Au Cameroun, le projet d'exploitation du gisement de cobalt, manganèse et nickel de Nkamouna, d’une teneur estimée à plus de 68 millions de tonnes de minerais dans la région de l'Est, porté par Geovic Cameroon (Geocam), filiale de l’américain Phoenix Mining, initialement prévu pour démarrer en 2024, va connaitre un retard. Bien que le ministre par intérim des Mines, Fuh Calistus Gentry, a souligné l'importance de ce projet pour renforcer la croissance économique du pays lors de la 4ème édition de la Convention internationale des mines et expositions du Cameroun (Cimec) de mai dernier et l'a classé parmi ceux susceptibles de démarrer en 2024, une source proche du dossier indique que « le plan de développement de Geocam prévoit désormais un démarrage en septembre 2025. »
Ce report serait principalement dû à des ajustements internes de la filiale, visant à optimiser les opérations. Ajouté à cela, l’évolution des cours des métaux ciblés sur le marché international. « En résumé, une très belle équipe se met en place dans le cadre d’un partenariat très proche entre les principaux actionnaires Geovic Cameroon, détenue à 60,5% par Geovic Ltd (société étrangère), 20% par la SNI et 19,5% par des actionnaires camerounais locaux. Tout le monde a intérêt à ce que ce projet démarre malgré les conditions difficiles de marché. », confie-t-elle.
Une chute vertigineuse des prix de minerais
Concrètement, depuis son pic historique de 81 860 dollars la tonne atteint en mars 2022, le cours du cobalt a subi une chute vertigineuse de plus de 60% en moins de deux ans. En septembre 2024, il s'établissait à seulement 24 233 dollars la tonne, soit son niveau le plus bas depuis janvier 2016. Cette dégringolade s'explique principalement par la baisse de la demande de la part du secteur automobile, principal consommateur de cobalt pour les batteries électriques. Par ailleurs, les importants stocks accumulés par certains acteurs du marché ont pesé sur les cours.
Le nickel a également vu ses prix fluctuer, principalement à cause des tensions géopolitiques et des variations de la demande industrielle. En octobre 2024, le cours moyen du nickel au London Metal Exchange (LME) était de 15 200 dollars par tonne, en baisse de 14 % par rapport à septembre de l’année en cours. De même, le manganèse a suivi une tendance similaire, avec des prix en baisse en raison de la surproduction et de la baisse de la demande mondiale. En juillet 2024, le prix moyen du minerai de manganèse était de 3,67 de dollars par tonne métrique sèche (dmtu), en recul de 33 % par rapport à septembre de l’année en cours.
Un frein pour la diversification des sources de revenus
Cependant, bien que motivé par des raisons techniques et financières, ce report risque de compromettre les efforts du gouvernement visant à diversifier les sources de revenus du pays. En effet, si le secteur minier ne représente encore qu'une faible part des recettes extractives (0,63% en 2021, soit environ 3,73 milliards de Fcfa), il constitue un levier important pour réduire la dépendance aux hydrocarbures qui représentent plus de 30% des recettes totales du secteur. Le retard pris dans le développement du projet de Nkamouna pourrait ainsi entraîner un manque à gagner en termes d'investissements, d'emplois et de recettes fiscales, freinant ainsi la croissance économique du pays. On se souvient que lors de son récent passage à Paris, au micro de l’AFP, le ministre camerounais des Mines par Intérim affirmait que : « lorsque l'industrie minière atteindra le niveau que nous visons, elle dépassera la contribution du secteur pétrolier ».
Rappelons que ce report intervient alors que l'homme d'affaires ghanéen Sam Jonah est sur le point de prendre la tête du conseil d'administration de Geovic Cameroon. Fort de son expérience dans le secteur minier africain, Sam Jonah est attendu pour accélérer la mise en œuvre du projet de Nkamouna et sécuriser les financements nécessaires. De même, le démarrage de l’exploitation de ce gisement devrait faciliter l'intégration du Cameroun dans le 'Minerals Security Partnership'. Ce partenariat américain, réunissant 14 pays et l'Union Européenne, vise à développer des chaînes d'approvisionnement responsables en minéraux critiques. Le soutien américain dans ce projet pourrait se traduire par des investissements directs, un transfert de technologies et une assistance technique, accélérant ainsi le développement du projet minier de Nkamouna.

