Les avoirs extérieurs nets (AEN) de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) se sont établis à 4,43 milliards d’euros (2 905,8 milliards de Fcfa) à fin juin 2024, en baisse de 40 millions d’euros (-0,89%) par rapport à juin 2023. Ce chiffre, en deçà de l’objectif régional fixé à 4,5 milliards d’euros, a été révélé par les services du Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre des échanges annuels des politiques communes des pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Il traduit un ralentissement dans l’accumulation des réserves de change et une fragilité persistante de la position extérieure de la sous-région.
Ainsi, l’institution financière internationale attribue cette non-atteinte des objectifs à la chute des prix du pétrole, principale source de devises pour les économies de la Cemac et aux dérapages budgétaires. Par ailleurs, les entreprises du secteur extractif qui opèrent dans la sous-région (Cameroun, Gabon, Tchad, Guinée Équatoriale, RCA, Congo) ont rapatrié l'équivalent en devises de 1 684,1 milliards Fcfa dans la Cemac au 1er semestre 2024. Ce montant, qui représente une part de leurs recettes d'exportations, connaît cependant une baisse de 54,3% par rapport aux rétrocessions réalisées à la même période l'année précédente.
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Cette tendance s’est accentuée en raison de la persistance des dérogations accordées aux entreprises minières et pétrolières sur le rapatriement de leurs recettes d’exportation. Alors que le nouveau règlement sur le change, entré en vigueur en 2019, vise notamment à renforcer la contribution des opérateurs pétroliers et miniers aux réserves de la région. Toutefois, son application à ces derniers n’a débuté que le 1er janvier 2022, après une période de grâce de deux ans durant laquelle les acteurs du secteur extractif ont négocié des assouplissements avec la Beac. A ce jour, ils ne rétrocèdent que 35 % de leurs avoirs extérieurs.
Le FMI inquiet
Au regard de la situation, le FMI exprime ses inquiétudes quant à la trajectoire des avoirs extérieurs nets sur toute l’année 2024. Les données préliminaires indiquent que les objectifs fixés pour décembre risquent également de ne pas être atteints. En comparaison, à fin décembre 2023, les AEN de la Beac s’élevaient à environ 3 238 milliards Fcfa, après une progression modérée de 1,7% sur l’année. Dans ce contexte, la Beac est appelée à continuer de jouer un rôle central dans la préservation de la stabilité monétaire et financière de la sous-région. Cette mission est accomplie lorsque, sur le plan interne, le taux d'inflation moyen annuel reste inférieur ou égal à 3%, et qu’à l’externe, les avoirs extérieurs bruts couvrent environ 60% des engagements à vue de la Beac, soit l’équivalent d'au moins trois mois d'importations de biens et services ainsi que du service de la dette extérieure, afin de préserver l’ancrage du franc CFA à l’euro et de rassurer les partenaires économiques et financiers.
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Conscient de ces défis, le gouverneur de la banque centrale, Yvon Sana Bangui, a récemment tiré la sonnette d’alarme sur la fragilisation des réserves de change, notamment à cause des importations massives de carburants par les pays de la Cemac. Il a insisté sur la nécessité de relancer la production locale des produits raffinés pour limiter la dépendance aux importations, citant en exemple la raffinerie du Tchad et la Sonara au Cameroun, dont la réhabilitation demeure une priorité pour préserver les AEN.
Pour répondre à ces défis, la BEAC devra renforcer l’application stricte du règlement sur le rapatriement des devises, qui impose aux entreprises extractives de rétrocéder progressivement jusqu’à 75% de leurs recettes d’exportation. L’institution monétaire pourrait également accentuer ses pressions pour limiter les dépenses non prioritaires des États membres et encourager des réformes structurelles visant à diversifier les sources de devises de la région.

