Au terme d’une visite de travail qui s’est tenue du 29 avril au 14 mai dernier, dans la Cemac, les équipes du FMI disent avoir dressé le constat selon lequel plusieurs indicateurs de stabilité du secteur bancaire se sont fortement détériorés, nécessitant des interventions des institutions de la région. « Dans l’ensemble, moins d’un tiers des banques respectent toutes les exigences prudentielles », indique le Fonds dans sa déclaration. Le premier risque est celui de la sous-capitalisation des établissements bancaires matérialisé par la baisse du ratio d’adéquation des fonds propres à 11,8% au 4e trimestre 2023 contre 14,1% le trimestre précédent. La baisse de ce ratio signifie que les fonds propres dont disposent les banques pour pallier certains risques se détériorent rapidement ce qui pourrait entraîner des faillites bancaires si rien n’est fait.
Dans l’ensemble, moins d’un tiers des banques respectent toutes les exigences prudentielles.
À en croire les chiffres avancés par le FMI, plusieurs établissements de crédit ont des fonds propres en dessous du seuil requis. Cinq banques dépendraient même exclusivement des refinancements de la BEAC. L’autre risque est celui du portefeuille de créances en souffrances qui a certes diminué sur la période s’établissant à 15,7% du portefeuille global des prêts. Il n’en demeure pas moins que les risques de non remboursements sont importants et la nécessité de recapitaliser certains établissements devient de plus en plus urgente.
Recapitaliser et mieux superviser
« Les services du FMI ont réitéré que les superviseurs régionaux et les autorités nationales devraient veiller à ce que les banques sous-capitalisées soumettent des plans de recapitalisation crédibles dans un court délai et établissent une stratégie de réduction des prêts non performants », peut-on lire dans la déclaration du FMI. La responsabilité de mettre en place des plans de recapitalisations incombe beaucoup plus aux États dans lesquels les banques sont implantés afin de prévenir des remous sociaux qui interviendraient du fait de l’insolvabilité de la banque. C’est par exemple ce qu’a fait le Cameroun avec la CBC ; UBC ; NFC Bank et Bcpme.
En plus de ces interventions, le FMI plaide pour le renforcement à priori des contrôles de la Cobac afin de prévenir plus efficacement les risques de faillites. Il s’agit notamment de doter sans délai la Cobac des ressources humaines et financières adéquates pour lui permettre d'intensifier les inspections sur place et sanctionner rigoureusement ou prendre des mesures correctives en matière de surveillance lorsque les banques ne respectent systématiquement pas la réglementation.
Exposition au risque souverain
L’autre risque auquel sont confrontés les banques de la zone Cemac est celui de leur exposition « excessivement élevée » aux emprunts des États. Cela signifie concrètement que la part des États dans le portefeuille de prêts des banques commerciales a atteint un niveau critique menaçant l’équilibre du système financier en cas d’insolvabilité. « L’exposition totale (prêts et titres) est passée de 10 % fin 2015 à environ 31% du total des actifs fin 2023. Plusieurs banques ont une exposition aux gouvernements de la Cemac supérieure à 50%, ce qui pose des risques importants pour la stabilité », alerte le FMI.
Évoquée depuis plusieurs années déjà, l’obésité des banques sur les prêts étatiques a été accéléré par le développement du marché des titres publics. L'encours des dettes émises sur ce marché, prioritairement réservé aux États, est passé de 1 011 milliards en 2018 à plus de 6 000 milliards à fin septembre 2023 (9,14 milliards d'euros), dont 76% est détenu par les banques. Un bond soutenu par l'accroissement des émissions obligataires pour financer les dépenses liées à la pandémie du Covid-19 et la titrisation des arriérés de la dette intérieure des États.
Cette exposition a plusieurs conséquences sur le système économique de la Cemac. La première est l’effet d’éviction sur le secteur privé, ce qui pourrait entraver les efforts de diversification économique. Ensuite, l’éviction des États eux même qui commence déjà à se faire ressentir compte tenu de la nécessité pour les banques de respecter certains ratios.
Pondération de risque nulle
Les services du FMI ont encouragé la Cobac et la Beac à travailler ensemble pour garantir que les spécialistes en valeurs primaires (principalement des banques) ne détiennent pas toutes les nouvelles émissions souveraines. Cela suppose de développer un marché secondaire dynamique. Pour réduire cette exposition des banques sur les États, le FMI a également suggéré à la Cobac de s'éloigner de manière systématique de la pondération de risque zéro attribués aux États pour leurs emprunts. La pondération de risque nulle attribué par le régulateur permet, en effet, aux États de cette région de lever facilement des financements sur le marché domestique sans que les banques qui y souscrivent ne soient astreintes à provisionner pour couvrir le risque de crédit. Ces provisions sont pondérées sur la base du respect par le pays émetteur des critères de convergence de surveillance multilatérale. En appliquant la pondération juste, les banques serait moins enclin à prêter aux États.

