L'Union Africaine (UA), via son Centre Africain de Développement Minier (CADM) et avec l'appui de la Fondation pour l'Internationalisation des Administrations Publiques (FIAP) et de l'Union Européenne, a publié ce 8 juillet 2025 une note d'information cruciale évaluant la gestion des ressources minières du Cameroun. Dans ce document, le CADM suggère à la première économie de la Cemac l'établissement d'un fonds minier souverain. Cette proposition est une mesure clé parmi une série de recommandations visant à « améliorer la transparence, formaliser l’exploitation minière artisanale (EMA) et créer de la valeur localement dans l’industrie minière camerounaise ».
Un fonds minier souverain est un instrument financier public, souvent alimenté par une part des recettes générées par l'exploitation des ressources minérales d'un pays. Son fonctionnement est simple mais stratégique : au lieu que toutes les recettes minières soient directement versées au budget général et potentiellement dispersées, une portion est allouée à ce fonds. Ce dernier a pour vocation de stabiliser les revenus miniers, souvent volatils en raison des fluctuations des cours des matières premières, et de les réinvestir de manière stratégique. Pour l'industrie minière, un tel fonds est crucial. Il permet de financer des projets d'infrastructures directement liés au secteur (routes, énergie pour les mines), de soutenir la diversification économique pour réduire la dépendance aux mines, de développer les capacités locales (formation, recherche), voire de préparer l'après-mines en constituant une épargne pour les générations futures. C'est un levier essentiel pour transformer une richesse souterraine temporaire en développement durable et pérenne. De grands pays producteurs miniers comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire en disposent déjà.
Actuellement, l'industrie minière camerounaise est freinée par un manque de modélisation économique, des écarts de données persistants entre la Direction Générale des Douanes (DGD) et la Direction Générale des Impôts (DGI), des difficultés de financement, et un fonds de développement minier non opérationnalisé, selon l’UA. Malgré la création en décembre 2020 de la Société Nationale des Mines (SONAMINES), chargée de gérer les intérêts de l'État dans le domaine minier, de réaliser l'inventaire des indices, de mener exploration et exploitation, et d'assurer la réhabilitation des sites, le secteur reste sous-performant. L'absence d'harmonisation avec les normes internationales et une faible accessibilité des données contribuent également à cette situation. La contribution du secteur minier au PIB national est marginale, estimée à environ 0,63%, et ne représente qu'environ 5% des recettes d'exportation. Avec plus de 122 permis miniers industriels délivrés et jusqu'à 1 000 permis pour l'Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (EMAPE), dont la part estimée dans la production aurifère atteint 25% à 95%, le Cameroun a un potentiel minier considérable en bauxite, fer, cobalt, nickel, rutile, terres rares et or qui reste largement sous-exploité.
Une production aurifère locale à renforcer
Dans ce contexte, le récent rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives du Cameroun (ITIE) révèle qu’en 2023, la Société nationale des mines (SONAMINES) a rétrocédé un volume de 170,9 kg d’or au ministère des Finances, soit une valeur de 5 milliards de FCFA au titre de l’impôt synthétique minier libératoire. Un responsable du ministère des Mines ajoute qu’au cours de l’année 2023 et du premier semestre de l’année 2024, la SONAMINES a rétrocédé un total de 420 kg d’or. Ces chiffres soulignent que la production minière locale est plus ancrée sur l'exploitation aurifère, mettant en lumière le potentiel tangible, bien que naissant, de l'implication de l'État dans le secteur.
L'implémentation de ces mesures est cruciale pour le Cameroun. Un fonds souverain et l'activation du fonds de développement minier permettraient une meilleure collecte et un réinvestissement stratégique des recettes pour le développement local. L'urgence est d'autant plus grande que l'évaluation du CADM révèle un faible alignement du Cameroun avec la Vision Minière Africaine (VMA), avec un score médian global de seulement 24,86%. Les lacunes sont marquées, notamment pour les liens et investissements (15,03%) et la gestion de l'Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (EMAPE) (20,79%), une activité souvent informelle mais essentielle à la production aurifère du pays. En renforçant la transparence, en formalisant cette EMAPE et en promouvant la valorisation locale des minéraux (via des pôles de transformation et centres de formation), le Cameroun peut débloquer une industrialisation et une création de valeur ajoutée significatives, transformant un secteur sous-exploité en moteur de croissance inclusive.
Alignement avec la Vision Minière Africaine
Il faut rappeler que l'Union Africaine (UA) a adopté la Vision Minière Africaine (VMA) en 2009 pour répondre au "paradoxe des pays africains riches en ressources minérales mais pauvres en développement". La VMA promeut une exploitation transparente, équitable et optimale des ressources pour favoriser le développement durable. Le Cadre Africain de Gouvernance des Minéraux (CAGM), conçu pour opérationnaliser la VMA, sert d'outil de diagnostic pour évaluer le niveau de progression des pays à l'aide d'un questionnaire de 440 points couvrant 40 domaines thématiques. Ces recommandations s'inscrivent donc dans un effort continental plus large visant à ancrer une gouvernance durable et inclusive des ressources minérales, essentielle pour que le Cameroun, malgré un nouveau Code Minier adopté en 2023, puisse enfin capitaliser sur ses immenses richesses souterraines.

