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Vie chère /Cameroun: Les organisations syndicales appellent à la grève

Le ton se durcit au Cameroun en ce mois de février. Plusieurs organisations syndi- cales et associations des consommateurs ont appelé à une mobilisation générale à compter du15 février prochain. Ils protestent contre les mesures d’ac- compagnement du gouvernement suite à la hausse des prix des carburants à la pompe. Des mesures jugées molles pour les populations déjà prises en tenailles par les conditions de vie rendues âpres du fait des effets de la crise en Ukraine.

Publiée mardi 14 février 2023 à 11:59:08Modifiée jeudi 2 mai 2024 à 18:49:05Temps de lecture 6 minPar Cedrick JIONGO

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Fait partie du dossier: Décryptages et Analyses

Plus de 2 semaines après qu’il at décidé de relever les coût des carburants à la pompe (+15%,8 sur le super et 25,2% sur le gasoil) le gouvernement camerounais doit désormais gérer des mouvements contestataires consécutifs à sa décision. Plusieurs organisations syndicales appellent en effet les Camerounais à observer un mouvement de grève à compter du 15 février prochain pour protester contre les mesures d’accompagnement jugées molles alors que la décision des pouvoirs publiques a provoqué une hausse généralisée des prix.

Lire aussi : Cameroun : le gouvernement augmente de 15,8% le prix du super et de 25,2% le gasoil

Dans une correspondance adressée le 10 février dernier au président de la République, une trentaine d’organismes de défenses des droits des consommateurs, réunis au sein du COC (Collectif des organisations des consommateurs du Cameroun) dénoncent « une cacophonie générale » consécutive à la décision évoquée supra et qui se manifeste par une hausse anarchique généralisée des prix des biens et services dans la quasi-totalité des secteurs économiques. « Transport urbain et interurbain, produits de grande consommation, matériaux de construction, agroalimentaire... » énumèrent-ils avant de poursuivre : « le coût de la vie devient insoutenable et inacceptable car les consommateurs n’arrivent plus à vivre mais ils survivent et suffoquent à l’agonie. De plus, ils (les consommateurs, ndlr) se sentent abandonnés et sacrifiés par le gouvernement ».

Mesures « insignifiantes »

Pour alléger le poids que devrait occasionner la suppression des subventions dans les dépenses des ménages, le gouvernement camerounais avait annoncé un relèvement du SMIG à 41 875FCFA, venant de 36 270 FCFA, ainsi qu’une hausse de 5% du salaire des agents de la fonction publique. Yaoundé considère également le maintien inchangé des prix du Gaz domestique et du pétrole lampant comme des concessions. Des mesures jugées inoffensives voire « inefficaces » par les mouvements de consommateurs.

Ils sont rejoints dans leur élan par les syndicats de travailleurs qui estiment que le relèvement du Smig ne suffit pas à combler le gap imposé par une hausse des prix à la pompe. Dans un communiqué, La Cameroon Workers Forum (Cawof), organisme regroupant une dizaine de syndicats des travailleurs, dénonce une décision « unilatérale » du gouvernement. Le communiqué du ministre du travail annonçant un consensus à l’issue de la 24è session de la Commission nationale consultative du travail (CNCT) tenue à Yaoundé le 8 février, ne reflèterait pas, selon eux, « la véracité des débats ». Réfutant la hausse suggérée par le gouvernement, ils proposent de s’aligner à celle du Smig à 60 000 FCFA/mois soutenue par deux organisations patronales à savoir le Groupement inter- patronal du Cameroun (Gicam) et Ecam, pour tous les travailleurs régis par le Code du travail. Sur ce point, les mouvements de consommateurs semblent plus offensifs et sollicitent dans leur missive un Smig compris entre 100.000 FCFA et 150. 000 FCFA. Face à la cherté de la vie, ils demandent au gouvernement de prendre des « mesures adéquates » et militent pour la supression du réajustement à la hausse des tarifs d’électricité et la conclusion des enquêtes ouvertes sur les affaires de crimes économiques entre autres.

Lire aussi : Le gouvernement supervise les ventes de carburants pour éviter les spéculations

Mouvements de grève

Yaoundé semblait pourtant avoir fait le plus dur après des concertations avec les transporteurs (qui ont abouti à une hausse de 50FCFA sur le tarif du taxi en milieu urbain) et les travailleurs. Que non. Le gouvernement devra, si rien n’est fait, gérer un mouvement d’humeur. « Ainsi donc, et au vu de la mauvaise foi dont le gouvernement vient de faire preuve à travers le communiqué de ladite rencontre tripartite, curieusement signé par l›actuel ministre du Travail, les confédérations syndicales réitèrent l’appel du Cawof à une mobilisation générale du 15 février au 15 mars 2023 : tout le monde en noir tous les lundis et arrêt systématique du travail tous les lundis dans la fonction publique dans les entreprises privés, tous secteurs confondus » tempêtent les syndicats des travailleurs. De leur côté, les associations de consommateurs appellent la société civile à « s’habiller en noir tous les lundis à compter du 15 février 2023 » et se réservent le droit « d’un appel des consommateurs à la mobilisation générale » au cas où leurs revendications n’obtenaient pas satisfaction.

Transferts en espèce

Le gouvernement n’a-t-il pas été assez ambitieux dans ses mesures d’atténuation ? Conscient du malaise social que cela devrait engendrer, le Fonds Monétaire international avait proposé au gouvernement d’éffectuer des transferts monétaires sur des comptes bancaires spéciaux et en quantité égale pour les ménages, financés par les recettes découlant de l’augmentation des prix.

« La suppression progressive des subventions aux carburants devrait s’accompagner d’un renforcement substantiel du mécanisme de transfert social en espèces », souligne l’institution. Le mécanisme de transfert social en espèces encore appelé projet filets sociaux, consiste à allouer aux populations vulnérables, des sommes liquides afin de leur permettre de faire face aux affres de la conjoncture. Les filets sociaux pour mémoire sont décaissés au bénéfice de 177 000 personnes depuis des années. Et en 2023, le nombre sera porté à 220 000 individus et étendu à 2000 entrepreneurs dont l’âge varie entre 18 et 35 ans. Un élargissement de cette base aurait-il suffit à calmer les ardeurs ? C’est pour le moins ce que suggèrent certains syndicalistes contactés par EcoMatin qui poussent la compensation jusqu’aux repas scolaires, travaux publics, réduction des frais d’utilisation des services d’éducation et de santé, d’un réseau de transport urbain de masse subventionné et de subventions pour la consommation d’eau et d’électricité au-dessous d’un seuil déterminé. 

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