Pour conduire sa nouvelle offensive en Afrique centrale, Afriland First Bank n’est pas allé chercher bien loin. Selon les informations d’EcoMatin, la banque camerounaise a choisi Youssoufa Bouba pour prendre les commandes de sa succursale au Tchad, Francisque Fouodji pour celle du Congo et Mouaha Yekel pour le Gabon. En Centrafrique, Zavier Ngueutheu a déjà été installé. Ce casting maison marque le passage à la phase opérationnelle de la nouvelle stratégie régionale de la plus grande banque du Cameroun qui veut s’appuyer sur l’agrément bancaire unique pour conquérir le marché de la CEMAC.
Le numéro deux envoyé à N’Djamena
Entré dans la banque en 2001, Youssoufa Bouba y a gravi les échelons jusqu’au poste de directeur général adjoint d’Afriland First Bank Cameroun, qu’il occupe depuis février 2019. Il y a travaillé successivement sous Alphonse Nafack puis Célestin Guela Simo, avec un parcours largement construit autour des métiers du risque et du financement. Le terrain tchadien n’est d’ailleurs pas totalement inconnu pour le natif de Garoua. C’est lui qui, le 28 août dernier à N’Djamena, avait présenté au ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, le projet d’implantation d’Afriland dans le pays. Il devra désormais le mettre en musique sur un marché encore faiblement bancarisé, mais où sont déjà présents Ecobank, Commercial Bank, Orabank, UBA, BSIC et Banque commerciale du CharSon départ ouvre, en parallèle, un nouveau chantier à Yaoundé.
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Fin 2025, Afriland avait renforcé sa direction générale en promouvant Dieudonné Hervé Ayissi, jusque-là directeur de la banque de détail, comme deuxième DGA aux côtés de Youssoufa Bouba. La banque n’a pas encore précisé comment les responsabilités seront redistribuées après le départ de ce dernier. À Brazzaville, Afriland a jeté son dévolu sur un autre profil maison. Francisque Fouodji quittera la direction des risques d’Afriland First Group, qu’il exerçait depuis Neuchâtel (en Suisse), pour prendre les commandes de la succursale congolaise.
Un retour à l’opérationnel pour ce cadre passé par le business development, où il travaillait déjà sur les études de faisabilité de nouvelles implantations bancaires, avant de devenir Chief Risk Officer d’Afriland Cameroun puis du groupe. Il devra désormais faire une place à Afriland sur un marché qui comptera dix banques avec son arrivée et où BGFIBank, renforcée par la reprise de l’ancienne filiale de Société Générale, occupe une position de premier plan.
Un banquier corporate pour Libreville
Le profil de Mouaha Yekel, annoncé au Gabon, est davantage tourné vers les grandes entreprises et les marchés financiers. Après un premier passage chez Afriland, il a poursuivi sa carrière chez UBA, notamment dans les marchés financiers, les syndications et la banque des grandes entreprises, avant de revenir au sein du groupe. Depuis avril 2024, il dirige Afriland Bourse & Investissement, la société de Bourse du groupe en CEMAC. Son passage à sa tête aura notamment été marqué par l’opération RENAPROV Finance, dont Afriland Bourse était arrangeur principal. La microfinance ambitionnait de lever 8,4 milliards FCFA par appel public à l’épargne avant son introduction à la BVMAC. Mais l’opération n’a permis de mobiliser qu’environ 1 milliard FCFA, et la Bourse a ensuite refusé l’admission de RENAPROV en raison notamment d’irrégularités dans le montage du dossier. Les discussions se poursuivent actuellement entre les différentes parties.
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À Libreville, Mouaha Yekel trouvera surtout l’un des marchés bancaires les plus disputés de la CEMAC. Afriland devra s’y faire une place face à des acteurs déjà solidement implantés, au premier rang desquels BGFIBank Gabon, mais aussi UGB, filiale d’Attijariwafa bank, ou encore Coris Bank International qui a récemment obtenu son agrément. Pour le nouveau patron, le défi sera donc de trouver rapidement une place sur un marché où les grandes entreprises, les institutionnels et l’État sont déjà courtisés par plusieurs groupes panafricains.
En Centrafrique, Zavier Ngueutheu a déjà pris les commandes de la succursale après une quinzaine d’années passées dans le groupe. C'est dans ce contexte qu'Afriland a également entrepris de renforcer ses fonds propres. Les actionnaires avaient été appelés à se prononcer en avril sur une nouvelle augmentation de capital, après celle ayant porté le capital de 20 à 50 milliards de FCFA en 2021. Texte collé Selon les éléments communiqués à EcoMatin, celui-ci atteint désormais 110 milliards de FCFA.
Lomé, tête de pont vers l’Afrique de l’Ouest
Cette offensive régionale s’appuie d’abord sur la puissance acquise par Afriland sur son marché domestique. Au 31 octobre 2025, la banque affichait près de 2 500 milliards de FCFA de bilan, 1 840 milliards de dépôts et 1 627 milliards de crédits, avec le réseau bancaire le plus dense du Cameroun. Ce nouveau déploiement marque surtout le retour à l’offensive d’un groupe qui avait, ces dernières années, revu ses positions sur plusieurs marchés africains. En 2021, Afriland First Group avait perdu CCEI Bank Guinée équatoriale, alors sa dernière filiale bancaire encore active dans la CEMAC hors Cameroun. Le groupe s’est ensuite retiré d’Ouganda, tandis que ses participations dans Afriland First Bank CD sont passées sous le contrôle des autorités congolaises.
Parallèlement à l’offensive de son groupe en zone CEMAC, Paul Kammogne Fokam met en place depuis Lomé une architecture destinée à piloter le développement du groupe en Afrique de l’Ouest. C’est le rôle dévolu à Afriland First Holding (AFH), structure régionale dont le projet avait été dévoilé en novembre 2024 lors d’une rencontre avec le président togolais Faure Gnassingbé. Cette année, AFH a créé Africa Diamond Invest, une société de gestion et d’intermédiation dotée d’un capital d’un milliard de FCFA et positionnée notamment sur le conseil financier, les levées de fonds, la mobilisation de l’épargne de la diaspora et la finance islamique.
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La structure a été confiée à Victorin Dagba, jusque-là directeur juridique et du recouvrement d’Afriland First Bank Guinée, tandis que le conseil d’administration d’AFH est présidé par Guy Laurent Fondjo, directeur général de cette même banque. L’Afrique de l’Ouest n’est toutefois pas une terre entièrement nouvelle pour Afriland. Le groupe est déjà présent en Guinée et surtout en Côte d’Ivoire, où sa filiale bancaire a fortement accéléré en 2025. Son bilan a progressé de 28,5 %, à 289,97 milliards de FCFA, tandis que les dépôts ont bondi de 36,8 %, à 211,89 milliards, et les crédits de 21,8 %, à 133,46 milliards.













