Le Comité national économique et financier (CNEF) de la République centrafricaine qui s’est réuni en session ordinaire le 20 novembre dernier, à Bangui, a défini les taux d’usure applicables pour les établissements de crédit en activité dans le pays à partir du quatrième trimestre 2024. Il ressort du communiqué publié à l’issue de ces travaux, que le taux effectif global (TEG), qui comprend les intérêts et l'ensemble des autres frais à payer pour l’emprunteur en plus du capital, connait un réajustement à la hausse, après la baisse substantielle du troisième trimestre. L’on assiste donc à une nouvelle hausse des taux d’usure, c’est-à-dire, des taux d’intérêts maximum légaux que les établissements de crédit sont autorisés à pratiquer lorsqu’ils accordent un prêt. Les crédits à la consommation pour les particuliers passent ainsi de 23,57% au troisième trimestre à 31,43%. Pour cette même catégorie, le taux pour les découverts passe de 18,37% à 24,49%, tandis que pour les crédits à moyens terme, il passe de 18,72% à 24,98%. Les crédits à long terme, eux, voient leur taux bondir de 16,39% à 21,85%.
Dans la catégorie des PME, les crédits de trésorerie voient leur taux d’intérêt s’envoler de 24,65% à 32,85%, tandis que celui des découverts s’établit désormais à 17,84% contre seulement 13,38% le trimestre précédent. Les crédits à long terme, ici, se négocieront désormais à partir de 18,7% au lieu de 13,33% comme lors des trois derniers mois. Les conditions pour les grandes entreprises, présentes en très petit nombre dans le pays, se traduisent par la hausse du taux des crédits de trésorerie de 11,37% à 15,16%, pendant que les découverts valent 13,64% contre seulement 10,23% au cours des trois derniers mois. Au niveau des administrations publiques et entités publiques, les découverts, par exemple, sont passés d’un taux d’intérêt de 13,50% à 18%. Globalement, cette hausse du TEG est modérée par rapport à celle du deuxième trimestre où l’on a pu voir, par exemple, les crédits amortissables (remboursables sur plusieurs échéances) des ménages atteindre jusqu’à 47% contre seulement 30,88% au quatrième trimestre 2023.
Il n’est pas fait mention des taux applicables pour les cautions et avals bancaires, qui étaient par exemple passés de 12,10% au premier trimestre à 8,48% à partir d’avril 2024 pour les grandes entreprises. Mais, comme en juillet, la nouvelle hausse du TEG en Centrafrique contraste avec la situation globale des conditions financières qui connaissent une amélioration au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Dans son dernier rapport de politique monétaire publié en juin, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) relève qu’au premier trimestre 2024, les taux d'intérêt moyens pratiqués par les établissements de crédit de la sous-région ont évolué à la baisse. L’institut d’émission ajoute d’ailleurs que le taux effectif global moyen sur l’ensemble des crédits accordés par ces établissements s’est établi à 9,71 %, contre 10,43 % le trimestre précédent.
Garantie de transaction de la BAD
Le rapport précédent avait déjà révélé qu’au sein de la Cemac, la RCA (15,25%) et le Gabon (12,51%) avaient été les seuls pays à enregistrer des taux d’intérêts à deux chiffres au troisième trimestre 2023. Ces taux d’usure ne sont pas de nature à soutenir la reprise économique et favoriser l’accès au crédit pour les PME et les ménages qui en ont le plus besoin dans une République centrafricaine dont le secteur bancaire demeure structurellement faible avec un taux de bancarisation autour de 7%. Et dans ces conditions, la décision Banque africaine de développement (BAD) prise le 31 octobre dernier d’accorder à Ecobank Centrafrique une facilité de garantie de transaction pour le financement du commerce de 5 millions d’euros, soit un peu plus de 3,2 milliards Fcfa pour appuyer les entreprises locales et les petites et moyennes entreprises (PME) est un véritable bol d’air.
L’institution financière panafricaine a indiqué que cette garantie de transaction vise à permettre à Ecobank de soutenir les importations de biens essentiels et d’intrants divers dans différents secteurs de l’économie centrafricaine comme les télécommunications, l’agro-industrie et l’industrie manufacturière.

