La fonction ne l’a pas changé. S’il est un point sur lequel Yvon Sana Bangui rafle tous les suffrages à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), c’est que son comportement rangé et tout en discrétion n’a varié d’aucun iota depuis un an qu’il a accédé au statut de banquier central. S’il a réduit son escorte par rapport à ce qui se faisait avant, le nouveau gouverneur est soucieux de stabilité, au point de conserver les membres du cabinet laissés par son prédécesseur. A l’exception de sa secrétaire, qui l’épaulait déjà à la direction des systèmes d’information qu’il dirigeait alors et qu’il a introduite dans le saint des saints de l’institut d’émission.
Mieux, l’actuel gouverneur cultive même la proximité là où nombre de ses prédécesseurs érigeaient la distance à l’égard des collaborateurs en étalon. « Aucune formalité pour le rencontrer, puisque la porte de son bureau reste constamment ouverte », se satisfait un cadre de la Beac qui a eu la surprise, un jour, de voir le patron dévalerquelques étages pour s’encadrer à l’entrée de son bureau, « juste pour prendre des nouvelles et avoir des avis sur des dossiers concernant sa direction». Et si du sang bleu ne coule pas dans ses veines, le dirigeant centrafricain fait de la ponctualité une seconde nature. Ainsi met-il un point d’honneur à être présent à son lieu de travail dès 8h, pour n’en repartir qu’après18h.
Rancune tenace
Ce management de proximité s’accompagne d’un certain nombre de garde-fous éthiques. A titre d’illustration, Yvon Sana Bangui a pris sur lui, dès son entrée en fonctions, de mettre son épouse en disponibilité, pour prévenir d’éventuels conflits de népotisme, échaudé sans doute par l’une des patates chaudes qu’il a trouvées, à savoir le controversé concours de recrutement des agents d’encadrement supérieur. Celle-ci occupait alors un poste de secrétaire de direction à la direction des opérations financières (DOF), un démembrement de la direction générale des études, finances et relations internationales de la Beac. S’il essaie d’incarner la sobriété, le personnel y voit une avarice poussée à son paroxysme, et que cacherait la redistribution en faveur du personnel récemment opérée à cause dubénéfice exceptionnel de 355 milliards de F Cfa réalisé pendant l’exercice écoulé. « Il a la dépense en horreur. Il surveille tout et ne laisse tomber aucune miette » nous laisse entendre une de nos source.
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Cependant, une forme de bonhomie peut masquer certaines raideurs. Car, Yvon Sana Bangui est réputé buté. « Difficile de lui faire entendre raison lorsqu’il a une idée arrêtée sur un dossier », reconnait notre interlocuteur. Il sait également avoir la dent dure et la rancune tenace. Le Gabonais Jean-Clary Otoumou en a fait l’amère expérience. Lassé par les affronts de l’ex-directeur général en charge de l’exploitation, lesquels éprouvaient la cohésion du gouvernement de l’institution, le banquier central a obtenu sa tête auprès de Brice Clotaire Oligui Nguéma. Cette éjection s’étant accompagnée en interne d’un énorme coup de balai, tant au siège qu’à la direction nationale, à Libreville, dans le but de démanteler le réseau d’influence du responsable déchu. La manœuvre a eu le don de ramener un peu de sérénité au sein du gouvernement où une contestation sourde faisait déjà son lit. Et pour enfoncer le clou et refroidir d’autres rebuffades, l’un des réputés bras droit de l’un des membres du gouvernement a été envoyé à Bangui sans autres formes de procès, une direction nationale étrangère à son pays d’origine. Depuis lors, le message, semble-t-il, est passé.
Nouvelle ère
L’arrivée d’un nouveau gouverneur marque généralement le début d’une nouvelle ère à la banque centrale. Le mandat du Tchadien Abbas Mahamat Tolli a par exemple coïncidé avec l’emprise des spécialistes de la programmation monétaire sur l’institution. L’avènement d’Yvon Sana Bangui consacre le règne des informaticiens, son métier de base. Depuis un an, les mordus des suites de 0 et de 1 montent en puissance dans l’occupation des positions. Cela a débuté par la désignation d’Attikih Mamaï comme directeur de cabinet. Ce dernier étant remplacé à l’agence de Garoua par Saidou Nassourou. L’invasion des informaticiens hors du périmètre de la direction des systèmes d’information (DSI), où trône Martin Eyavo, touche le cabinet (pôle études, finances et relations internationales) ou le département des la gestion administratives des marchés. Loin d’être un effet de conjoncture, le phénomène est appelé à s’amplifier, parient certains observateurs.
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Au-delà du comportement, la conception d’une banque centrale par le Centrafricain, plus encline à jouer le rôle d’une institution de financement du développement, interroge en interne. S’il a mené à son terme l’un des piliers du projet « Gouvernance - Assistance – Performance » (G-A-P), en introduisant une nouvelle gamme de pièces de monnaie, Yvon Sana Bangui s’en éloigne un peu pour miser désormais sur son projet « Banque agile » comme matrice du nouveau plan stratégique quinquennal de l’institution qu’il dirige, lequel s’appuie sur le développement technologique et l’inclusion financière.
Pour laisser une empreinte de bâtisseur dans l’histoire de la Beac, le Centrafricain est déterminé à construire un autre centre de formation des cadres dans la capitale camerounaise, à proximité de l’actuel Institut national de la cartographie – pour autant que le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières à accède à sa demande d’acquisition du terrain visé -, et élever une seconde tour jouxtant le siège de l’institut d’émission. Pour être sur les traces de Casimir Oyé Mba, l’un de ses illustres devanciers qui érigea l’imposant immeuble du quartier Elig-Essono, à Yaoundé.

