L’un des effets de l’audience que le président du Comité pour la transition et la restauration des institutions (Ctri), Brice Clotaire Oligui Nguema, a accordée le 15 décembre au gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), Yvon Sana Bangui, s’est matérialisé un mois plus tard. Jusque-là directeur général de l’exploitation à la banque centrale régionale, le Gabonais Jean-Clary Otoumou a été nommé secrétaire général de la vice-primature, ministère de la Planification et de la Prospective de son pays.
Ce dernier subit ainsi une sanction qui ne dit pas son nom. « En général, les membres du gouvernement de la Beac quittent leurs postes pour intégrer le gouvernement de leur pays d’origine. Dans le cas d’espèce, il s’agit plutôt d’une nomination administrative et pas politique », commente un analyste. Que Yvon Sana Bangui ait décidé de porter les griefs qu’il nourrissait à l’égard de son collaborateur au chef de l’Etat gabonais en dit long sur la détérioration du climat au sein du gouvernement de la Beac. « Le contexte évoqué par Abbas Mahamat Tolli lors de son départ de la Beac n'a pas trop évolué », constate amèrement un connaisseur de l’institution.
Réquisitoire
En effet, le prédécesseur d’Yvon Sana Bangui n’avait pas manqué, lors de la présentation de son bilan, pendant le sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Cemac du 9 février 2024, de dresser un réquisitoire contre les pratiques en cours au sommet de la banque centrale. « Au moment de quitter mes fonctions, je constate que notre Institut d’Émission communautaire fait face à de nombreux problèmes, tels qu’un manque de respect hiérarchique, des dépassements de compétences, de l'insubordination et des violations répétées des règles en vigueur, perpétrés par des responsables de haut niveau », déplorait alors le Tchadien.
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Le concours d’admission des agents d’encadrement supérieur, qui a fait couler tant d’encre et de salive sous Abbas Tolli, participe des récriminations que Yvon Sana Bangui nourrissait à l’endroit de Jean-Clary Otoumou. Les deux hommes n’étaient manifestement pas sur la même longueur d’onde quant à la gestion de ce dossier. Le premier envisageait de trouver une solution susceptible de satisfaire à la fois le comité ministériel qui a gelé le processus et les admis qui, sûrs de leur droit, entendaient donner une suite judiciaire pour faire prévaloir leurs droits. Le second quant à lui était un partisan acharné du statu quo.
En outre, Jean-Clary Otoumou faisait partie de ceux qui militaient ouvertement pour une égalisation des traitements des membres du gouvernement de la Beac, en les alignant sur celui du gouverneur. Un sujet hautement radioactif, pour lequel il était appuyé par l’ex-ministre gabonais de l’Economie et des Participations, Mays Mouissi, en tant que président du conseil d’administration de l’institution, et son conseiller financier, Linis Francis Lendjoungou, officiant comme administrateur de la banque centrale.
Réforme impérative
Ces derniers viennent de payer le rachat anticipé – à hauteur de 180 milliards de F Cfa - de la moitié de l’eurobond du Gabon de 2015, fait en monnaie locale pour une obligation internationale libellée en devises, avec ses conséquences sur le niveau des réserves de change. Mays Mouissi a été rétrogradé au ministère de l’Environnement, tandis que Linis Francis Lendjoungou, principal architecte de cette opération, a été remplacé comme conseiller financier du ministre le 19 décembre par Stéphane Mbadinga Ditengou, ex-patron du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS). Les autorités librevilloises vont devoir désigner un nouvel administrateur de la Beac pour le compte du Gabon que Lendjoungou a libéré, en ayant à l’esprit qu’il soit Sana Bangui compatible.
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Au-delà de la frappe chirurgicale que Brice Clotaire Oligui Nguema vient d’effectuer au profit de la Beac, la réforme de sa gouvernance au sommet devient un impératif. Abbas Mahamat Tolli en avait esquissé les contours. « Je suggère humblement que mon successeur dispose de tous les outils nécessaires pour diriger cette institution de manière sereine. Je souhaite mettre l'accent sur deux points essentiels : permettre au nouveau gouverneur de diriger le conseil d’administration, comme le font toutes les banques centrales, et éviter que ses pouvoirs ne soient dilués dans une notion vague de collégialité qui est la source de tous les problèmes au sein de la Beac », précisait le responsable tchadien en guise de testament. Une invitation aux chefs de l’Etat à prendre leurs responsabilités face à un problème d’une brulante actualité.

