Le Sénat camerounais, dont la deuxième législature s’achève en mars 2025, gère sa première grande crise en près de 10 ans d’existence. Un audit de gestion commandé par le bureau de la chambre a conclu il y a quelques jours sur un scandale de détournement de deniers publics qui ne dit pas son nom. Sur la période allant de fin octobre 2023 à février 2024, révèle cet audit, un trou de 1 à 3 milliards Fcfa a été découvert a été constaté dans les caisses de l’institution. Précision de taille : l’argent s’est évaporé en l’absence du président du bureau de la chambre, Marcel Niat Njifenji, en évacuation sanitaire à l’étranger durant les trois mois auxquels la commission d’enquête présidée par le vice-président Robert Nkili et dans laquelle l’on retrouve tous les questeurs a circonscrit ses travaux. Cette commission qui a siégé pendant 10 jours a auditionné, outre l’administration, tous les responsables des services financiers du Sénat. Sur la base du rapport de cette instance, formalités administratives obligent, une demande d’explications a été servi au secrétaire général adjoint, l’ancien gouverneur de région Bernard Wongolo. Après quoi, il a écopé d’une mise à pied de 10 jours.
Outre ce haut responsable qui bénéficie d’une délégation de signature depuis la mise en congé prolongée du titulaire du poste, le secrétaire général Michel Meva’a M’Eboutou, qui, en raison de ses ennuis de santé a été déclaré en incapacité de travailler depuis un an, les bureaux de l’agence comptable etde la direction du budget et de la solde ont aussi été scellés. Ces mesures conservatoires restent en vigueur, en attendant la tenue d’une réunion du bureau du Sénat qui décidera du sort du secrétaire général, en sa qualité d’ordonnateur délégué, au terme de l’examen du rapport produit par la commission d’audit. Cette réunion est annoncée pour les tout prochains jours. Il est fort probable, selon des sources internes, que le dossier soit transmis à une institution spécialisée de l’Etat pour un deuxième audit. Après quoi, le bureau du Sénat décidera ou non de le transmettre à la justice.
Il faut, en effet, dire qu’en l’état actuel de la législation, ni le Contrôle de discipline budgétaire et financière (Cdbf) du Contrôle supérieur de l’Etat, ni la Commission nationale anticorruption (Conac), encore moins la Chambre des comptes de la Cour suprême ne peuvent s’inviter au Sénat sans avoir formellement été saisi le bureau de cette chambre. Il en est de même de l’Assemblée nationale qui, l’an dernier, a également été l’objet de forts soupçons de détournement de deniers publics. Une commission ad-hoc mis en place par le président Cavaye Yeguie Djibril, et présidée par le député Théophile Baoro, en vue de l’évaluation de la situation administrative et financière de cette autre chambre du Parlement, a signalé en novembre dernier un trou de 2,7 milliards Fcfa. Aucune suite n’a été donnée à ce dossier à ce jour.

