leviers d’une souveraineté financière accrue et d’une transformation structurelle durable. Il ne s’agit pas de se replier sur soi ni de renoncer aux échanges internationaux, mais de mieux mobiliser les ressources nationales, de renforcer les capacités productives locales et d’orienter l’investissement vers des priorités définies collectivement. Une telle démarche suppose toutefois des institutions crédibles, une gouvernance rigoureuse et des mécanismes de financement transparents, conditions essentielles pour susciter l’adhésion des citoyens et des investisseurs.

Le patriotisme économique ne relève pas seulement d’un idéal politique : il peut se traduire par des dispositifs concrets de mobilisation de l’épargne, d’investissement public et de participation citoyenne. Les expériences de l’Éthiopie, de l’Égypte et du Pakistan sont souvent invoquées pour illustrer cette capacité à fédérer des ressources autour d’objectifs nationaux. En Éthiopie, le financement du Grand Barrage de la Renaissance a notamment fait appel à la mobilisation intérieure et à la diaspora, dans un contexte où les soutiens extérieurs étaient limités par des considérations financières et géopolitiques. En Égypte, l’élargissement du canal de Suez a été financé, en partie, par l’émission de certificats d’investissement souscrits par la population ; les travaux ont été menés à bien dans un délai particulièrement court. Ces exemples ne sauraient être transposés mécaniquement : leur portée dépend de contextes institutionnels, politiques et économiques spécifiques, et leur succès doit être apprécié à l’aune de leurs coûts, de leurs retombées et de leur soutenabilité. La mobilisation citoyenne peut également servir des objectifs environnementaux. Les campagnes de plantation menées au Pakistan et en Éthiopie illustrent le pouvoir d’un récit collectif, mais leurs résultats ne se mesurent pas au seul nombre de plants annoncés : la survie des arbres, leur entretien et leurs effets écologiques comptent tout autant. Ainsi, la mobilisation nationale n’est efficace que lorsqu’elle s’accompagne d’objectifs vérifiables et d’un suivi indépendant.

Le Cameroun pourrait tirer des enseignements de ces expériences, à condition de les adapter à ses réalités et de répondre à plusieurs défis structurels. Il lui faut d’abord limiter les sorties de capitaux et favoriser l’investissement productif de l’épargne nationale, sans confondre toute détention d’actifs à l’étranger avec une fuite illicite de capitaux. Il importe ensuite de construire un récit de mobilisation qui dépasse l’appel au sacrifice et s’appuie sur des résultats tangibles, une répartition équitable des efforts et la reddition de comptes. Enfin, la valorisation de l’épargne intérieure et des transferts de la diaspora pourrait contribuer au financement de projets structurants, au moyen d’instruments accessibles, sécurisés et assortis de règles claires. Les travaux en économie du développement soulignent l’importance de la conversion de l’épargne en investissement productif ; cette relation n’est toutefois pas automatique. Elle dépend notamment de la confiance dans les institutions, de la qualité de la sélection des projets, de la stabilité du cadre réglementaire et de la capacité à prévenir les risques de mauvaise allocation des ressources.

Pour que le patriotisme économique contribue réellement à l’émergence du Cameroun, un changement de paradigme s’impose : il doit reposer sur un programme lisible, des priorités hiérarchisées et une parole publique cohérente, plutôt que sur de seules proclamations. Chaque citoyen ne pourra devenir un acteur du développement que si les mécanismes de participation sont crédibles et si les bénéfices attendus sont clairement établis. La réalisation réussie d’un premier projet national pourrait alors jouer un rôle catalyseur : en démontrant la capacité collective à tenir des engagements, elle renforcerait la confiance et faciliterait la mobilisation autour d’initiatives ultérieures. Cet effet d’entraînement n’est cependant ni automatique ni garanti ; il exige des résultats mesurables, une évaluation transparente et la prise en compte des conséquences sociales et environnementales. Parallèlement, l’investissement dans le capital humain, les infrastructures et l’appareil productif est indispensable pour accroître la transformation locale des matières premières et la valeur ajoutée créée dans le pays. C’est à cette condition que le Cameroun pourra mieux retenir les revenus issus de son activité économique et élargir les possibilités d’emplois qualifiés.

Le patriotisme économique peut ainsi constituer un levier important pour les nations qui entendent combattre durablement la pauvreté, à condition qu’il s’accompagne de politiques efficaces, d’institutions responsables et d’une évaluation rigoureuse des résultats. Pour le Cameroun, l’enjeu est à la fois économique, social et intergénérationnel : il s’agit de réduire les vulnérabilités liées aux dépendances extérieures, sans les remplacer par des formes de repli ou par une mobilisation sans garanties. En s’appuyant sur les compétences, l’épargne et l’initiative de ses citoyens, tout en protégeant la confiance par la transparence et la bonne gouvernance, le pays peut donner à son ambition d’émergence des fondements plus tangibles et durables.

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