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La BEAC baisse ses taux d’intérêts : qu’est-ce qui va changer pour les économies de la CEMAC?

Pour la première fois depuis 2021, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé d’abaisser ses taux directeurs, changeant ainsi l’orientation de la politique monétaire qu’elle avait mis en place jusqu’ici pour tenter d’étouffer l’inflation. À travers ce levier, la Banque centrale veut désormais stimuler la création monétaire pour soutenir une croissance économique plus robuste des États de la région. Mais cet objectif reste soumis à de nombreuses contraintes notamment celle de la faible transmission de la politique monétaire. Le décryptage d’EcoMatin.

Publiée mercredi 26 mars 2025 à 12:14:08Modifiée mercredi 26 mars 2025 à 12:14:08Temps de lecture 5 minPar René Ombala

Le gouverneur de la BEAC Yvon Sana Bangui (c)DR

Au terme de sa première session ordinaire de l’année 2025, le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de réduire ses taux directeurs pour la première fois depuis décembre 2021. L’annonce a été faite ce lundi 24 mars 2025 à Malabo, à l’occasion d’une conférence de presse du gouverneur de la Banque centrale, Yvon Sana Bangui. Ainsi, le TIAO, le principal taux de refinancement de la BEAC est ramené à 4,5% (contre 5%) de même que le taux de facilité de prêt marginal (TFPM), prévu pour les emprunts de moins de 24 heures, qui est fixé à 6% contre 6,75% précédemment.

Une nouvelle orientation de la politique monétaire

La décision de la BEAC traduit un changement d’orientation de la politique monétaire après une période de resserrement amorcée en décembre 2021 pour tenter d’enrayer la forte hausse de l’inflation notamment causée par la crise du Covid et la guerre en Ukraine. « La pression inflationniste dans la zone CEMAC suit une tendance baissière, et nous anticipons une diminution encore plus marquée cette année. Cette évolution favorable s’accompagne d’un niveau globalement confortable de nos réserves de change, témoignant de la résilience de notre économie face aux chocs externes », a déclaré Yvon Sana Bangui. La BEAC prévoit, en effet, que l’inflation sera ramenée en dessous de la cible de 3% (contre 4,1% en 2024) et que les réserves extérieures permettront d’ici la fin de l’année, de couvrir au moins 4,8 mois d’importations de biens et services et du service de la dette extérieure.

Quel est l’objectif recherché par la BEAC ?

La décision du CPM reflète également une prise de conscience par la Banque du risque croissant pour l'économie d'une augmentation trop élevée des taux et de l'effet mitigé que cela a produit jusqu'ici sur l'économie réelle. Principal outil pour mener la politique monétaire dans la zone CEMAC, les taux directeurs déterminés par la BEAC, fixent le taux d'intérêt auquel une banque commerciale peut emprunter de l'argent auprès de l'institution. Par conséquent, son pourcentage influence aussi le taux auquel ces banques prêtent de l'argent aux ménages, aux entreprises et même aux États.

Lire aussi : Cemac : la BEAC baisse ses taux directeurs pour la première fois en deux ans

Théoriquement la diminution des taux directeurs pourrait avoir des conséquences directes pour les emprunteurs, aussi bien les ménages que les entreprises. En empruntant pour moins cher auprès de la Banque centrale, les établissements bancaires pourront en effet diminuer les taux d’intérêts et assouplir leurs conditions de prêt. L’objectif visé est de stimuler la création monétaire, l’investissement et par ricochet la croissance économique qui devrait stagner à 2,9% en 2024 selon les projections de la BEAC. Cela pourrait au contraire être une mauvaise nouvelle pour les épargnants. Le taux de rémunération des dépôts est en effet aussi déterminé par les taux directeurs de la BEAC, avec leur diminution l’épargne pourrait ainsi être moins fortement récompensée.

Quelles sont les contraintes à la transmission de la politique monétaire ?

Dans la pratique, la recette expliquée plus haut semble plus correspondre aux économies développées qu’à celles de la CEMAC compte tenu d’un ensemble de contraintes. La première est celle du temps de transmission. Selon le FMI, les effets de la politique monétaire sur le système financier se font ressentir à partir du sixième trimestre suivant la décision de la Banque centrale. S’agissant de la CEMAC, l’institution estime que les changements de politique monétaire pourraient prendre plus de temps avant d'avoir un impact réel sur la production et les prix. À titre d’illustration, les rapports de la BEAC montrent bien que malgré le resserrement monétaire impulsé depuis 2021, le système bancaire est resté surliquide et a même renforcé son encours de crédits.

Ensuite, il y’a le niveau élevé d’informalité de l’économie et le faible taux d’accès aux services financiers (32% en 2021) pour les PME et les particuliers qui compliquent la transmission des décisions de la BEAC sur l’économie réelle.

Financer la production

La faible transmission de la politique monétaire est un sujet bien connu par les services de la Banque centrale. Dans un rapport publié en 2023, l'institution, alors dirigée par Abbas Mahamat Toll,i indiquait qu'il était préférable de s'attaquer directement aux causes fondamentales des pressions inflationnistes intérieures du côté de l'offre « notamment en stimulant la production agricole résiliente au changement climatique et en supprimant les barrières au commerce régional ». Cela suppose un soutien à la production et une facilitation des échanges par la mise à disposition en quantités suffisantes des signes monétaires nécessaires.

De l’autre côté, afin d’améliorer la transmission de ses taux d'intérêt, le FMI suggère à la BEAC de « mener toutes ses opérations de politique monétaire (injections et absorptions) au taux directeur principal, de préférence en utilisant une procédure d'allocation intégrale à taux fixe ». « Par ailleurs, soutient l’institution, le développement d'un marché secondaire performant pour les titres d'État, notamment avec le soutien des initiatives de renforcement des capacités du FMI, permettrait à la banque centrale d'influencer plus efficacement les marchés financiers. Enfin, s'attaquer à la fragmentation du système bancaire améliorerait le fonctionnement du marché interbancaire et faciliterait la concurrence, en garantissant que les banques puissent répercuter efficacement les variations de leurs taux directeurs sur les taux d'intérêt des prêts et des dépôts de leurs clients ».

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