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CEMAC : les engagements de Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC

En première ligne du combat pour la persévération de la stabilité du secteur financier et le renforcement de la position extérieure de la CEMAC, tel que prescrit par les Chefs d’États lors du récent sommet de Yaoundé, le gouverneur de la BEAC se dit prêt à relever le défi sans dévoiler sa méthode. Un premier gros test pour le Centrafricain depuis qu’il est aux commandes de la Banque centrale.

Publiée samedi 21 décembre 2024 à 15:20:36Modifiée samedi 21 décembre 2024 à 15:50:03Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

Le gouverneur de la Beac Yvon Sana Bangui
Le gouverneur de la BEAC Yvon Sana Bangui (c)DR

À l’issue du sommet extraordinaire des chefs d’État qui s’est tenu le lundi 16 décembre 2024 à Yaoundé, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a exprimé son engagement à travailler étroitement avec les États, les institutions communautaires et les partenaires au développement pour préserver la stabilité du secteur financier et renforcer la position extérieure de la CEMAC. Dans un communiqué, Yvon Sana Bangui, le gouverneur de la BEAC a précisé que son institution accordera une attention particulière « au renforcement de l'indépendance et des capacités de la Banque Centrale, à la gestion de l'exposition des banques au risque souverain et à l'application de la réglementation des changes dans les secteurs pétroliers et miniers en vue du rapatriement effectif des fonds de restauration des sites (fonds RES) et de la domiciliation des comptes des entreprises extractives dans la sous-région ».

Indépendance piétinée

Du recrutement des agents d’encadrement supérieur de la BEAC, à la non-prorogation du mandat d’Eugène Blaise Nsom alors directeur de la BEAC nationale au Cameroun en passant par la suspension de certains cadres au Congo, la gestion interne de la BEAC a, ces dernières années, fait l’objet d’immersion par les États eux même violant le sacro-saint principe de l’indépendance conféré à une banque centrale. En février dernier, au moment de passer le tablier, l’ancien gouverneur Abbas Mahamat Tolli exposait au grand jour, les difficultés qui minent en interne le fonctionnement de l’institution à savoir « le manque de respect hiérarchique, des dépassements de compétences, de l'insubordination et des violations répétées des règles en vigueur, perpétrés par des responsables de haut niveau». Ces derniers se disant couverts par leurs pays respectifs car ayant été choisis par ceux-ci.

Lire aussi : BEAC : Les propositions d’Abbas Mahamat Tolli pour renforcer les pouvoirs du nouveau gouverneur

Pour tordre le cou à cette pratique, Abbas Tolli suggérait aux chefs d’États de la CEMAC de faire en sorte que son successeur « dispose de tous les outils nécessaires pour diriger cette institution de manière sereine. Je souhaite mettre l'accent sur deux points essentiels : permettre au nouveau gouverneur de diriger le Conseil d’administration, comme le font toutes les banques centrales ». Les dirigeants ont-ils entendu ce cri d’alerte et vont-ils renforcer les pouvoirs d’Yvon Sana Bangui ? Pour le moment, rien n’est sûr. Mais une chose est certaine, renforcer l’indépendance de la Banque centrale sera nécessaire pour atteindre les objectifs que la CEMAC s’est fixés au plan économique.

Réduire l’exposition des banques au risque souverain

C’est un sujet qui revient en permanence lors des rencontres de haut niveau dans la CEMAC, sans jamais avoir été traité durablement. Pourtant, la corrélation banque-État a pris des proportions inquiétantes et menace désormais l’équilibre de l’ensemble du système financier régional. En effet, le portefeuille de la dette publique (les prêts et titres) dans le total actifs des banques locales est passé de 10% à fin 2015 à 31% à fin 2023. Une exposition « excessive » qualifie le FMI, qui précise que certaines banques dépasseraient même la barre de 50%. D’après la Banque européenne d’investissement (BEI), la CEMAC est tout simplement la région où ce ratio a le plus vite évolué sur la période indiquée sur le continent. En clair, dans aucune partie de l’Afrique, les États ne se sont autant endettés auprès des banques locales en un temps si court.

Lire aussi : Cemac : pourquoi les taux de pondération de la Cobac vont durcir les conditions d’emprunt pour les États

Il faut dire que le lien banque-États s’est surtout renforcé avec le marché des titres publics lancé en 2011. L'encours des dettes émises sur ce marché, prioritairement réservé aux États, est passé de 1 011 milliards en 2018 à plus de 7 000 milliards à fin octobre 2024. Outre le risque systémique que cela représente pour les établissements bancaires, cette course à l’endettement a pratiquement évincé le secteur privé sur le marché du crédit, ralentissant la croissance de la productivité. Le défi est donc de taille pour Yvon Sana Bangui qui a déjà amorcé le combat en retirant la pondération nulle accordée jusqu’ici aux États. Un maintien ferme de cette décision réduirait les interventions des États et les contraindrait à améliorer leur politique d’endettement et budgétaire.

Le sempiternel débat sur le rapatriement des devises

Concernant l’équilibre extérieur et comme l’a précisé le gouverneur dans son communiqué, l’un des défis majeurs sera d’amener les opérateurs pétroliers et miniers qui sont actifs dans la CEMAC à rapatrier et domicilier dans la sous-région les fonds dédiés à la réhabilitation des sites miniers. Les chefs d’États lui ont fixé jusqu’à fin avril 2025 pour signer avec ces derniers les conventions de comptes séquestres devant abriter ces fonds qui selon une étude peuvent atteindre rapporter à la CEMAC jusqu’à 6 000 milliards de FCFA en devises. L’enjeu en vaut la chandelle au vu des perspectives des cours des matières premières et du commerce international qui s'annoncent défavorables, ce qui est susceptible de détériorer considérablement les réserves extérieures de la CEMAC et de fragiliser le Franc CFA.

Lire aussi : Fonds de restauration des sites miniers : le challenge à 6 000 milliards de FCFA pour Yvon Sana Bangui

Techniquement, c’est à la BEAC, qui gère les réserves extérieures de la région, de s’assurer du rapatriement et de la domiciliation de ces avoirs. Une tâche plus difficile qu’elle ne paraît, car depuis l’entrée en vigueur, en 2018, du règlement sur le change, les compagnies du secteur extractif font des pieds et des mains pour ne pas l’appliquer. Sur la question relative à la domiciliation dans la CEMAC des fonds dédiés à la restauration des sites, Yvon Sana Bangui devra, sans doute, faire preuve de diplomatie et de fermeté, car en face de lui, les acteurs concernés n’ont aucune envie de se conformer à cette exigence règlementaire.

Lire aussi : Qui est Steven Galbraith, le lobbyiste qui inquiète la réglementation des changes en Cemac?

Il y’a quelques mois, elles ont même mandaté l’avocat d’affaires Steven Galbraith pour mener un lobby actif dans la défense de leurs intérêts. Spécialiste des valeurs mobilières, cet as de la finance use de tous les stratagèmes, n’hésitant pas à mobiliser les institutions britanniques et américaines pour exiger la suspension du transfert de ces fonds dans les livres de la BEAC.

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