À Douala, la pomme de terre reste un produit de consommation courante, dont le prix varie selon les points de vente et les périodes d’approvisionnement. En ce mois d’octobre 2026, le prix du sac de 80 kg a bondi de 59,09 %, pour atteindre jusqu’à 35 000 FCFA, contre 22 000 FCFA en période d’abondance. Derrière cette hausse se cache la faible disponibilité du produit. « Présentement, ce n’est pas la saison des pommes donc le prix varie entre 33 000 et 35 000 FCFA, pourtant en période d’abondance, le prix du sac de 80 kg varie entre 20 000 et 22 000 FCFA », explique Marie-Hélène, vendeuse de pommes de terre.
Cette hausse se répercute sur les prix de détail. Le seau de 15 litres, qui se vendait autour de 2 300 FCFA en juillet, coûte désormais entre 4 500 et 6 000 FCFA dans les marchés de Douala, et jusqu’à 7 000 FCFA à Bafoussam. Du côté des ménages, la hausse réduit les quantités accessibles avec un budget identique. « Les pommes de terre achetées à 1 500 FCFA actuellement ne suffisent plus à préparer un repas de deux jours pour une famille de trois personnes. Sur quoi allons-nous nous tourner ? », s’interroge Rosette Tchewa, ménagère.
Côté approvisionnement, les grossistes de Douala subissent également la hausse. Ils achètent les sacs déjà remplis auprès des producteurs et des fournisseurs des bassins agricoles de l’Ouest, avant de les acheminer vers les marchés de la capitale économique. « Nous achetons le sac entre 28 000 et 30 000 FCFA à l’Ouest, selon les calibres. Un prix déjà plus élevé qu’en juin et, en plus, le coût du transport s’ajoute », précise Bonaventure, grossiste au marché Sandaga. La réduction de la quantité contenue dans les sacs ne relève donc pas d’une décision des grossistes de Douala, qui commercialisent les sacs tels qu’ils leur sont livrés. « Le prix du sac a augmenté pendant que la quantité a diminué. On passe du sac de 100 kg à 80 kg », déplore Elisabeth, vendeuse au marché des pommes de terre de Douala.
Cette flambée n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans le calendrier agricole du pays. La production de pommes de terre se concentre principalement dans les régions de l’Ouest, du Nord-Ouest et de l’Adamaoua. Le cycle principal prévoit des plantations entre février et mars, suivies de récoltes de mai à juillet. Une seconde campagne, la petite saison, se déroule entre août et septembre, pour des récoltes attendues en décembre. Entre les deux récoltes, la diminution des disponibilités contribue à la hausse des prix.
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Au-delà de la production saisonnière, le marché camerounais reste confronté à un déficit structurel de l’offre. La production nationale oscille généralement entre 320 000 et 540 000 tonnes par an, dont environ 80 % proviennent des régions de l’Ouest et du Nord-Ouest. Ces volumes restent insuffisants face à une demande estimée à plus d’un million de tonnes en 2025, selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Cet écart entre l’offre locale et les besoins nationaux alimente la hausse des prix lors des variations saisonnières de la production. Dans ce contexte, Bonaventure anticipe une poursuite de la hausse à court terme : « Les stocks sont en train de s’écouler donc les prix continueront d’augmenter malgré la culture de contre-saison, avant de connaître une chute en juin prochain avec la nouvelle saison. Peut-être que le mois prochain, nous allons vendre le sac de pommes à 40 000, voire 45 000 FCFA. »
À noter que le rapport du Comité national économique et financier (CNEF) indique que les prix des produits alimentaires ont progressé de 41,8 % entre 2022 et 2025 au Cameroun. Le secteur des légumes, dont la pomme de terre, représente 12,5 % de l’inflation des prix. Rappelons que le gouvernement a présenté en août 2025 un Projet de développement durable des chaînes de valeur pomme de terre et patate douce (P2DCV2P), qui prévoit de faire passer les rendements de 12 à 20 tonnes par hectare et d’aménager 19 710 hectares supplémentaires, en plus des 16 088 hectares déjà cultivés, d’ici 2030. À l’époque, son financement restait à mobiliser.
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