À l’ouverture de la sixième édition de l’Africa Financial Summit (AFIS) le 3 novembre 2026 à Luanda, en Angola, le président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a choisi de commencer « non pas avec un chiffre, mais avec une personne » : une jeune entrepreneuse qui ouvre son atelier avant le lever du soleil, avec une commande en main et un plan en tête. Il lui manque un prêt à un coût supportable. « Son nom change selon le pays. Son histoire, elle, ne change pas », a-t-il résumé.
4 000 milliards d’épargne, 400 milliards de déficit
Le patron de la BAD a d’abord dressé un constat contrasté. Les institutions financières africaines sont « plus solides, plus sophistiquées et de plus en plus rentables » : leurs revenus ont dépassé 100 milliards de dollars en 2024, avec un rendement des capitaux propres d’environ 19 %. Mais, a-t-il aussitôt interrogé, que produit cette force financière pour l’Afrique ?
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Pour Sidi Ould Tah, la réponse se lit dans un paradoxe des chiffres. Le continent fait face à un déficit structurel de financement du développement de plus de 400 milliards de dollars par an. Dans le même temps, il dispose d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne nationale de long terme. « Le problème se situe entre les deux », a-t-il martelé, évoquant un jeune diplômé avec une idée d’un côté et un fonds de pension avec des décennies de capital patient de l’autre, qui « vivent dans la même ville » sans s’être jamais rencontrés. Selon lui, le défi africain n’est donc pas qu’un manque d’argent. Il s’agit d’un « déficit d’architecture » : des banques qui ne prêtent pas sans garantie, des garanties qui n’arrivent jamais, des marchés nationaux trop petits et fragmentés.
NAFAD, un pont plutôt qu’une nouvelle institution
Pour y répondre, la BAD met en avant la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD). Le président a pris soin d’en préciser la nature : ce n’est « pas une autre institution », ni « une autre déclaration », et ce ne peut pas être un simple programme de la Banque. Il invite à y voir « un pont » entre les économies africaines et le jeune Africain qui en a besoin.
L’enjeu est de mettre davantage de capital africain au service du continent, via les fonds de pension, les assureurs, les fonds souverains et les gestionnaires d’actifs. Sidi Ould Tah assure toutefois qu’il ne s’agit pas de leur demander de « suspendre » leur discipline d’investissement au nom du développement. Il appelle plutôt à créer des filières de projets et des véhicules d’investissement où risque et rendement sont correctement répartis.
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Le volet « risque » passe notamment par l’ATIDI, l’assureur panafricain. La BAD s’est engagée à lui apporter 125 millions de dollars de capital supplémentaire, ce qui porte sa participation de 3 % à 14 %. L’ambition est d’en faire le noyau d’une future plateforme panafricaine de garanties. Le principe de multiplication du capital repose sur l’idée qu’avec des garanties et d’autres instruments, un dollar de capital catalytique peut aider à mobiliser jusqu’à dix dollars d’investissement total. Il marque, a-t-il expliqué, la différence entre le banquier qui dit « Revenez quand vous aurez des garanties » et celui qui propose : « Trouvons une solution ensemble ».
Fragmentation des marchés : chacun doit jouer sa partie
Sidi Ould Tah a ensuite insisté sur la fragmentation. L’Afrique, d’après lui, ne peut pas financer sa transformation à travers des marchés nationaux déconnectés : il faut des marchés de capitaux plus profonds et des liens plus solides entre institutions nationales et régionales.
Pur inverser la tendance, il a fait plusieurs suggestions. Aux gouvernements, il faut renforcer le cadre favorable et des pipelines de projets. Aux régulateurs, l’ouverture aux investissements de long terme et aux flux transfrontaliers. Aux banques et institutions de développement, l’utilisation de leur bilan pour orienter plus de capitaux vers l’économie productive. La BAD, elle, mettra à contribution « sa position de rassembleur », son bilan, ses instruments et ses partenariats. Mais le succès de la NAFAD, a-t-il prévenu, ne dépendra pas d’une seule institution : il viendra « lorsque l’écosystème financier africain commencera à l’utiliser ».
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Le président de la BAD a conclu par un défi lancé aux participants : ne pas quitter Luanda avec « seulement un soutien », mais avec un projet prêt à être structuré, une garantie, un véhicule d’investissement ou une réforme réglementaire. Sa mesure du succès tient en une image : une jeune femme décroche son téléphone et entend « Oui. Votre prêt est approuvé». Elle ne saura rien de la NAFAD ni de l’ATIDI, seulement que, pour une fois, quelqu’un a cru en elle.









