Le 2 novembre dernier, une curieuse nouvelle a sécoué la vie politique au Royaume-Uni. L’élection de Kemi Badenoch, femme politique d’origine nigériane, à la tête des Tories, le Parti conservateur britannique de centre-droit. Première femme noire à ce poste, la nouvelle dirigeante de 44 ans se décrit comme un « savant mélange entre héritage culturel nigérian et aspirations britanniques ».
Née Olukemi Adegoke, la cheffe des Tories a vu le jour dans la ville de Wimbledo, au Sud de Londres, mais a passé une grande partie de son enfance au Nigéria, pays d’Afrique de l’Ouest avant de retourner au Royaume-Uni au milieu de son adolescence. Issues de parents relativement aisés [un médecin et une universitaire], Kemi Badenoch a déclaré à la presse britannique que sa vision politique est bâtie sur l’expérience des bouleversements économiques et sociaux nigerians. « J’ai grandi dans un endroit où les lumières ne s’allumaient pas, où nous tombions fréquemment en panne de carburant malgré le fait que nous soyons un pays producteur de pétrole », a-t-elle déclaré à la BBC.
De la finance à la politique
Titulaire d’une maîtrise en ingénierie obtenue à l’Université du Sussex (2003) et d’une licence en droit de Birkbeck Université de Londres (2009), elle débute son parcours professionnel dans le domaine de la finance. Entre 2003 et 2016, elle a été consultante chez Logica (société britannique de service informatique aujourd’hui fermée), business analyst chez Royal Bank of Scotland et vice-présidente de Coutts (une banque privée active dans la gestion de patrimoine).
C’est en 2015 que Kemi Badenoch fera son entrée dans l’univers politique en rejoignant les rangs du Parti conservateur. Elle a été successivement membre de l’assemblée communautaire Greater London Authority, secrétaire de l’Échiquier au Trésor, secrétaire du président du Conseil de commerce du Royaume-Uni et ministre des Femmes et de l’Egalité. A date, elle occupe le poste de secrétaire d’État fantôme à la Chambre des Communes britanniques. Avec pour modèle politique Margaret Thatcher, Kemi Badenoch défend les politiques d’immigration restrictives, des positions fermes contre le « wokisme » (mouvement d’éveil contre les injustices sociales) et les revendications de la communauté LGBTQIA+. Elle entend « rendre au Royaume-Uni sa grandeur » d’antan.
Retour aux valeurs conservatrices
L’élection de Kemi Badenoch à la tête des Tories intervient dans un contexte de division et de fragilité du Parti conservateur, consécutif à la défaite électorale en juillet dernier. Le 5 juillet 2024, les Labour et le nouveau premier ministre britannique Keir Starmer ont remporté les Législatives, mettant fin à quatorze ans de gouvernement conservateur. De fait, le positionnement de Kemi Badenoch, connue pour son franc-parler et son soutien au Brexit -retrait en 2020 du Royaume-Uni de l’UE-, ambitionne un retour aux valeurs conservatrices propres au pays. Conservatrice intransigeante, son cheval de bataille sera donc de redonner ses lettres de noblesse au Parti conservateur pour les prochaines élections, dans 5 ans.
Un défi de taille quand on sait que les Tories ne détiennent que 121 sièges aux Communes contre 402 pour les Labour. Elle prévoit pour ce faire, l’élaboration d’un plan de ralliement des électeurs britanniques aux valeurs conservatrices en mettant un accent sur le pragmatisme et le réalisme économique. Un autre objectif de son mandat est de reconstruire les relations internationales du Royaume-Uni post-Brexit. En juin dernier, elle s’est rendue à Riyad pour promouvoir le potentiel économique du Royaume Uni et négocier un accord de libre-échange entre UK et le Conseil de coopération du Golfe -un bloc composé de l’Arabie Saoudite, des Emirats arabes Unis, du Qatar, du Koweït, de Bahreïn et d’Oman-. Plus tôt, elle s’est rendue au Nigéria (février 2024) avec le ministre britannique du Commerce, Rishi Sunak pour signer des accords commerciaux et en fin 2023, elle a été au Japon afin de promouvoir les produits et services britanniques sur le marché nippon...

