Le conseil d’administration de la BEAC a validé, le 26 mars dernier, les états financiers de l’institution pour l’exercice clos au 31 décembre 2024, indiquant un bénéfice net record de 354,7 milliards FCFA (540,7 millions d’euros). Dans un communiqué de presse, la banque centrale justifie la croissance de cet indicateur par « une gestion rigoureuse et transparente, axée sur la rationalisation des dépenses et l'optimisation des produits d'exploitation», sans oublier des « mesures mises en œuvre par le Gouverneur pour renforcer la gouvernance et améliorer la performance de l'institution ».
Lire aussi : Cemac : la BEAC baisse ses taux directeurs pour la première fois en deux ans
Sur la foi de cette communication, le bénéfice net de la BEAC connaîtrait ainsi une croissance annuelle de 14,7% et serait le plus important depuis au moins 2017. Toutefois, au-delà des aspects de gouvernance sus évoqués, la publication des états financiers permettrait de mieux apprécier les facteurs sous-jacents de ce bénéfice record. Après validation par le conseil d’administration, les résultats financiers de la BEAC doivent encore être ratifiés par Comité Ministériel de l'Union Monétaire d'Afrique Centrale (UMAC) ce 28 mars 2025.
Hypothèses
En attendant, plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette performance du profit de la banque centrale régionale. Historiquement, la BEAC tire principalement ses revenus des intérêts qu’elle perçoit des États membres sur leurs créances consolidées ; des intérêts et produits payés par le Trésor français sur la base des dispositions de la convention du compte d’opérations et des intérêts reçus au titre des prêts qu’elle accorde aux banques de la CEMAC. Sur la deuxième niche, la BEAC est rémunéré sur la base du taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière, depuis 2022, a fixé des taux historiquement élevés pour tenter de freiner l’inflation, ce qui a profité depuis lors à la BEAC même si l’institution européenne a changé l’orientation de sa politique monétaire en réduisant ses taux à partir de juin 2024. Concernant les prêts et avances accordés aux banques commerciales dans le cadre de ses opérations d’open market, la BEAC a renforcé son offre d’injection et suspendu ses opérations de retrait de liquidité. Une décision qui peut avoir contribué à renflouer la trésorerie des établissements de crédits, générant d’importantes plus-values pour la Banque.
La BEAC tire également ses profits des commissions issues des : transferts entrants et sortants, gains de change réalisés sur opérations en devises, plus-value sur opérations de cession d’or, revenus des titres de placement et des participations… Sur le premier point, il faut noter que la mise en œuvre de la réglementation des changes depuis quelques années favorise le rapatriement des devises vers la CEMAC ce qui, au-delà de conforter la position extérieure des pays, constitue également une bonne source de revenu pour la BEAC.
Lire aussi : La BEAC baisse ses taux d’intérêts : qu’est-ce qui va changer pour les économies de la CEMAC?
Concernant les réserves d’or, la banque centrale procède régulièrement à des cessions-rachat d’une partie de ses avoirs, à l’effet d’extérioriser des plus-values importantes. En 2024, la valeur de l’or a connu une croissance de 34%, selon Bloomberg. La BEAC a certainement tiré profit de cette hausse du cours du métal.
Notons également qu’en plus des actifs financiers libellés en devises dans lesquels elle investit, la BEAC depuis mars 2023, place une partie de ses avoirs à la Banque mondiale dans le cadre dans le cadre du Programme de service de conseil et de gestion des investissements (RAMP -Reserve Advisory and Management Program). Cette nouvelle niche peut également avoir contribué à renforcer son résultat annuel.
Au-delà du profit
S’il est vrai qu’un bénéfice net historique est un bon indicateur comptable, sa valeur ajoutée sur l’économie de la CEMAC et ses citoyens reste limitée. En effet, la performance d'une banque centrale devrait davantage être mesurée à l'aune de ses objectifs, du contrôle de l'inflation ou de la stabilité monétaire. Du point de vue opérationnel, la stabilité monétaire est assurée lorsque, au plan interne, lorsque le taux d’inflation en moyenne annuelle est inférieur ou égal à 3 %, et au plan externe, quand le niveau des avoirs extérieurs bruts représente au moins trois d’importations des biens et services.
En 2024, le niveau d’inflation est resté au-dessus de la cible tandis que les réserves extérieures ont diminué à 4,6 mois. En décembre 2024, à Yaoundé lors d’un sommet extraordinaire, les chefs d’États de la CEMAC avaient alerté sur les risques qu’une dégradation trop importante des réserves extérieures aurait sur l’économie de la CEMAC. Ils avaient alors invité la BEAC a mettre les bouchés doubles pour accélérer le rapatriement des devises destinées à la restauration des sites miniers. Autre défi qui interpelle la BEAC, c’est L’exposition des banques au risque souverain (sur les prêts et titres) qui est passé de 10% à fin 2015 à 31% du total des actifs à fin 2023. Un problème que l’institution peine à régler et qui menace la stabilité du système financier régional. À cela il faut ajouter le financement de la production pour doper la croissance et diversifier l’économie de la région qui reste encore très dépendante de la fluctuation des cours des matières premières.

