Selon un rapport publié en 2026 par l'Office for Students, régulateur britannique de l'enseignement supérieur, 45 universités du Royaume-Uni pourraient disposer de moins de 30 jours de liquidités à la rentrée 2026. En cause : une baisse de 6 % des effectifs d'étudiants internationaux entre 2023-2024 et 2024-2025, soit un manque à gagner de plus d'un milliard d'euros pour le secteur. Ce constat n'a rien d'imprévisible : il révèle la fragilité d'un modèle de financement partagé par une large part des établissements européens — un modèle dont dépend directement l'accueil de milliers d'étudiants africains, camerounais notamment, chaque année.
Un modèle construit sur un financement volatile
La plupart des grandes écoles et universités européennes tirent une part considérable de leurs revenus des frais de scolarité des étudiants internationaux — près de 45 % pour HEC Paris. Toute restriction d'accès au territoire a donc un impact direct sur leurs finances. Or ces restrictions se multiplient. En France, la suppression de l'aide personnalisée au logement (APL) pour certains étudiants étrangers, les frais différenciés à l'université et le durcissement des conditions d'obtention des titres de séjour entraînent de facto une baisse du nombre d'étudiants étrangers accueillis. À cela s'ajoutent des mesures restrictives sur la politique de visas, comme celles que l'on observe actuellement au Cameroun, où le paiement intégral de la scolarité est désormais exigé avant même le dépôt de la demande de visa pour étudier en France. Prises isolément, ces mesures répondent à des logiques nationales ; mises bout à bout, elles fragilisent un secteur qui n'est pas à l'abri du scénario britannique.
Ce qui frappe est le silence des établissements face à ces mesures, par crainte d'être perçus comme défendant des intérêts financiers. C'est une erreur : ne bénéficiant plus d'un soutien public suffisant, ils doivent, comme toute entreprise, trouver leurs propres ressources. Les étudiants internationaux ne sont pas un supplément d'âme, mais un pilier de leur modèle — et de leur capacité à conserver des accréditations comme EQUIS ou AACSB, qui exigent des moyens que le seul financement national ne peut couvrir.
Repenser le financement plutôt que subir
Trois pistes méritent d'être engagées. D'abord, diversifier les sources de financement des établissements — fonds de dotation, partenariats d'entreprises, réseaux d'anciens élèves — pour réduire leur dépendance à une seule catégorie de revenus. Ensuite, traiter l'accueil des étudiants internationaux comme un enjeu économique et diplomatique à part entière : les études de Campus France estiment leur apport net à 5 milliards d'euros par an pour l'économie française, sans compter leur contribution au rayonnement académique du pays. Enfin, se doter d'outils de suivi de l'exposition financière des établissements à la baisse des effectifs internationaux, à l'image de l'Office for Students, pour anticiper plutôt que subir.
Le paradoxe est là : au moment où plusieurs études démontrent l'apport net des étudiants internationaux pour les économies qui les accueillent, une partie du secteur s'expose à une crise de financement largement évitable. Mieux vaut l'anticiper avant qu'elle ne s'impose, comme elle s'impose aujourd'hui au Royaume-Uni. Comme on le dit familièrement au Cameroun face à des décisions dont les conséquences se révèlent plus tard : « Ils vont lire l'heure. » Établissements et pouvoirs publics européens gagneraient à travailler ensemble avant de prendre des décisions qui impactent durablement l'attractivité de leurs pays.



