Le président de la République du Cameroun, Paul Biya, en sa qualité de président dédié à la rationalisation des communautés économiques régionales (CER) désigné par l’Union africaine pour l’Afrique centrale, a convoqué pour le 18 juillet prochain à Yaoundé, un sommet conjoint Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) - Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC). Cette rencontre s’annonce déterminante dans le processus de fusion des deux espaces, si l’on en croit le comité de pilotage de la rationalisation, « tant ledit sommet conjoint vise à sortir des fonds baptismaux une nouvelle Communauté économique régionale en Afrique centrale », souligne-t-il dans la note conceptuelle de l’événement, consultée par EcoMatin.
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Les résultats attendus à l’issu des travaux de cette rencontre au sommet sont nombreux : la dénomination de la nouvelle communauté économique régionale, la répartition des sièges de ses organes, institutions et agences d'exécution, l'adoption des textes juridiques qui la régissent, notamment le traité constitutif, la convention régissant le Parlement communautaire. Et aussi : la convention régissant la Cour de justice et des droits de l'Homme, la convention régissant la Cour des comptes communautaire, le protocole régissant la Haute autorité monétaire et bancaire de l'Afrique centrale, le protocole régissant la Haute autorité des marchés publics et le cadre organique et le projet de décision y afférent. Les chefs d’Etat et de gouvernement adopteront également le plan de transition de passage de la CEEAC et de la CEMAC vers la nouvelle CER et le projet de décision y afférent, de même que les principes d'autonomisation et de reversement des écoles de formation communautaires.
Sommet de la refondation
Concrètement, cette autonomisation se fera à travers la création d'une grande école communautaire de formation regroupant l'Institut sous-régional de statistique et d'économie appliquée (ISSEA) basée au Cameroun, l'Ecole régionale de formation aux métiers de la navigation intérieure (ERFMNI) qui se trouve République démocratique du Congo, l'Institut sous-régional multisectoriel de technologie appliquée (ISTA) qu’abrite le Gabon, et le Centre inter-Etats d'enseignement supérieur en santé publique d'Afrique centrale (CIESPAC) basée au Congo. Ce sommet devrait enfin, entériner le reversement des écoles de formation ci-après dans les pays abritant leurs sièges : l'Ecole inter-Etats des douanes (EIED) basée en République Centrafricaine, l'Institut de l’économie et des finances pôle régional (IEF-PR) basée au Gabon et l'Ecole de l'hôtellerie et du tourisme (EHT) à construire au Cameroun.
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Après 14 années de tergiversations, donner corps à ce projet le 18 juillet à Yaoundé serait une victoire diplomatique inédite pour le président camerounais et ses pairs, dans un contexte mondial marqué par des guerres commerciales entre grandes puissances et l’exacerbation des tensions géopolitiques qui déstructurent les circuits d’approvisionnements et créent une inflation record qui menace la stabilité des pays de la sous-région, dépendants à près de 70% des importations. Selon Afreximbank, les échanges intra-africains n’atteignent guère 10%, ce qui traduit une faible exploitation du potentiel commercial du continent estimé à 2,3 milliards de dollars. Au niveau sous-régional, ces échanges sont de moins de 5%. Le rendez-vous de Yaoundé s’annonce donc comme un sommet de la refondation pour l’intégration en Afrique centrale. A condition que les résolutions qui en sortiront soient adossées sur une volonté politique capable d’enrayer les faiblesses structurelles des économies et favoriser l’ouverture de corridors logistiques.
Atomisation du marché
Pour mémoire, la fusion des deux CER est évoquée pour la première fois lors du 13e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC, le 30 octobre 2007, à Brazzaville (Congo). Les présidents en exercice de la CEMAC et de la CEEAC furent invités à l’issu de cette rencontre par leurs pairs à mettre en place un comité conjoint pour mûrir l’idée, conformément au Traité d'Abuja (1991) et à l’Acte Constitutif de l’Union africaine (2002), qui promeuvent une dynamique de convergence, d'harmonisation et d'unification progressive des schémas régionaux d'intégration. Et en octobre 2009, à Kinshasa (République démocratique du Congo), le projet de rationalisation fut présenté et adopté. Le constat est implacable : en Afrique centrale, le processus d'intégration régionale est marqué par la coexistence de deux communautés économiques régionales (Burundi, RDC et Rwanda non compris, qui forment la Communauté économique des pays des Grands Lacs). Elles ont chacune des programmes, politiques et instruments d'intégration. Cette situation induit des effets pervers tels la juxtaposition et la duplication des programmes, l'atomisation du marché régional et une inflation institutionnelle. Une évaluation objective de cette situation permet de constater l'inefficacité de ce système d'intégration à générer des solutions pouvant contribuer durablement au développement de la région.
Il s’agit donc de mettre en place une seule CER devant remplacer la CEMAC et la CEEAC. Et cela passe par l’arrimage du processus d’intégration aux objectifs de l’Union africaine et l’endiguement du faible niveau des échanges entre pays de l’Afrique centrale. En août 2022, le ministère de l'Economie du Cameroun notait que des avancées notables avaient été enregistrées dans la mise en place du futur espace communautaire unifié, notamment, l’unification des zones de libre-échange de la CEEAC et de la CEMAC, l’élaboration d’un Code des douanes, d’un tarif extérieur commun et d’une politique commerciale commune, l’adoption de douze domaines prioritaires de rationalisation (commerce, santé, libre-circulation des personnes et des biens, mécanisme de financement de l’intégration, sécurité, règles budgétaires et monétaires, etc.). Ce satisfecit sera étayé le 7 juin 2024 par le comité de pilotage de la rationalisation des communautés économiques régionales en Afrique centrale, qui fait savoir lors d’une réunion à Yaoundé que le processus de fusion était réalisé à la date indiquée à 55,31%.

