À 61 ans, Sidi Ould Tah devient le neuvième président de la Banque Africaine de Développement (BAD), une consécration pour ce technocrate discret mais influent, qui incarne à la fois l’expertise, la stabilité et l’intégration continentale. Son élection marque une première : jamais auparavant un ressortissant du Sahel n’avait accédé à la tête de cette institution panafricaine clé. Mais pour ceux qui suivent les arcanes du développement en Afrique et dans le monde arabe, son nom n’a rien d’une surprise.
Trajectoire
Né en 1964 à Mederdra, dans le sud-ouest de la Mauritanie, Sidi Ould Tah est le produit d’une élite technocratique formée dans les meilleures institutions. Il détient un doctorat en sciences économiques de l’université de Nice, un DEA à Paris VII, et a suivi des programmes de leadership à Harvard, à la London Business School et au Swiss Finance Institute. Polyglotte (arabe, français, anglais, notions de portugais et d’espagnol), il évolue avec aisance dans les milieux diplomatiques et financiers internationaux.
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Son immersion dans les affaires économiques commence tôt : il passe par la Banque mauritanienne pour le développement et le commerce, puis par la Commission de sécurité alimentaire, avant d’être propulsé directeur administratif et financier de la mairie de Nouakchott à seulement 23 ans. Il enchaîne avec un passage remarqué au port autonome de Nouakchott, où il affine ses compétences en gestion et audit.
Un parcours international au service du développement
À partir de 1996, Ould Tah prend un virage international. Il rejoint l’Autorité arabe pour l’investissement et le développement agricole à Khartoum, avant d’intégrer en 1999 la Banque Islamique de Développement (BID) à Jeddah, où il occupe divers postes stratégiques durant sept ans. Il y apprend les subtilités du financement structuré, renforce son réseau dans les capitales du Golfe et s’impose comme un relais crédible entre l’Afrique et le monde arabe.
En 2006, il rentre au pays et devient conseiller économique à la Présidence, puis auprès du Premier ministre. En 2008, il entre au gouvernement comme ministre de l’Économie et des Finances, un portefeuille qu’il conserve sous différentes formes jusqu’en 2015. À ce poste, il pilote les réformes macroéconomiques, modernise la gestion budgétaire et structure les grands projets d’infrastructures avec l’appui des bailleurs internationaux. Il incarne alors une Mauritanie technicienne, tournée vers la rationalisation et l’attractivité.
Une décennie décisive à la tête de la BADEA
C’est en avril 2015 que sa carrière prend une nouvelle dimension. Élu à l’unanimité président de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA), il devient le premier ouest-africain à diriger cette institution fondée en 1973. En dix ans à sa tête, il redynamise profondément la BADEA : capital quadruplé (de 4,2 à 20 milliards de dollars), portefeuille de projets largement élargi, partenariats renforcés avec la BAD, la Banque mondiale ou encore les fonds du Golfe.
Sous sa houlette, la BADEA finance plus de 11 milliards de dollars de projets, soit les deux tiers de son activité cumulée depuis sa création. Il impulse une stratégie claire autour des infrastructures, du soutien aux PME et du cofinancement Sud-Sud. En 2024, il lance un plan stratégique 2025-2030 doté de 18,4 milliards de dollars. Et quand le conflit armé éclate au Soudan en 2023, il assure un transfert délicat du siège vers Riyad, sans perturber les opérations ni rompre la confiance des actionnaires.
Un homme de consensus au-dessus des clivages
Ould Tah séduit par son profil apolitique, son style sobre et son ancrage multidimensionnel. D’après diverses notes de présentations sur internet, il est dit de lui qu’il parle peu, mais agit, se présentant comme un artisan plus qu’un tribun, un bâtisseur plus qu’un communicant. Le successeur d’Akinwumi Adesina bénéficie d’un réseau solide : ministres africains des finances, gouverneurs de banques centrales, bailleurs arabes. Il est respecté pour sa capacité à fédérer sans cliver, et sa connaissance fine des deux sphères arabo-africaines fait de lui un médiateur naturel dans les grands dossiers du développement continental.
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Sa candidature à la présidence de la BAD a aussi été portée par une Mauritanie en mutation. Le pays a gagné en stabilité, en diplomatie et en visibilité. Dans ce contexte, Ould Tah apparaît comme l’un des visages d’une « nouvelle Mauritanie » plus présente dans les grandes instances panafricaines.
Un mandat placé sous le signe du réalisme et de l’intégration
À la tête de la BAD, Ould Tah devra relever des défis majeurs : accélération du financement des infrastructures, résilience climatique, sécurité alimentaire, intégration régionale. Son parcours laisse présager une approche méthodique, concertée, fondée sur les partenariats et la rigueur. Avec M. Ould Tah, la BAD accueille un président au profil hybride – à la fois fonctionnaire, diplomate et financier – qui a su gravir les échelons sans tapage, mais avec une constance exemplaire. Son élection marque à la fois la reconnaissance d’un parcours personnel d’exception et l’affirmation du Sahel dans l’architecture du développement continental. Un signal fort, dans un moment où l’Afrique a besoin de cohérence, de ponts et de vision.

