Sous réserve de l'aval de la Présidence de la République et de l'approbation formelle du FMI, le Cameroun est sur le point de conclure un troisième Programme Économique et Financier (PEF) avec l'institution de Bretton Woods. Cette perspective a été clairement énoncée par le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, à Washington, en marge des récentes Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale tenues du 13 au 18 octobre dernier. Le Minfi avance trois raisons majeures qui militent en faveur d'un troisième PEF.
La première raison est la consolidation et la pérennisation des acquis de la collaboration avec le FMI. Le ministre Louis Paul Motaze met l'accent sur le défi de l'«internalisation des réformes ». Il déplore de ce fait, la tendance à abandonner les changements une fois que les exigences du FMI sont satisfaites : « on a l’impression qu’on les a faites parce qu’on a demandé, et puis, quand c’est déjà fait, on oublie ». Pour contrer cela, il importe d'assurer leur intégration permanente, notamment dans la gestion et l'évaluation des entreprises publiques, ainsi que dans la systématisation des concertations entre les secteurs public et privé.
2 600 milliards de FCFA déjà mobilisés
En outre, pour Louis Paul Motaze, les deux précédents programmes ont permis au Cameroun de mobiliser plus de 2 600 milliards de FCFA en appuis budgétaires auprès ses partenaires multilatéraux et bilatéraux notamment le FMI, la Banque mondiale, la BAD et la France. Or, l'absence d'un nouveau programme créerait donc un « trou dans le budget » dont le financement devrait être trouvé ailleurs. Un autre argument avancé par le membre du gouvernement est le rôle pivot du Cameroun au sein de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad et RCA). En effet, le pays jouit d'une position dominante en termes de Produit Intérieur Brut (PIB) et de réserves de change.
Cette place prépondérante du Cameroun a été reconnue par le secrétaire général du Minfi Gilbert Didier Edoa qui a révélé au cours de la troisième édition de la « Finance Week » le 17 juin 2025 à Yaoundé que le pays contribue à lui seul de 40 à 58% des réserves de change de la zone. De ce point de vue, « si le Cameroun n’est pas sous-programme (avec le FMI) à quoi servirait le programme de la CEMAC ? C’est aussi une préoccupation majeure », s’interroge Louis Paul Motaze.
Une réorientation des appuis budgétaires
Si le principe d'un nouveau programme FMI sonne presque comme un acquis, le Cameroun en négocie l'orientation. Selon le ministre des Finances, le futur Programme Économique et Financier doit intégrer les doléances sociales et politiques exprimées par les populations, notamment lors de la récente campagne électorale. L'accent doit être mis sur la nécessité d'accroître les investissements publics. Le ministre illustre ce besoin par un arbitrage budgétaire : si Yaoundé a réussi à réduire drastiquement son déficit budgétaire, le faisant passer à environ -7% du PIB au début du premier programme en 2017 à seulement -1,5% aujourd'hui, cette rigueur pourrait brider les ambitions de croissance. « Est-ce que ça permet d’investir davantage ? ». Il appelle donc à une « inflexion sur un certain nombre de choses » dans le prochain accord, pour permettre au Cameroun de s’attaquer « de manière beaucoup plus frontale » aux problèmes qui ont été posés par les populations.
Pour mémoire, le Cameroun a mené jusqu’ici, deux Programmes Économiques et Financiers (PEF) consécutifs : le premier (2017-2020), adossé à la Facilité élargie de crédit (FEC) et du mécanisme élargi de crédit (MEDC), fut prorogé jusqu'en septembre 2020 en raison de la COVID-19. Le second, signé en juillet 2021 pour 837,1 millions de dollars (environ 500 milliards FCFA) a été complété en janvier 2024 par une Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) de 183,4 millions de dollars. Le gouvernement revendique la réalisation de la quasi-totalité des 41 repères structurels en conformité avec la SND30. Cependant, le FMI insiste sur la poursuite des efforts, notamment la restructuration de la SONARA, l'achèvement des projets d'infrastructure et le renforcement du secteur financier (stratégies d'inclusion et de développement).
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