Sauf revirement, un conseil d’administration extraordinaire de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) se tiendra ce mois de juin pour désigner le successeur d’Henri-Claude Oyima, président sortant du conseil d’administration de l’institution depuis 2019. Cette nomination intervient dans un contexte sensible, marqué par le départ annoncé de ce dernier de la direction de BGFIBank – après plus de 40 ans de règne – et son entrée au gouvernement gabonais comme ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances.
Dans une interview à TV5 Monde le 26 mai 2025, Oyima a confirmé qu’il quitterait ses fonctions « dans les prochaines semaines ». Une succession stratégique donc, aux forts relents politiques. Bien que la BVMAC n’applique pas de règle formelle de rotation géographique au niveau de ses instances dirigeantes, des équilibres sous-régionaux devraient peser dans la balance. Si le vote appartient aux administrateurs, la logique de représentativité sous-régionale pourrait l’emporter.
Un duel Gabon-Cameroun en coulisses
Deux candidats issus de la galaxie BGFIBank semblent tenir la corde côté gabonais. D’abord Ismaël Libizangomo, directeur général de BGFI Capital, filiale dédiée à la banque d’investissement, reconnue pour son expertise en structuration financière. Il représente 29,5 % du capital de la BVMAC au nom de BGFI Capital, ce qui lui confère une position stratégique au sein du conseil. Il est par ailleurs préssenti pour remplacer Henri-Claude Oyima à la tête du groupe BGFIBank, preuve de la confiance des autorités gabonaises dans ses compétences.
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Autre figure montante : Ulrich Gérald Gambigha, directeur général de BGFIBourse et président de l’Association des sociétés de bourse d’Afrique centrale (ASBAC) depuis décembre 2023. Très actif dans l’intermédiation financière, il accompagne la présentation du projet d’introduction en bourse de la holding BGFI auprès de la COSUMAF. Son profil mêle expérience terrain et maîtrise des dynamiques boursières régionales.
Face à ces poids lourds gabonais, le Cameroun entend peser dans les débats. Parmi les noms cités, Alain Olivier Mekulu Mvondo, directeur général de la CNPS, membre influent du conseil de la BVMAC. Avec 5,36 % du capital détenu directement par la CNPS et un appui plus large de l’État camerounais estimé à 30 %, il bénéficie d’un ancrage fort dans la gouvernance de la place. Jean-Claude Ngwa, premier DG de la BVMAC unifiée après la fusion Douala-Libreville en 2019, aujourd’hui président de Fedhen Capital, est également un profils intéressant. Son expertise technique et sa connaissance historique de la place régionale pourraient jouer en sa faveur.
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Toutefois, pour un expert du marché interrogé, "la tentation d’une camerounisation" de la BVMAC, déjà implantée physiquement à Douala et dirigée par un DG camerounais, pourrait susciter des tensions. « L’enjeu est aussi symbolique : il faut préserver l’esprit d’équilibre régional même si aucun texte ne l’impose formellement », résume-t-il.
Le nouveau président face à des défis de taille
Au-delà des querelles d’influence, le futur président devra rapidement s’attaquer à des défis majeurs pour relancer une BVMAC encore à la peine. Le principal chantier concerne l’élargissement de la base d’investisseurs et l’amélioration de la liquidité du marché. Malgré l’engagement pris par les chefs d’État de la CEMAC en 2018, seules deux des dix-sept entreprises publiques promises à l’introduction en bourse ont franchi le pas. Les quinze autres se font attendre, souvent bloquées par l’inertie des dirigeants ou des résistances internes.
Le secteur privé reste lui aussi en retrait. Il faudra lever les barrières administratives et convaincre les entreprises d’y voir un levier de financement à long terme. En parallèle, les créances impayées minent la performance de la BVMAC : fin 2023, elles atteignaient 3 milliards FCFA, soit une hausse de 16,9 % sur un an.
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Autre dossier brûlant : la mise en place du Dépositaire Central Unique (DCU), prévu pour remplacer la BEAC qui assure toujours cette mission à titre transitoire. Annoncé pour fin 2023 puis repoussé à 2024, le projet reste bloqué faute d’engagement réel de la Banque centrale. Le conseil d’administration s’est publiquement inquiété de cette inertie, pointant une gestion « poussive et opaque ».
Enfin, le futur président devra harmoniser les législations nationales avec le règlement CEMAC de 2007, dont l’application reste très variable selon les États. L’absence d’un cadre fiscal uniforme complique les investissements et nuit à la confiance du marché.Henri Claude Oyima avait d’ailleurs annoncé la mise en place d’un groupe de travail pour proposer des actions concrètes afin de redynamiser le marché secondaire, renforcer la transparence et restaurer la crédibilité de la BVMAC comme levier de financement du développement.

