Près de trois ans après le lancement des travaux de la digue de Walia, un projet crucial pour protéger la ville de N’Djamena (Tchad) des inondations, l’espoir de voir le chantier achevé s’amenuise. Les travaux, à l’arrêt depuis environ six mois, suscitent une inquiétude croissante parmi les populations, alors que la saison des pluies s’annonce déjà menaçante. Face à cette situation préoccupante, le Groupe de Concertation des cadres du 9ᵉ arrondissement – l’une des zones les plus vulnérables aux inondations à N’Djamena – a lancé un appel pressant le 5 avril. Il exhorte les autorités tchadiennes à apurer les arriérés de paiement de 8,8 milliards de FCFA dus à l’entreprise chinoise Anda, chargée de la construction.
« En 2022, les inondations avaient causé la mort de plus de 200 personnes, un chiffre jamais atteint dans cette région. C’est ce drame qui avait poussé le président Mahamat Idriss Déby Itno à ordonner la construction de cette digue dès l’année suivante. Bien que les travaux aient permis de réduire partiellement les dégâts, nous ne sommes toujours pas à l’abri », alerte Hissein Haroun Douta, Secrétaire général du groupe, à la presse locale. Sur les 32 km initialement prévus, seuls 27 ont été réalisés. « L’entreprise réclame les 40 % restants de son financement pour relancer les travaux et achever ce projet vital », précise-t-il.
L’entreprise chinoise jette l’éponge
Le 2 novembre 2024, l’entreprise Anda, spécialisée dans les infrastructures hydrauliques et les travaux publics, a officiellement annoncé la suspension du chantier, malgré un taux d’avancement de 80 %. Saleh Kochi, directeur technique d’Anda, explique : « Nous n’avons reçu que 60 % du montant total estimé à 22 milliards de FCFA, soit 13,2 milliards. Malheureusement, sans carburant ni ressources financières pour payer nos ouvriers, nous ne pouvons plus poursuivre les travaux. »
Une semaine plus tard, le gouvernement tchadien a réagi dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI). Le ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a défendu la position de l’État : « Nous payons par étapes, en fonction de l’avancement des travaux. Une partie du paiement sera versée seulement après réception définitive du projet. »
Un pays en première ligne face aux inondations
Le Tchad est le pays le plus exposé aux inondations dans l’espace CEMAC. Sa situation géographique, marquée par la présence des fleuves Chari et Logone, conjuguée à des épisodes de pluies intenses aggravés par le changement climatique et une urbanisation non planifiée, en fait un terrain particulièrement vulnérable. Selon la Banque mondiale, les inondations ont causé la mort de 576 personnes, affecté 1,9 million d’habitants et détruit des milliers d’habitations en 2024, notamment dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena. Dans ce contexte, chaque jour de retard dans l’achèvement de la digue de Walia met davantage en péril les vies et les moyens de subsistance des habitants.

