Depuis le début du mois de février, Air France a pris la résolution de réorganiser sa liaison entre Paris et N’Djamena. La compagnie française opère trois vols hebdomadaires sur cette route, désormais couplée avec Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale. Selon le transporteur aérien, cette reconfiguration vise avant tout à améliorer l’occupation des sièges et à compenser une demande jugée insuffisante sur la ligne Paris-Malabo. La compagnie espère ainsi limiter ses pertes tout en maintenant une présence sur ces deux marchés.
Toutefois, cette décision n’est pas sans répercussions. Le passage par Malabo prolonge considérablement la durée des vols vers N’Djamena, ce qui augmente les coûts d’exploitation et, par ricochet, le prix des billets. Face à ces bouleversements, une délégation de la compagnie aérienne a été reçue par la ministre tchadienne des Transports, Fatima Goukouni Weddeye le 14 février dernier, afin d’examiner les facteurs et les conséquences de cette restructuration, et d’identifier des solutions.
Ainsi, au-delà des impératifs commerciaux, Air France souligne que plusieurs facteurs structurels rendent l’exploitation de la desserte de N’Djamena plus contraignante. D’une part, les pénuries récurrentes de carburant aviation (Jet A1) compliquent la régularité des vols et exposent la compagnie à des annulations soudaines. D’autre part, le coût du handling – l’ensemble des services d’assistance au sol – pèse sur les finances des transporteurs, rendant la destination moins attractive. Enfin, les restrictions de survol imposées dans certaines zones contraignent les appareils à emprunter des routes plus longues, augmentant ainsi la consommation de carburant et les coûts d’exploitation. S’ajoute à ces défis une dynamique politique de plus en plus instable avec l’annonce de la récente rupture des accords militaires entre le Tchad et la France.
Un dialogue engagé pour préserver la connectivité
Conscientes des enjeux, les autorités tchadiennes et Air France ont convenu de poursuivre les discussions afin de garantir une desserte stable et compétitive. L’Agence de l’Aviation Civile du Tchad (Adac) sera impliquée dans ces concertations pour tenter d’identifier des solutions viables. Parmi les pistes envisagées figurent la modernisation des infrastructures aéroportuaires et l’exploration de carburants alternatifs, une approche qui pourrait permettre de réduire les coûts opérationnels à long terme.
Un repli stratégique en Afrique centrale
Notons que cette réorganisation s’inscrit dans un mouvement plus large de réduction des opérations d’Air France en zone Cemac. Après une année 2023 record, avec un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros (+14 % sur un an), la compagnie a annoncé une contraction de son activité pour la période 2024-2025. Des destinations comme le Cameroun et le Gabon devraient voir leur nombre de vols réduit dans les mois à venir, une tendance qui reflète les arbitrages financiers du groupe sur un marché où les marges restent limitées.

