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Viabilité: ces entreprises d’Etat dans le viseur du FMI

La situation financière de certaines entreprises publiques préoccupe le Fonds Monétaire International (FMI), notamment leur niveau de viabilité. Il s’agit de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), la fusion Cameroon Water Utilities-Camerounaise des Eaux (Camwater/CDE), la Société nationale de transport d’énergie (Sonatrel), la Cameroon Postal Services (Campost), la Cameroon Telecommunications (Camtel), la Cameroon Development Company (CDC).

Publiée lundi 12 novembre 2018 à 09:38:39Modifiée vendredi 16 novembre 2018 à 13:24:59Temps de lecture 10 minPar EcoMatin

Yaoundé 2
L’examen de viabilité était inscrit dans le programme de la mission du FMI en cours au Cameroun. Mais compte-tenu de la durée courte de cette mission qui s’achève le 12 novembre prochain, cette évaluation, comme l’a précisé la chef de cette mission, Corinne Delechat, devrait avoir  lieu lors de la prochaine mission. Mais il reste constant que le FMI voudrait voir clair dans la situation financière de ces entreprises publiques. Il est question de passer au peigne fin leur situation financière, notamment leurs bilans et comptes d’opérations courantes. Mais également leurs perspectives, business plans et plans de restructuration. Tout comme leurs chiffres clés, sans oublier leur niveau de mise en œuvre de la loi sur les entreprises publiques. Et enfin, leur suivi pour annexe au budget de l’Etat. CDC plombée par la crise anglophone Aux côtés de Pamol, la CDC fait partir des entreprises qui broient du noir à cause de crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Selon les investigations du Groupement Inter patronal du Cameroun (Gicam), les pertes pour ces mastodontes de l’agro-industrie camerounaise se chiffrent  à 9,2 milliards de FCFA pour les pertes de productions de banane, d’huile de palme et de caoutchouc, avec un manque à gagner en chiffres d’affaires de 11,4 milliards de F CFA et d’autres pertes  (équipements volés/ détruits, rançons, vols, …) estimées à 1,031 milliard de FCFA. De manière détaillée, on fait état de plus d’un milliard de biens détruits pour CDC et 12 milliards de FCFA de manque à gagner. Pour la CDC particulièrement, le Gicam indique que sur 29 sites de production (plantations et usines), 12 sites sont en arrêt total de production, certains sites étant devenus des camps de base pour des assaillants armés qui en ont délogé les travailleurs ; 10 sites ne sont plus que partiellement opérationnels en raison des interruptions sporadiques d’activités suite à des attaques de groupes armés, des interruptions de l’alimentation en énergie électrique ou à cause de l’inaccessibilité à certaines zones ; 07 sites dont 02 usines (Tiko et Idenau) et 05 plantations (Debundscha, Missellele, Ndongo, Mondoni et Moquo) sont encore entièrement opérationnels. En termes d’emplois, on estime à 6 124 déjà perdus (sites en arrêt de production) et 5 805 autres relevant des sites partiellement opérationnels sont gravement menacés. Ce qui représente 71% de l’effectif total employé par la société. D’après les prévisions du Gicam, en supposant un retour rapide vers le calme et la sécurité, la CDC aura besoin d’une injection de fonds de l’ordre de 15 milliards de F CFA pour financer un éventuel plan de relance. Ce montant dont pourrait faire recours aux ressources publiques pour le combler le gap, servirait notamment à payer des factures de fournisseurs afin de rétablir la confiance et reprendre les livraisons de matières premières / pièces de rechange nécessaires à la production ; remplacer les équipements de production détruits ; réhabiliter les plantations et amortir la dette sociale de l’entreprise. L’on peut aisément comprendre pourquoi la situation financière de la CDC intéresse le FMI.  Sonatrel dépendante des financements de Bretton Woods pour sa mise en œuvre Le début effectif de l’opérationnalisation de la Société nationale de transport de l’énergie (Sonatrel) est annoncé pour 2019. Mais celui-ci dépend en grande partie des financements de la Banque mondiale. On les estime d’ailleurs à près de 800 milliards de FCFA. Et, c’est en décembre 2016 que le Conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé, les premiers financements en faveur de cette société. Il s’agissait d’un prêt d’un montant de 325 millions de dollars (environ 200 milliards de FCFA). Ces financements, précisait la Banque mondiale, devaient servir à «améliorer le réseau électrique» dans le pays. Concrètement, ces financements devaient permettre de « transférer plus facilement l’électricité produite dans les nouvelles centrales hydroélectriques, et les excédents d’énergie dans certaines régions, vers les villes et les villages des régions insuffisamment desservies. Il améliorera aussi la qualité de l’approvisionnement dans les zones urbaines». Le projet d’amélioration du réseau électrique financé par la Banque mondiale comprend trois composantes. «La première porte sur l’opérationnalisation de la Sonatrel. La deuxième entend améliorer la capacité et la fiabilité du réseau national de transport d’électricité camerounais, en finançant des investissements prioritaires pour moderniser et étendre le réseau. Il s’attachera également à améliorer la fourniture d’électricité dans les réseaux interconnectés». Enfin, «la troisième composante fournira une assistance technique, des travaux d’analyse et des activités de renforcement des capacités aux principales parties prenantes du secteur ; elle fournira également l’assistance technique, financière, opérationnelle et fiduciaire nécessaire à l’unité de gestion du projet mise en place au sein de la Sonatrel». Pour rappel, à la faveur de la création récente de la Sonatrel, il est question de réhabiliter certaines lignes de transport de l’électricité et d’en construire de nouvelles sur l’ensemble du territoire camerounais, afin de pouvoir fournir aux ménages de l’énergie électrique, aussi bien en qualité qu’en quantité. Pour ce faire, le gouvernement camerounais devra investir une enveloppe globale d’environ 940 milliards de FCFA, selon les estimations de l’ex- ministre de l’Energie et de l’Eau, Basile Atangana Kouna. Camtel, son démantèlement toujours souhaité par Bretton Woods Cette réforme fait partie d’une série de mesures proposées pour rendre plus compétitif le secteur des TIC au Cameroun. Selon la Banque mondiale (BM), le dynamisme et la performance du secteur des TIC au Cameroun nécessitent certaines actions, dont le démantèlement de la Cameroon Telecommunications (Camtel). La Banque mondiale estime que la position de Camtel, en tant qu’opérateur de services ayant le monopole sur  les infrastructures terrestres, est un facteur qui favorise le déséquilibre du marché des télécoms. Une situation accentuée par l’attribution de la licence 3G à cette entreprise, relève l’institution de Bretton Woods. « La structure de Camtel doit trouver un noyau dans le secteur global des télécoms », indiquait Elisabeth Huybens, directrice des Opérations de la BM pour le Cameroun. Pour soutenir sa position, la Banque mondiale donne certaines orientations. « Il est important que les comptes liés aux revenus  du backbone national et des stations sous-marines soient indépendants et auditables, et qu’un terme soit mis à des subventions croisées, c'est-à-dire les revenus des trafics internationaux finançant les autres services déficitaires de Camtel », renseigne la BM. D’après cette  institution financière, la mise en œuvre du démantèlement de Camtel pourrait aboutir à la mise sur pied de deux entités, une dédiée aux infrastructures et une autre aux services. Les infrastructures terrestres backbone devraient faire l’objet d’un audit technique « pour en valider la qualité et la pérennité, qui ne semble pas garantie à 5 ans », pense la Banque mondiale. Camair-co : vers la sortie de la zone de turbulences Sa situation est moins inquiétante. Après plusieurs années de turbulences, Camair-Co, semble avoir résolument pris son envol vers la performance. Selon les états financiers de la compagnie, révélés le 18 juillet 2018 à Douala, le chiffre d’affaires de cette entreprise publique jadis surendettée (plus de 30 milliards FCFA), qui n’a survécu pendant longtemps que grâce aux perfusions financières de l’Etat, a augmenté de 142% au premier semestre 2018, comparé à la même période en 2017. Dans le détail, ce chiffre d’affaires s’est situé, au 30 juin 2018, à 12,3 milliards FCFA, contre seulement 5,1 milliards FCFA au premier semestre 2017, soit une hausse de 7,2 milliards FCFA en valeur absolue. Par rapport aux 6 milliards FCFA enregistrés au premier trimestre 2018, il en ressort que la compagnie aérienne publique camerounaise a réussi à doubler son chiffre d’affaires cette année, en seulement trois mois. A l’origine de cette performance, qui est cependant marquée par une chute importante des taux de remplissage des vols domestiques (54% contre une moyenne de 65% entre janvier et mai 2018) et régionaux (26% contre une moyenne de 31% depuis janvier) au cours du mois de juin 2018, se trouvent les bonnes performances enregistrées sur le trafic passagers (+67% à fin juin) et le fret (plus de 740 tonnes transportées depuis janvier). Mais, par-dessus tout, révèlent les états financiers de la compagnie, ce regain d’activité, lui-même consécutif à l’ouverture de nouvelles lignes régionales, des avancées dans la qualité de service (en moyenne 75% des vols réguliers et plus de 60% des départs à l’heure) et la densification de la flotte ; a permis de réduire significativement le déficit d’exploitation de Camair-Co (+68%). Officiellement, ce déficit a culminé à seulement -1,3 milliard FCFA au 30 juin 2018, contre -4,1 milliards FCFA sur la même période en 2017. Campost engluée dans les grèves à répétition Le 5 juillet 2018, le personnel de la Campost), à travers la section syndicale de l’Union générale des travailleurs du Cameroun (UGTC), adressait un nouveau préavis de grève au Premier ministre Philemon Yang, pour un mouvement d’humeur projeté le 23 août 2018, sur l’ensemble du réseau de l’entreprise postale publique. C'est le 3ème préavis de grève en sept mois. « De tous les accords et engagements pris aussi bien par les représentants des différentes administrations que par le directeur général, rien à ce jour n’a été respecté.», écrivait le syndicat, qui faisait ainsi allusion au non-respect des engagements pris lors des négociations qui avaient abouti à la suspension, jusqu’au 30 juin 2018, du préavis de grève adressé au gouvernement en avril 2018. Parmi ces engagements qui avaient permis de rassurer les employés, le personnel cite principalement la promesse du gouvernement de mettre à la disposition de l’entreprise au plus tard à la fin du mois d’avril 2018, une enveloppe de 200 millions FCFA devant servir au paiement du reliquat des salaires gelés à la suite d’une révision à la baisse de la grille salariale finalement contestée par le personnel. Au rang de ces engagements, il y avait également le début de l’apurement de la dette réclamée à l’Etat par l’entreprise postale ; le paiement du solde de tout compte aux employés retraités ; ou encore le paiement de certains droits dus au personnel depuis 2016 (congés, frais de relève, etc.). En rappel, l’endettement de cette entreprise qui réclame elle-même environ 40 milliards FCFA de dette à l’Etat, dépassait déjà la barre de 100 milliards FCFA. Camwater/CDE : voir clair dans les nouvelles attributions de Camwater La refonte introduite dans le secteur de l’eau potable au Cameroun par le décret du 20 février 2018 portant réorganisation de la Camwater est désormais effective. La rétrocession des infrastructures et du personnel de la Cde à la Camwater, qui concerne environ 1400 agents ayant déjà eu lieu. En rappel, les nouvelles attributions de la Camwater incluent les activités de la défunte Cde. Cette-dernière avait en effet la charge de la production, du transport et de la distribution de l’eau potable. La gestion de cette fusion entre Camwater et CDE est une préoccupation pour le FMI, car elle nécessitera  un soutien financier des fonds publics.  

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