Pour donner à voir et à comprendre comment les Etats et les entreprises utilisent l’«arme de guerre économique nourrie par une logique de sécurité des approvisionnements et d’une volonté d’indépendance dans les secteurs industriels, vecteurs de l’autonomie stratégique nationale ou internationale », le laboratoire de recherches en sciences et techniques de l’information et de la communication (LRESTIC) de l’université de Yaoundé II, dirigé par le Pr. Christian Abolo Mbita, et le laboratoire de recherche en microéconomie appliquée (REMA) de l’université de Dschang, dirigé par le Pr. Roger Tsafack Nanfosso, ont mis ensemble d'éminentes personnalités du monde scientifique afin d’éclairer sur l’intelligence économique (IE) en Afrique.
Dans un ouvrage de 540 pages, édité sous la direction des Pr. Roger Tsafack Nanfosso, recteur de l’Université de Dschang, et Christain Abolo Mbita, Inspecteur Général de l’évaluation de la performance des services au Minepat et Enseignant à l’université de Yaoundé II, 35 universitaires, experts pluridisciplinaires de haut vol, chercheurs, ingénieurs statisticiens-économistes, etc., croisent leurs réflexions sur ce concept novateur. Structuré autour de deux parties et six chapitres, jalonnés de dizaines de sections richement illustrées (tableaux, diagrammes, équations mathématiques et autres graphiques, le livre « L’intelligence économique en Afrique » donne à voir l’appropriation et le mode d’emploi de l’IE par les Etats et les entreprises dans leur ensemble sur le continent.
Car, à l’aune de l’évolution technologique, de la recherche scientifique, technique et de l’innovation, le continent, terre de paradoxes où se côtoient un potentiel en ressources naturelles mondialement envié, une jeunesse dynamique, mais une étrange et envahissante pauvreté, le temps de la refonte des modèles de réussite préfabriqués est révolu ; place à la modernisation des économies. Pour y parvenir Vera Songwe, économiste camerounaise de renommée mondiale, ancienne secrétaire exécutive de la Commission économique pour l'Afrique (2017-2022), trace la voie de l’atteinte de cet objectif. Elle passe, selon elle, par le triptyque « observation, industrialisation et exploitation ».
Deux questions principales sont donc au centre de ce travail scientifique : celle du destin de l’Afrique en cas d’absence de modernisation de son économie et celle des moyens dont le continent doit se doter pour prendre part au banquet de l’innovation qui la conduirait irréversiblement vers sa prospérité partagée. C’est à la confluence de ce questionnement théorique et empirique que l’apport de l’IE est convoqué.
C’est dans cette veine que le Pr. Sigismond Hervey Mvelle de l’université d’Ebolowa, qui définit l’intelligence économique comme l’ensemble des activités coordonnées de collecte, de traitement de diffusion de l’information utile aux acteurs économiques ou l’ensemble des pratiques destinées à fournir une information utile aux acteurs économiques », pose que, dans nombre de pays, les PME utilisent l’IE de manière « inconsciente » depuis plusieurs années. La trajectoire suivie par ces agents économiques est irriguée par 04 grands courants qui façonnent leur résilience dans un monde complexe : la guerre, la sécurité, la compétitivité et la diplomatie économique.
En quelque sorte, l’IE n’est pas étrangère aux pays africains encore moins son utilisation ni son application. Car, nombre d’entreprises, qu’elles soit le secteur public ou privé, utilisent l’intelligence économique au regard du corpus juridique et réglementaire, des normes et standards internationaux ratifiés ou appliqués, des classements et autres outils de promotion du patriotisme économique déployés pour faire face à la concurrence. De plus, le collège des auteurs, souligne que l’adhésion des Etats du continent aux regroupements mondiaux ou internationaux ou encore la création d’agences de promotion des investissements, des centres de développement de l’IE, l’élaboration de visions stratégiques dans la plupart des pays africains, illustre à suffire l’utilisation éprouvée de l’intelligence économique.

La thèse, ainsi présentée de la pratique de l’intelligence Economique en Afrique, est posée dans la première partie du livre où son appropriation par les entités publiques et privées est largement étayée. Ici, les auteurs mettent en évidence l’appropriation, l’application et les pratiques d’intelligence économique dans les entreprises et les institutions publiques et privées en Afrique à travers son opérabilité, ses spécificités, son approche pour l’accès aux marchés pauvres, son actualisation ou encore le rôle stratégique qu’elle représente. Le cas et l’expérience du Cameroun sont développés dans les sections consacrées à la révolution des données et aux cabinets d’intelligence dans les économies informelles.
Dans la deuxième partie, les auteurs mettent évidence les approches stratégiques et décryptent les actions de diplomatie économique, menées à la fois par les entreprises et les Etats, sous le prisme des menaces, des risques et des rapports de force. Les auteurs explorent l’équilibre global et les mutations de l’ordre international en jetant notamment un regard sur l’émergence des BRICS dans la dynamique de développement des Etats du Sud ; le rapport des mutations internationales à l’intelligence économique ; la criminalité et la guerre économique dans la Zone de libre-échange continentale africaine ; les enjeux de développement sur le Cameroun ; les aspects juridiques de l’intelligence économique etc.
En l’absence de conclusion générale, un choix sans doute du comité scientifique composé de 36 personnalités du monde académique, chaque auteur, développant une section, tire une conclusion en proposant parfois des recommandations.
Cette ouvrage, à la fois pédagogique et prospectif peut être lu avec profit par des chercheurs, des professionnels de l’économie et de la stratégie industrielle, ainsi que des décideurs dans les domaines des politiques publiques et du commerce international.

