Réuni le 26 mars 2025 à Malabo, la capitale équato-guinéenne, le Conseil d’administration de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), présidé par Yvan Bacale Ebe Molina, a décidé de gratifier comme il se doit les salariés de la BEAC après un bénéfice net record de 355 milliards FCFA réalisé par l’institution au terme de l’exercice 2024. Ainsi, il a été décidé d’accorder une « prime de performance de 250% aux membres du gouvernement de la BEAC et aux dirigeants du Secrétariat général de la COBAC », indique la résolution No 9. Aussi, et à titre exceptionnel, le conseil a décidé de doubler le taux de gratification complémentaire versé aux agents de l’institution. Pour clôturer le tout, les administrateurs ont multiplié par 5 leurs indemnités de session ainsi que celles des participants aux réunions du conseil.
22,26 milliards FCFA de primes
Il est difficile de pouvoir déterminer avec exactitude le montant chiffré de ces gratifications qui viennent s’ajouter à une rémunération déjà des plus enviable. En effet, les salaires des membres du gouvernement de la BEAC se situent mensuellement dans une fourchette comprise en 15 et 25 millions de FCFA. Trimestriellement, chacun reçoit une « prime de per formance » équivalente à un mois et demi de son solde, à laquelle il faut compter un émargement se situant entre 1,5 et 3 millions de F CFA pour chaque réunion d’instance. Le reste du personnel n’est pas moins bien traité. Selon les données qu’elle a elle-même publiées, la BEAC comptait en 2023, en dehors des 5 membres de son gouvernement, 2 481 salariés. La masse salariale annuelle de l’institution était de 66,5 milliards FCFA auxquels s’ajoutaient 22,26 milliards FCFA de primes diverses (primes de fin d’année, prime de jouet, primes de vacances, prime de bilan) et gratifications. Lorsqu’on y ajoute les charges sociales, les dépenses de personnel ont absorbé 97,2 milliards FCFA au terme de l’année, représentant plus de la moitié (54,5%) du budget de fonctionnement de l’institution.
Un traitement princier assumé
Le traitement princier des agents de la BEAC n’avait pas laissé indifférent l’ex-gouverneur, Abbas Mahamat Tolli. Dans son discours de prise de fonction en 2017, le dirigeant avait clairement indiqué qu’il s’attaquerait à cette situation déclarant que la « BEAC ne saurait être un îlot de prospérité et d’opulence dans une sous-région en crise ». Une bataille qui selon des sources internes lui avait suscité des inimitiés au sein même de l’institution. Son successeur, Yvon Sana Bangui au lendemain de sa prise de fonction, a dû faire face à une quasi révolte des membres de son gouvernement qui exigeait une augmentation de leur rémunération pour la porter au même niveau que celle du premier dirigeant de l’institution. Le projet, présenté le 4 avril 2024 devant le conseil d’administration, comprenait également une revue à la hausse des avantages liés à leur fonction notamment une augmentation de 2,5 millions à 6 millions de FCFA de la prime de logement ; une hausse de 30% de l’indemnité de mobilier et un doublement du nombre de véhicules de fonction de chaque membre de 2 à 4 assorti d’une avec une ligne d’entretien mensuel de 600 000 FCFA.
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Le conseil d’administration avait finalement rejeté ces propositions parce qu’elles ne s’appuyaient pas, selon le gouverneur qui y était fermement opposé, sur une étude d’impact pour évaluer leur soutenabilité budgétaire à long terme. Pour Sana Bangui, une égalisation des salaires des membres du gouvernement aurait eu un impact financier annuel de plus de 1,2 milliard de Fcfa. Ce qui n’aurait pas manqué d’enclencher une grogne générale dans une maison où la discrétion est l’un des maîtres mots que soutient le Centrafricain. Toutefois, le choix d’attribuer des primes colossales aux différentes parties prenantes, constitue-t-il une réponse du conseil à la grogne des membres du gouvernement ?
Pourtant…
Si le doublement voire le quintuplement des primes accordés par le conseil d’administration de la BEAC interpellent, c’est surtout parce qu’elles interviennent au moment où les économies de la CEMAC traversent une période difficile en lien notamment avec la crise sanitaire du Covid 19 et le conflit entre la Russie et l’Ukraine. L’inflation a battu des records et devrait se situer en dessous de la cible de 3% en 2025. La croissance économique reste modeste tandis que les réserves extérieures ont connu une baisse considérable même si le niveau actuel reste confortable.
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En décembre 2024, à Yaoundé lors d’un sommet extraordinaire, les chefs d’États de la CEMAC avaient alerté sur les risques qu’une dégradation trop importante des réserves extérieures aurait sur l’économie de la CEMAC. À cela s’ajoute la forte exposition des banques au risque souverain (sur les prêts et titres) qui est passé de 10% à fin 2015 à 31% du total des actifs à fin 2023, menaçant la stabilité du système financier régional. Autant de défis qui interpellent et sur lesquels les experts estiment que la Banque centrale régionale devrait davantage concentrer son énergie. Sur la faiblesse de la production et la dépendance accrue aux importations, il est par exemple attendu de l’institution un financement accru des filières via le système bancaire.

