Sur le plan économique, le changement climatique génère d’énormes pertes pour les pays les plus touchés, notamment en Afrique et en Océanie. Une réalité qui pousse les pouvoirs publics à financer prioritairement la construction de nouvelles infrastructures résilientes.
Le changement climatique ne se résume pas qu’à la hausse de la moyenne des températures, sur terre comme en mer. Pour de nombreux pays, ses conséquences sont même très concrètes. Selon les chiffres de l’OCDE, la facture économique du changement climatique a été multipliée par huit en 40 ans : « Entre les années 1970 et 2010, le nombre d’événements extrêmes liés au climat a considérablement augmenté, tandis que les pertes économiques enregistrées à la suite de ces catastrophes ont été multipliées par sept, passant de 198 milliards à 1600 milliards de dollars. Les infrastructures représentent une part importante de ces dommages économiques. » Et ces quinze dernières années, la tendance ne s’est malheureusement pas inversée, et touche majoritairement les PIED (petits États insulaires en développement) et les PMA (pays les moins avancés). Même l’Europe est touchée : d’après la Commission européenne, « le coût des dommages liés aux aléas climatiques sur les infrastructures de transport sera multiplié par trois au cours de la décennie, et par six d’ici à 2050 ». Tout le monde doit agir.
Priorité aux infrastructures résilientes
Pour de nombreux territoires, en Europe mais surtout en Afrique et en Océanie – les deux continents les plus impactés –, faire face au changement climatique passe par des politiques publiques résolument tournées vers la construction de nouvelles infrastructures, capables de limiter l’impact des phénomènes climatiques et d’apporter des solutions pour les populations visées. Ces infrastructures résilientes sont les seules à même d’assurer une continuité dans les services essentiels et dans l’accès aux marchés, elles permettent de plus de réduire les coûts logistiques, à la fois pour les acteurs publics et pour les entreprises privées. L’un des secteurs les plus directement concernés est évidemment celui des transports. C’est donc là que les principaux efforts doivent être produits.
Pour la Banque africaine de développement (AdDB), désormais présidée par Dr. Sidi Ould Tah, « le développement des infrastructures demeure le pilier de toute transformation économique durable. Cependant, pour l’Afrique, il ne s’agit pas simplement de construire des routes et des ponts ; il s’agit de bâtir des systèmes résilients capables de résister aux pressions du changement climatique et de générer une valeur ajoutée durable ». L’AfDB ne minimise en effet pas les enjeux. Pour elle, la réalité du terrain est alarmante, et impose aux grands bailleurs – dont elle fait partie – de proposer des investissements globaux dans des infrastructures résilientes au climat pour les décennies à venir. Avec comme urgence de se concentrer sur l’urbanisation galopante des grands bassins d’emploi et sur l’adaptation des villes aux nouvelles réalités liées au changement climatique.
Plusieurs pays africains sont d’ailleurs en pointe dans ce combat, qu’il s’agisse du financement de nouvelles infrastructures dans le domaine de la mobilité verte ou pour le développement de nouvelles capacités de production en énergies renouvelables. Les gouvernements, appuyés par les bailleurs internationaux comme l’AfDB, la Banque mondiale et des fonds d’investissement privés, ont réussi à mettre en place de nombreux projets, ayant un impact positif en termes de fiabilité et de niveau de la qualité des services dont les usagers bénéficient au quotidien. Dans le domaine de la mobilité par exemple, la ville de Dakar s’est dotée récemment d’un nouveau réseau de bus 100% électriques – appelé BRT – dont la mise en service en 2024 a permis le désengorgement de la circulation urbaine. « Ce résultat s’explique par la vision politique de l’État sénégalais, dans le cadre du plan de mobilité urbaine durable, assure Cheikh Yatt Diouf, directeur général de Dakar Mobilité. Le premier facteur qui explique le succès du BRT de Dakar est son caractère véritablement transformateur dans le paysage urbain de Dakar. Comme dans de nombreuses capitales africaines, Dakar souffre d’une congestion très élevée, d’un réseau routier insuffisamment développé, d’une demande croissante de mobilité, d’un recours important et croissant aux transports individuels motorisés peu efficaces et très polluants. » Des solutions existent. Encore faut-il les financer.
Des solutions de financement public-privé
Ce résultat, pour rester sur l’exemple du BRT de Dakar, a surtout été permis par un choix judicieux de partenariat public-privé (PPP) : autour de l’État, plusieurs investisseurs – dont la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI) et International Finance Corporation (IFC) – ont joint leurs efforts pour la mise en place du projet, pour lequel le fonds français Meridiam a obtenu une concession de gestion de 15 ans. Un projet en ligne avec l’ensemble des participations de cet acteur de la finance durable. Pour Thierry Déau, PDG de Meridiam, les financements écologiques doivent en effet viser la résilience des infrastructures : « Nous sommes de véritables pionniers sur cette thématique, notamment grâce à TURF [The Urban Resilience Fund], un fonds lancé en 2021 avec la Fondation Rockefeller et le fonds des Nations Unies UN Capital Development Fund. Nous travaillons sur l’ensemble de nos infrastructures pour nous assurer qu’elles sont non seulement vertueuses pour notre planète et pour les populations, mais également résilientes face au changement climatique. » Désormais, de plus en plus de fonds privés ont emboîté le pas de cette philosophie d’investissement tournée vers les infrastructures vertes.
À l’autre bout de la planète, en Océanie, le développement des infrastructures durables s’articule principalement autour de l’émission d’obligations vertes et de grands acteurs australiens tels que la Clean Energy Finance Corporation (CEFC) ou encore l’Artesian Green & Sustainable Bond Fund. Ces cinq dernières années, le secteur de la finance verte a connu un essor notable dans tout le continent où de nombreux projets voient le jour visant à remplacer les infrastructures vieillissantes par des infrastructures durables et résilientes. « À mesure que le marché australien des obligations vertes se développe, explique Ian Learmonth, PDG de CEFC, un cadre plus rigoureux de mesure et de publication par les émetteurs attirera un nombre croissant d’investisseurs souhaitant privilégier les opportunités durables et à faibles émissions dans leurs portefeuilles. Nous pourrons ainsi accélérer la décarbonation et la transition vers une économie neutre en carbone. » En Australie comme ailleurs, les grands projets sont toujours les mêmes : la mobilité verte et les énergies renouvelables arrivent en tête du classement des investissements.
Pour les États comme pour les investisseurs publics et privés, il s’agit maintenant de trouver le bon équilibre entre ces investissements lourds à consentir et les attentes des usagers, et la pérennisation de cette stratégie tournée vers le développement durable. À l’heure où les États ont de plus en plus de mal à imposer leur calendrier et où les COP s’enchaînent avec des résultats plus que mitigés, les acteurs de la finance verte doivent imposer leur modèle. Pour le bien de tous.
Jean Onana est ingénieur en BTP. Il a travaillé sur différents projets en Afrique de l'Ouest et s'intéresse à la question du financement des grandes infrastructures vitales pour les populations et le développement économique.



